Caverne d’Ali Baba, capharnaüm et coffre-fort


Jean-François Ferland - 23/02/2007

L’Internet, qui contient des millions de documents de toutes sortes, a été souvent comparé à une bibliothèque pour sa facilité d’accès et son regroupement des contenus pour le bienfait de la collectivité. Mais est-ce que cette comparaison est pertinente?

L’Internet grossit à bonne cadence, au gré des nouveaux sites et des nouveaux contenus qui s’y ajoutent jour après jour. Depuis plus de dix ans, nombreux sont ses promoteurs qui la dépeignent comme étant une « bibliothèque virtuelle », où les contenus sont facilement accessibles de n’importe quel ordinateur. Cette source est maintenant inévitable et revêt un caractère essentiel pour l’obtention d’informations, autant pour les particuliers que pour les chercheurs, les travailleurs et les organisations.

Plusieurs clament que les bibliothèques de livres traditionnelles sont vouées à disparaître. À se fier à ces personnes, les bibliothèques et les centres de documentation, qui ont été créés à des fins académiques, à des fins commerciales puis à des fins publiques, seront graduellement délaissés… Mais dans l’Internet, les caractéristiques généralement associées à une bibliothèque ne s’appliquent pas dans leur intégralité.

Si c’est écrit, c’est vrai…

Les contenus trouvés sur la Toile peuvent être pertinents, mais ils peuvent aussi être erronés. Cette possibilité s’applique aussi aux livres, mais ces contenus sous forme matérielle sont produits par des éditeurs et distribués par des fournisseurs qui ont pignon sur rue et qui sont identifiables. Les livres sont également analysés par des bibliothécaires, des libraires et des documentalistes, qui assurent que les ouvrages sont pertinents.

Sur l’Internet, où n’importe qui peut rédiger et publier n’importe quoi à l’aide d’un ordinateur, des principes comme celui de vérifier les sources citées, d’appuyer des dires sur des énoncés documentés ou de publier une bibliographie ne sont pas toujours respectés. La véracité est alors plus ardue à confirmer.

En contrepartie, un contenu faux, qui fait outrage, qui porte atteinte ou qui révise des faits peut faire l’objet de plaintes de la part des internautes. Les plaintes mènent à une correction de la situation par l’auteur, l’éditeur ou l’hébergeur, ou à un effacement par ordre des tribunaux. Les livres peuvent faire l’objet d’un même traitement, mais les impacts d’un document inapproprié sur le Web sont plus grands lorsqu’on considère que les moyens d’authentification et de contrôle sur les éditeurs et les diffuseurs sont plus difficiles à appliquer.

On peut faire ce qu’on veut sur l’Internet, entendait-on souvent dire à propos du Web…

Bibliothèque à deux vitesses

En admettant que les documents contenus sur le Web soient véridiques et pertinents, leur disponibilité à un endroit donné, pour une durée de temps, n’est pas garantie.

Un livre dans une bibliothèque est utilisé jusqu’à ce qu’il ne soit plus réparable, ou jusqu’à ce que son contenu ne soit plus à jour et qu’une nouvelle version soit disponible. Il arrive également que des livres soient volés ou bien perdus parmi les nombreux rayons d’un établissement jusqu’au prochain inventaire.

Dans Internet, les contenus numériques sont produits par des individus, par des chercheurs, par des groupes d’intérêt ou par des entreprises qui souhaitent les partager à d’autres personnes pour diverses fins. Ainsi, des documents produits à la fin des années 80 sont encore disponibles sur la Toile. Des contenus peuvent être déplacés à la suite de la refonte d’un site Web, mais être encore disponibles, alors que d’autres contenus peuvent disparaître à la suite de la fermeture d’un site.

Mais des contenus sont retirés, mis en archives ou confinés à une section accessible par abonnement. Leur accessibilité peut être rendue possible par le paiement d’un montant à la pièce ou par la prise d’un abonnement. Ces pratiques permettent aux propriétaires de ces contenus d’obtenir une rémunération, mais les internautes, eux, perdent un accès à des documents d’intérêt.

Cette situation est difficilement contestable, puisque le capitalisme de la société moderne dit que les détenteurs d’un produit sont libres d’en faire ce qu’ils en veulent. Toutefois, les énoncés à propos de la gratuité et de l’accessibilité de l’Internet ne sont plus applicables.

« Techno-rats » égarés

Enfin, les bibliothèques, qui sont faites de papier, de brique et de mortier, sont ordonnées à l’aide d’un index principal qui permet de voir tous les documents qui sont disponibles pour un sujet donné. Des fiches de carton ou un catalogue informatisé, fondés sur des données d’identification et, des matières-vedettes et des mots clés, facilitent l’obtention des documents voulus.

Mais sur l’Internet, les répertoires comme Yahoo qui ont tenté de transposer le concept traditionnel dans le monde virtuel ont perdu la cote face aux moteurs de recherche. Ainsi, les gens prennent de moins en moins la peine d’inscrire leurs sites dans les répertoires, tandis que les internautes préfèrent retrouver des documents précis à l’aide des mots qu’ils contiennent.

Toutefois, les résultats donnés par les moteurs de recherche ne sont pas toujours très pertinents. Il suffit qu’un résultat soit commandité ou qu’une page soit truffée de mots visant à assurer son apparition en tête de liste pour qu’un document de valeur reste inconnu. Également, des robots génèrent de fausses pages qui visent seulement à faire perdre du temps aux internautes.

Le recours aux balises (tags) et l’amélioration des moteurs de recherche permettent de faciliter l’obtention des contenus recherchés, mais il restera toujours une possibilité que le ratio de réussite sur le Web soit relativement moindre que dans une bibliothèque.

Somme toute, l’Internet devra être grandement optimisé avant que la bibliothèque ne perde sa pertinence. Ainsi, les bibliothécaires, les libraires et les documentalistes, qui constituent des ressources précieuses pour l’obtention d’informations et de conseils, ajoutent une dimension humaine que même le meilleur des métamoteurs ne pourra jamais fournir. Et avant que le papier électronique ne soit commercialisé à grande échelle, tenir un livre dans ses mains restera un moyen plus convivial de consulter un document qu’au moyen d’un moniteur d’ordinateur ou d’un bloc-notes.

D’ailleurs, à quand remonte votre dernière visite dans une bibliothèque?




Tags: , ,

À propos de Jean-François Ferland

Jean-François Ferland est le rédacteur en chef du magazine Direction informatique. Il compte dix-sept années d'expérience en journalisme et en communication publique.
Google+