Gouvernance des projets numériques : Une question de perspectives

14/08/2013

Josée Plamondon

Josée Plamondon

Le numérique, c’est plus que de l’informatique. Alors, pourquoi la plupart des projets numériques sont-ils encore gérés uniquement dans une perspective TI?Illustration du concept de gestion de projet

Je ne suis pas la seule à poser cette question ni à croire qu’une gouvernance de projet élargie permettrait de composer avec la réalité complexe des organisations et de la société.

L’outil est-il la solution ?

Pour Evgeny Morozov, spécialiste de l’implication politique des technologies de l’information, les géants des technologies nous enferment dans un « solutionnisme » illusoire. Leur objectif ? Préserver un écosystème qui les avantage. C’est ce qu’il explique dans son livre To Save Everything, Click Here : The Folly of Technological Solutionnism.

Il n’est pas nécessaire de partager ses opinions pour reconnaître que l’informatique est un outil de développement et non une fin en soi. Comment proposer une solution unidimensionnelle (technologie) à une problématique multidimensionnelle (enjeux politiques, changement organisationnel, approche cognitive, etc.)?

Une perspective limitée

La politique interne, la culture organisationnelle et les silos informationnels ne sont que quelques exemples d’enjeux critiques qui sont occultés par une perspective de gestion de projet qui est essentiellement technologique.

Cette problématique a d’ailleurs fait l’objet d’une étude qui a été réalisée conjointement par les magazines Harvard Business Review et The Economist. Il en ressort que les chefs d’entreprise s’interrogent sur la capacité de leurs directeurs principaux de l’information (CIO) à comprendre les enjeux d’affaires à l’ère numérique.

Jim Stikeleather, qui a participé à la réalisation de l’étude, le souligne dans le billet The CIO in Crisis : What You Told Us, dans le blogue de Harvard Business Review :

« A number of the conversations started with the assumption that social engagement, collaboration and analytics were not part of IT, but the responsibility of marketing. »

Traduction libre :

« Nombre d’entretiens ont débuté avec la présomption que l’engagement social, la collaboration et l’analyse d’audience web ne faisaient pas partie des TI, mais qu’ils relevaient du marketing. »

Déconnexion

Autre son de cloche : Dan Hill est consultant en intégration des pratiques des domaines de la technologie, des médias, du design et de l’urbanisme. Dans l’essai On the smart city; Or, a ” manifesto ” for smart citizens instead, qu’il a écrit à la demande de la London School of Economics sur le thème des villes intelligentes, il partage sans ménagement ce que plusieurs d’entre nous constatent dans divers secteurs d’activité :

« Observe how Amazon and Net-A-Porter are changing the physical fabric of the high street; how Nike+ is changing how we exercise; how Kickstarter is changing the structure of the creative industries; how Apple has changed media; how Google is altering basic literacy, almost extending cognition; how Facebook and Twitter helped drive last years’ Peak News events.

« Compare to your average municipality’s IT department: do we have the right people, the right culture, around the decision-making table? »

Traduction libre : 

« Observez comment Amazon et Net-A-Porter transforment les grandes enseignes commerciales; comment Nike+ transforme la façon dont nous faisons de l’exercice; comment Kickstarter transforme la structure des industries créatives; comment Apple transforme les médias, comment Google modifie l’alphabétisation, et même le processus cognitif; comment Facebook et Twitter ont contribué aux grands titres des actualités de l’année.

« Comparez cela au service des TI de n’importe quelle municipalité : avons-nous les bonnes personnes, la bonne culture autour de la table où se prennent les décisions ? »

Multiplier les perspectives sur une problématique permet de trouver de meilleures pistes de solutions. Sortir du confort d’un système de référence unique favorise à coup sûr l’innovation. Si donc, un projet numérique est bien plus que de l’informatique, ne serait-il pas nécessaire d’adopter une approche transdisciplinaire pour une meilleure gouvernance de projet numérique ?

Poser la question, c’est… attendre vos réponses.


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Josée Plamondon

Josée Plamondon

Josée Plamondon est consultante en exploitation de contenu numérique.
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  • Nathalie Caccamo

    Une approche transdisciplinaire assurément!

    Les mutations culturelles vont moins vite que les outils technologiques dont nous savons nous entourer pour nous rassurer et palier à nos manques de perspectives sociales.

    L’objectif est de rentabiliser, de vendre plus que comprendre et communiquer pour œuvrer ensemble. En échantillonnant à outrance finalement ne risquons-nous pas de nous désintégrer, de perdre nos forces, nos particularités pour s’uniformiser, s’incarner dans des codes, des bits accessibles seulement aux initiés ?

    Le numérique offre de formidables perspectives de co-élaboration, parce que justement il s’affranchit des barrières territoriales et culturelles. Il décuple nos capacités individuelles en somme d’un tout, d’un collectif, d’une communauté, d’une collectivité,… d’une culture.

    La culture numérique est ouverte sur le monde, elle dépend de nous, de notre capacité à communiquer, à apprendre, à l’intégrer, à l’habiter.

    Un contrat social en somme !

    • Josée Plamondon

      Bien vu, Nathalie.
      La gouvernance de projet, celle qui fait agir ensemble ses parties prenantes, requiert un changement culturel profond. Ce n’est pas la technologie qui fait a révolution numérique, mais les nouveaux usages et comportements qu’il entraîne. En cela, les organisations sont à la traîne. On adopte de nouveaux outils mais on s’organise toujours de la même façon: en silos.

      C’est moins à cause de la technologie ou des développeurs que les projets numériques n’atteignent pas leurs objectifs, mais bien plus en raison du manque de visibilité et donc, d’information insuffisante. Multiplier les perspectives, c’est réduire le risque.