Infonuagique publique, infonuagique privée : et si la vérité était ailleurs?

10/03/2014

Jonathan Le Lous

Jonathan Le Lous

Les notions d’infonuagique privée et d’infonuagique publique sont omniprésentes dans la presse spécialisée et font partie du langage professionnel courant.Illustration du concept de l'infonuagique, de l'informatique en nuage

Pour ma part, je ne vous ferai pas l’affront de vous définir ces termes : Google et Wikipédia s’en chargeront mieux que moi. Cependant, il est intéressant de voir à quel point on torture ces termes pour les faire rentrer dans la réalité de nos entreprises.

En effet, une fois qu’on a défini ce qui est public et ce qui est privé, on s’aperçoit rapidement qu’il existe des situations plus complexes telle que l’infonuagique privée externalisée, l’infonuagique publique interne ou l’infonuagique hybride.

Infonuagique hybride, infonuagique privée externalisée, infonuagique publique interne

Penchons-nous sur ces trois notions que sont l’infonuagique hybride, l’infonuagique privée externalisée et l’infonuagique publique interne :

    • D’abord la plus facile, soit celle de l’infonuagique hybride. Nous disposons d’une infrastructure interne avec une architecture en nuage et nous souhaitons gérer les pics d’activités en appui sur une architecture externe en mode public. Jusqu’ici, c’est facile.
    • Vient ensuite la notion d’infonagique privée externalisée. Il s’agit d’externaliser chez un hébergeur son infrastructure, en tout ou en partie. La différence avec l’infonuagique publique ? Euh, attendez, je prends un prospectus publicitaire : « Il s’agit d’une infrastructure dédiée avec des règles de sécurité et d’accès stricts». Cela est en soit intéressant, car les solutions d’infrastructure service (Infrastructure as a Service ou IaaS en anglais) servent justement à partager les ressources physiques (serveurs, microprocesseurs, mémoire vive, etc.) dans l’objectif d’en optimiser les performances. Avoir une infrastructure virtuelle dédiée chez un fournisseur externe, ce n’est rien d’autre que le partage des ressources de votre fournisseur avec d’autres. Ces ressources peuvent être garanties, par un niveau de service, mais vous les partagez avec tous les autres clients. Pour l’aspect de sécurité, posez simplement cette question à votre interlocuteur « Cela veut dire qu’en mode public c’est moins sécurisé ?”. Si on vous répond “Mais ce sont des serveurs dédiés”, vous comprendrez que la réalité n’a pas vraiment changée avec l’informatique en nuage…
    • Enfin, il y a l’infonuagique publique interne. C’est une situation classique dans les grandes entreprises ou structures publiques : il existe une infrastructure partagée entre les différents services ou unités, avec souvent un service interne qui gère cette infrastructure comme le ferait un hébergeur. Il s’agit en quelque sorte d’un nuage public, car il est géré selon la même logique de mutualisation et d’optimisation des ressources, avec les mêmes contraintes techniques. Ici, les clients sont en interne et sollicitent des microprocesseurs, de la mémoire vire, de l’espace de stockage, etc. On pourrait parler ici de logique énergétique – On vous fournit « l’énergie » dont vous avez besoin, mais pas plus – qui est propre à l’infonuagique publique. Notons au passage que cette infonuagique peut aussi être hybride ou externalisée.

Cette simple démonstration permet de comprendre que ces concepts qui ont permis l’émergence de l’infonuagique sont limitants, sans être obsolètes. Il me semble aujourd’hui plus pertinent d’aborder la question selon l’axe des besoins.

Confronté à la réalité de mon entreprise et de mes clients, j’en suis venu à trouver des termes qui semblent plus adéquats, soit « l’infonuagique linéaire » et « l’infonuagique variable », ainsi que les notions d’échelle.

Infonuagique linéaire, infonuagique variable, infonuagique à grande ou petite échelle

    • Infonuagique linéaire : il s’agit de machines virtuelles qui vont consommer progressivement de plus en plus de ressources (microprocesseurs, mémoire vive, etc.) de façon constante. Le nuage sera géré dans une logique d’extensibilité interne c’est-à-dire qu’on va faire grandir les machines dans une certaine limite avant de la dupliquer.
    • Infonuagique variable ou à pics d’activité : il s’agit d’une infrastructure, souvent web, qui subit de grandes variations dans la consommation des ressources sur des périodes plus ou moins longues. La gestion de ces pics d’activité se fait via une solution d’extensibilité externe qui consiste à dupliquer les machines virtuelles rapidement et à les supprimer aussi rapidement.

On peut aussi ajouter à ces deux concepts deux approches assez différentes selon la taille de l’infrastructure :

    • L’infonuagique à grande échelle : l’objectif est de fournir une infrastructure à grande échelle dont les différents utilisateurs (des clients internes ou externes) pourront consommer en fonction de leurs besoins. Cette infrastructure nécessite un effet d’échelle, dans le sens où il faut pouvoir piloter l’infrastructure selon une logique énergétique. Ce type de nuage peut être interne, externe ou hybride.
    • L’infonuagique à petite échelle : il s’agit d’optimiser avec des solutions d’infonuagique une infrastructure de petite ou moyenne envergure, avec un pilotage fin, sur la base de ressources limitées, avec bien entendu la possibilité de délester des charges vers un fournisseur externe.

Afin d’affiner l’approche, on se doit d’ajouter à ces quatre possibilités de variation celles qui touchent à la nature internalisée ou externalisée de l’infrastructure.

Pourquoi ces termes simplifient-ils l’approche de l’infonuagique ?

Ces termes simplifient l’approche de l’infonuagique :

  1. De quelle façon est-ce que je consomme mes ressources aujourd’hui? Comment l’ai-je fait au cours des dernières années?
  2. Y a-t-il une saisonnalité dans la consommation de mes ressources?
  3. Quelle est la taille de mon infrastructure?
  4. Vais-je internaliser ou externaliser la gestion de mon infrastructure ?

La réponse à ces quatre questions vous permettra de savoir si vous êtes plutôt de type « infonuagique variable » ou « infonuagique linéaire » ainsi que l’échelle qui conviendrait à vos besoins.

Cela vous permettra ainsi de choisir les solutions techniques les plus pertinentes, notamment en logiciel libre – je vous proposerai bientôt un billet sur le sujet. Ensuite, vous pourrez choisir d’internaliser ou d’externaliser votre infrastructure chez un hébergeur.

Bien sûr, les analystes de la firme Gartner me diraient : « Oui, mais cette situation c’est de l’infonuagique privée hybrido-publique… » et nous en reviendrons à mon postulat de départ. Oui, en effet, on peut faire rentrer un rond dans un carré… mais à cela je préfère utiliser directement le rond!

Vos avis et retours d’expérience sur le sujet me seraient précieux pour faire avancer et diffuser ces notions. Qu’en pensez-vous?


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Jonathan Le Lous

Jonathan Le Lous

Jonathan Le Lous est directeur des offres et meneur de pratique infonuagique chez Savoir-faire Linux.
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    Intéressante
    réflexion, mais : et si on pelletait des nuages avec
    l’infonuagique … excusez moi, elle était trop tentante, la perche
    était tendue, il faut que je m’explique …

    Nos données
    numériques sont en fait prises en otage par les logiciels car sans
    logiciel elles n’existent pas et on n’y accède pas. Nos logiciels
    sont en otage de leurs propriétaires car sans eux ils n’existent
    pas, les logiciels doivent être écrits et maintenus par des
    travailleurs. Et les logiciels et données ont besoin de matériel,
    mais là il n’y a aujourd’hui plus de problème dramatique de prise
    en otage.

    Qu’est-ce qui est
    important en ce qui concerne leurs données et donc leur « système
    d’information » pour les organisations ? La réponse est
    simple, ce sont les données, le reste est un moyen, une commodité.
    Et qu’est-ce qui est important en ce qui concerne le moyen ? La
    réponse est : garder le contrôle et maîtriser les coûts. Et
    pour ça il faut que nos données ne soient pas en otage des
    logiciels.

    Qu’apporte
    l’infonuagique ? Elle apporte un meilleur contrôle de l’usage
    du matériel, parfait, c’est une bonne chose. Les données ne sont
    plus dépendantes directement ou indirectement du matériel, mais du
    logiciel. La question se reporte donc sur le logiciel, et non sur
    l’infrastructure matérielle. Ainsi pour définir leurs stratégies
    en ce qui concerne l’infonuagique qui de toute évidence s’impose,
    les organisations doivent avoir comme ligne directrice le contrôle
    de leurs logiciels. C’est une magnifique opportunité de le faire et
    devrait devenir un sujet crucial pour les conseils d’administration.

    Cette reprise de
    contrôle devrait être le principal critère dans les stratégies
    d’informatisation, cela implique le recours à des formats libres des
    données et des protocoles de communication normalisés, mais au delà
    cela implique que les logiciels ne soient plus otages de leurs
    propriétaires, et la solution existe c’est la mise en commun qui est
    assurée par les licences libres. Le critère ne devrait plus être
    le choix d’un éditeur, mais celui des normes, des protocoles, de la
    qualité et de la pérennité du logiciel, et surtout de l’expertise
    des partenaires industriels pour cette reprise de contrôle.

    Il reste à
    souhaiter que notre gouvernement favorise l’essor de cette industrie
    du logiciels libres et ne s’évertue plus à l’étouffer. Le niveau
    politique a compris, reste à convaincre l’administration.