Charles Sirois : savoir prendre des risques


Alain Beaulieu - 10/10/2008

Pour le PDG de Télésystème, ces trois ingrédients sont essentiels pour instaurer une économie du savoir, un modèle économique qu’il faut favoriser pour assurer la prospérité du Québec. Il déplore toutefois la crainte du risque, fustigeant les investisseurs qui ne veulent pas perdre un sou. Il y a le mot risque, dit-il, dans capital de risque.

Charles Sirois, le président du conseil et le chef de la direction de Télésystème et d’Enablis Réseau Entrepreneurial, était invité par Montréal International, dans le cadre de la conférence Montréal Innovation 2008, à prononcer une allocution sur les ingrédients permettant d’instaurer une économie du savoir. Ayant pour sujet l’innovation et le développement des entreprises, cette conférence a réuni à Montréal plus de 300 participants et 30 conférenciers venus d’Europe, d’Asie et d’Amérique du Nord.

Au nombre de trois, les ingrédients soulignés par M. Sirois sont – on s’en serait douté – la capacité d’innovation, qui demande une certaine dose de créativité et d’instinct entrepreneurial, la présence d’entreprises de haute technologie et la disponibilité de capitaux de risque.

On serait tenté de croire que ces trois ingrédients sont réunis au Québec, ce qui est partiellement vrai, aux dires de M. Sirois. En effet, les entrepreneurs québécois ne sont pas moins créatifs ni entrepreneurs que les autres – « cette qualité est distribuée de façon équitable dans le monde », soutient-il – et le secteur de la haute technologie est somme toute bien représenté. Ce qui manque, par contre, c’est la présence d’une structure de capital de risque performante qui permet aux entrepreneurs de donner libre cours à leur créativité et de prendre des risques; c’est en liberté que la créativité s’épanouit vraiment. Les insuffisances se font sentir plus particulièrement au niveau de l’amorçage et du démarrage des entreprises technologiques, les outils de financement mis à la disponibilité des entrepreneurs étant beaucoup plus limités que les outils mis à la disposition des entreprises ayant dépassé ce stade de développement.

L’appui aux jeunes entrepreneurs est, en fait, crucial au développement d’une économie qui se veut une économie du savoir et l’État a un rôle de premier plan à jouer à ce niveau, soutient M. Sirois. « Un des rôles de l’État est d’investir dans l’innovation. L’innovation est un phénomène économique, culturel et institutionnel », a-t-il rappelé.

De façon plus fondamentale, M. Sirois croit qu’il manque au Québec une véritable culture du risque. « On a tendance à oublier qu’il y a le mot ‘risque’ dans ‘capital de risque’ et les investisseurs veulent des garanties qu’ils ne perdront pas un sou, mais quand on a une nouvelle idée, il n’y a jamais de garantie que ça va marcher. Il faut prendre le risque. […] Même le fait d’avoir une bonne idée ne garantit pas le succès. Il y a des gens qui ont eu des idées banales et qui ont eu plus de succès que d’autres qui ont eu des bonnes idées, parce qu’ils les ont mieux réalisées; tout est dans l’exécution », de souligner l’entrepreneur.

L’importance de valoriser le risque

Prenant pour exemple un petit pays comme Israël, qui est passé d’une économie essentiellement agricole à une économie du savoir en 50 ans en appliquant une stratégie d’innovation valorisant le risque, M. Sirois croit que le Québec devrait faire de même. La société québécoise devrait en fait avoir une attitude plus positive à l’égard de l’échec, une réalité indissociable de la notion de risque, ce qui implique un changement culturel fondamental.

« On ne peut pas réussir tout le temps et du premier coup, a-t-il lancé. C’est un apprentissage. En Israël, on ne perçoit pas un entrepreneur qui a eu des échecs comme un bon à rien, mais plutôt comme quelqu’un qui a acquis de l’expérience. Un échec, ce n’est pas une preuve d’incapacité. Mais il ne faut quand même pas toujours en faire… »

Mais, fondamentalement, qu’est-ce qu’une économie du savoir? « C’est une économie qui n’a pas pour seul but de produire toujours plus de biens, de produits. On vient de frapper notre Waterloo, a-t-il dit, en référence à la crise qui secoue actuellement le secteur bancaire. Une économie du savoir, c’est une économie qui a pour but de favoriser l’innovation et le partage des idées. On est à la croisée des chemins et il faut tout faire pour faciliter la circulation des savoirs. Il ne faut jamais arrêter d’innover, car l’innovation permet de créer de la richesse pour la collectivité. »

L’entrepreneur a aussi souligné l’importance de la propriété dans une économie du savoir, dans un contexte de globalisation et de consolidation. « Si on n’appuie pas le développement des entrepreneurs propriétaires de leur entreprise, on risque de devenir une économie de succursales, dit-il. Une économie de succursales, ça génère des emplois, mais ça ne permet pas de bâtir de la valeur pour la collectivité. […] Puisque le centre de décision est ailleurs, on perd le contrôle sur le développement de l’entreprise, sans compter que le capital de risque est là où se trouve le centre de décision. »

Un organisme sans but lucratif parrainé par le Groupe de travail du G8, Enablis Réseau Entrepreneurial supporte les entrepreneurs dans les pays en voie de développement, en leur donnant accès, à coût abordable, à un éventail de ressources professionnelles et financières.

Alain Beaulieu est adjoint au rédacteur en chef au magazine Direction informatique.


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