Apprentissage en ligne au Canada : besoin d’intégration et de stratégie


Jean-François Ferland - 29/05/2009

Si le Canada possède des avantages qui lui permettraient d’être en bonne position en matière d’apprentissage virtuel, des lacunes au niveau de l’intégration et de la stratégie dans ce domaine pourraient compromettre les efforts.

Le rapport 2009 du Conseil canadien sur l’apprentissage sur l’état de l’apprentissage virtuel au Canada souligne que les chamboulements économiques obligent à repenser les façons d’aider les citoyens canadiens à acquérir des compétences et des connaissances. On y affirme qu’une approche souple en éducation et en formation est dorénavant une nécessité et que l’intégration des technologies d’apprentissage fait partie intégrante de la solution.

Or, bien que le Canada soit en meilleure position que d’autres, en raison de son infrastructure de télécommunications, de l’utilisation répandue de l’Internet, de l’importance de la recherche et des développements en TIC, du haut niveau d’instruction de la population et de l’utilisation courante des technologies au quotidien, le rapport remarque que les autres pays sont en train de prendre une avance. Alors que d’autres nations canalisent l’apport de l’apprentissage virtuel au développement social et économique, le Canada est en recul relatif dans les palmarès de l’utilisation avancée des TIC et du degré de préparation électronique des consommateurs, des gouvernements et des entreprises.

Peu d’intégration, pas de stratégie

Alors que le rapport affirme que le Canada fait partie des pays qui comptent la plus forte proportion de cours offerts en ligne, l’intégration de modules en ligne aux programmes d’études par les établissements postsecondaires serait plus lente qu’ailleurs. Les obstacles à l’adoption de l’approche virtuelle seraient l’infrastructure, des problèmes au niveau du personnel, le financement, ainsi que des réticences des facultés d’enseignement qui seraient causées par des enjeux de propriété intellectuelle et d’augmentation de la charge de travail.

De plus, le rapport note que la prestation et l’organisation de l’enseignement dans les établissements n’ont pas encore été modifiés par la montée de l’apprentissage virtuel, en constatant que « les modes réellement novateurs fondés sur le TIC […] en sont à leurs premiers balbutiements ou doivent encore être inventés ». Quant à la situation au sein des organisations, on évoque des études en 2005 qui établissaient le pourcentage de formations en ligne au travail à 20 % tout au plus.

D’autre part, on évoque un rapport du Comité consultatif pour l’apprentissage en ligne, produit par les ministères de l’Éducation du Canada et Industrie Canada, qui présentait des recommandations et un plan d’action qui avaient pour but d’augmenter le recours aux TIC pour l’apprentissage. Toutefois, les réactions ont été peu nombreuses. Le Conseil canadien sur l’apprentissage, en soulignant l’absence d’une approche détaillée et cohérente pour aligner le potentiel de l’apprentissage virtuel à une définition de ce qui est faisable en la matière, constate que les initiatives en oeuvre au Canada sont « faiblement interreliées ».

On fait mention de chevauchements d’efforts, d’objectifs et de buts fragmentaires et d’initiatives à court terme, alors que d’autres pays y vont de stratégies nationales et supranationales et de plans d’action qui se concrétisent par des initiatives soutenues par du financement public.

Recommandations

Ainsi, le rapport du comité suggère que l’établissement d’un cadre cohérent, qui servira à définir le développement de l’apprentissage virtuel, repose sur des efforts réalisés dans quatre domaines majeurs.

Premièrement, on recommande une collaboration accrue et un partage des ressources et des frais entre les divers paliers de gouvernements, les établissements d’enseignement et les entités communautaires et professionnelles, pour contrer un manque de coordination et de communication entre les intervenants. Également, on suggère de consacrer des efforts à une vision commune de l’apprentissage virtuel au Canada, par le biais de partenariats qui auront pour but de clarifier et renforcer la définition de l’apprentissage virtuel.

On indique aussi qu’il existe un grand besoin d’initiatives qui favoriseraient l’innovation dans l’enseignement secondaire, avec la réponse aux besoins des étudiants comme point de mire. Ainsi, il faudra créer du nouveau matériel d’apprentissage virtuel et investir dans la recherche sur l’apprentissage, en plus d’améliorer l’accessibilité des procédés pédagogiques axés sur les technologiques au bénéfice des personnes handicapées.

Enfin, le rapport constate des carences au niveau des données relatives à l’apprentissage virtuel au Canada. Si les recherches réalisées à ce jour font état d’effets positifs des technologies sur l’apprentissage, les chercheurs constatent que peu ou pas de données peuvent servir à soutenir une affirmation voulant que la fin justifie les moyens. On suggère notamment l’établissement d’un centre d’information, une forme de cellule de vigie qui amasserait des données de qualité sur les pratiques d’intérêt, en plus de procurer des outils et des informations aux intervenants en apprentissage virtuel.

On estime d’ailleurs qu’une meilleure compréhension de l’apprentissage en général aurait comme effet d’améliorer la qualité de l’offre.

Peu à apprendre sur le Québec

Le rapport de 175 pages évoque le Québec à peu d’occasions. Au sujet de l’adoption des formations en ligne dans les établissements d’enseignement supérieur, le rapport indique que la Télé-Université de l’Université du Québec (TÉLUQ) a connu une hausse de l’achalandage de 35 % entre 2002 et 2008 et comptait en 2008 près de 20 000 étudiants. La plupart des étudiants inscrits à l’un ou l’autre de ces établissements ne suivaient qu’un ou deux cours en ligne.

On mentionne aussi la participation de TÉLUQ et de l’École polytechnique de Montréal, au réseau LORNET http://www.lornet.org, un projet de recherche qui est consacré aux portails et aux services de gestion des connaissances et d’apprentissage sur le Web sémantique. Ce projet, qui implique une centaine de professeurs, chercheurs et étudiants au doctorat, permet de faire des recherches « sur le réseau de dépôts d’objets d’apprentissage qui est utilisé pour faciliter l’accès aux documents, aux outils et aux services Web aux fins d’apprentissage et de gestion des connaissances au sein des organismes ».

Dans un chapitre consacré aux efforts des gouvernements en matière d’apprentissage virtuel aux fins de l’éducation sous la forme de politiques et d’initiatives, on souligne que le Québec a opté pour une approche « moins traditionnelle » en définissant la technologie « comme l’un de cinq domaines d’études, et non pas simplement comme un moyen d’enseigner ou d’apprendre d’autres matières ». En opposition, les constats effectués pour d’autres provinces font état d’établissement de normes, de mesures de rendement, de visions fondées sur des retombées et d’investissements dans les infrastructures.

On souligne toutefois que le ministère de l’Éducation du Québec reconnaît l’importance et l’omniprésence de la technologie, en rapportant la citation « Le développement technologique est partout et l’élève doit y être initié très tôt pour comprendre le monde dans lequel il vit ». Cette citation provient d’un énoncé de politique éducative, Prendre le virage du succès : L’école, tout un programme, qui a été produit en 1997 et qui a été consulté en 2008 par les producteurs du rapport.

Il s’agit d’ailleurs du seul document de la bibliographie qui contienne le mot « Québec » dans son titre. En comparaison, l’Alberta est mentionnée dans le nom de six documents et l’Ontario dans celui de cinq documents, alors que la Colombie-Britannique est évoquée dans le titre d’un seul document. Toutefois, bon nombre des documents inscrits dans la bibliographie ont une portée pancanadienne.

Jean-François Ferland est journaliste au magazine Direction informatique.




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À propos de Jean-François Ferland

Jean-François Ferland est le rédacteur en chef du magazine Direction informatique. Il compte dix-sept années d'expérience en journalisme et en communication publique.
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