Chirurgie robotisée en HD


Alain Beaulieu - 22/02/2008

Grâce à son nouveau robot ultraperformant doté d’un écran HD, les chirurgiens de l’Hôpital général juif de Montréal peuvent faire des opérations plus précises, plus rapidement.

Les chirurgiens de l’Hôpital général juif de Montréal (HGJ) peuvent dorénavant accomplir des opérations par l’entremise d’un robot ultra-perfectionné doté d’un système de visualisation en haute définition (HD). Ce robot s’appelle da Vinci de la firme Intuitive Surgical, dont l’institution de 637 lits, affiliée à l’Université McGill, s’est portée acquéreur à la fin de l’année dernière pour la somme de 4 millions de dollars et avec lequel une vingtaine d’opérations ont été exécutées depuis. Il s’agit essentiellement de prostatectomies – ablation de la prostate – et d’hystérectomies – ablation de l’utérus – dans le cadre de traitements de cancers.

On a eu droit, d’ailleurs, lors de la conférence de presse, à une démonstration de l’efficacité sans pareille avec laquelle a été menée une prostatectomie radicale. En différé, toutefois. Mais cela n’a altéré d’aucune façon le réalisme graphique stupéfiant de l’intervention…

Ce robot chirurgical de la toute dernière génération – il n’y en a que trois au Canada, en comptant celui de l’HGJ, les deux autres étant situés à Vancouver et à Edmonton – intègre les plus récentes innovations en termes de vision, de télécontrôle des instruments et d’ergonomie. Le système est cependant beaucoup plus utilisé aux États-Unis, où se retrouvent 500 des 700 robots en service à travers le monde.

Le système se compose premièrement d’une console dotée d’un viseur stéréo tridimensionnel à HD, offrant au chirurgien une « expérience immersive », de deux leviers de commande (joystick) et d’un jeu de cinq pédales, à partir de laquelle le chirurgien, qui n’a plus besoin de se munir d’un masque et de gants, contrôle l’intervention. La console est reliée au robot comme tel, un chariot composé de quatre bras articulés, à l’extrémité desquels sont disposés les instruments opératoires brevetés EndoWrist et la caméra endoscopique à haute résolution.

Image tridimensionnelle magnifiée

Un atout majeur du système, la caméra endoscopique produit une image magnifiée, aux couleurs brillantes, dotée d’une profondeur de champ naturelle. L’image est aussi affichée sur un écran HD pour guider le travail des assistants. L’autre atout réside dans la précision, l’efficacité et la souplesse avec lesquelles sont manoeuvrés les instruments EndoWrist, qui bénéficient notamment d’une fonction de raffinement des gestes qui réduit les tremblements et démultiplie les mouvements. Finalement, le système est doté de dispositifs de sécurité redondants conçus pour minimiser les possibilités d’erreur humaine par rapport aux approches traditionnelles, en plus d’offrir une facilité d’utilisation hors pair.

Les avantages offerts par le robot se traduisent par une durée d’opération plus courte, de deux à trois fois par rapport aux approches traditionnelles, une convalescence plus rapide pour le patient, en raison des blessures et des saignements moins importants occasionnés par le robot, et moins de risques de complications dues aux manipulations. Par exemple, le Dr Jacques Corcos, directeur du programme de robotique de l’HGJ et chef du service d’urologie, estime qu’un patient qui se fait enlever la prostate avec ce robot peut vaquer à ses activités courantes après seulement 24 heures, en ressentant un léger inconfort, évidemment. Un patient du nom de John Stella était d’ailleurs sur place pour témoigner de la rapidité avec laquelle il s’est remis de sa prostatectomie radicale.

La facilité d’utilisation du robot se traduit, pour sa part, par une réduction de la courbe d’apprentissage. « En me pratiquant sur des animaux, cela m’a pris seulement deux heures à me familiariser avec le robot, tellement son utilisation est intuitive, confie Dr Corcos. Ce n’est pas pour rien que la compagnie s’appelle Intuitive Surgical! »

L’HGJ a décidé de se limiter pour l’instant aux interventions plutôt simples, comme les prostatectomies et les hystérectomies, mais compte élargir son champ d’intervention pour y inclure d’autres opérations, telles que les chirurgies digestive et cardiaque, dont la réparation de valves et l’ablation de tumeurs.

Bien que l’HGJ mette à la disposition de la population de la région montréalaise et du Québec en entier, l’institution espère que d’autres hôpitaux québécois se doteront du robot da Vinci pour en faire bénéficier le plus grand nombre. Un pionnier dans le secteur de la robotique chirurgicale, l’Hôpital du Sacré-Coeur de Montréal dispose d’un robot plus ancien, ayant été acquis il y a quatre ans.

Le coût élevé du robot explique évidemment le petit nombre d’établissements qui en ont un au Canada. « On n’a pas eu un sou du gouvernement provincial », a tenu à préciser le directeur général de l’HGJ, Henri Elbaz. L’institution a financé son acquisition, qui s’inscrit dans son programme de modernisation en cours, par l’entremise d’une souscription auprès de ses donateurs. L’hôpital prévoit réaliser une centaine d’opérations par année avec son nouveau robot.

Alain Beaulieu est adjoint au rédacteur en chef au magazine Direction informatique.


À lire aussi cette semaine: Coup de filet de la SQ chez les pirates informatiques Voir loin sans avoir froid aux yeux L’actualité des TI en bref Prévention des fraudes informatiques : encore du chemin à faire Du pratique au superflu




Tags: , , , , , ,