Claude Roy achète près de 20 % d’Engenuity


Patrice Guy - 22/06/2006

La société Services de gestion Claude Roy vient d’acquérir 19,9 % des actions en circulation de la firme Engenuity Technologies, spécialiste montréalaise des environnements de simulation. Une transaction qui en a surpris plusieurs.

Claude Roy, président et chef de la direction de la firme Logibec Groupe informatique, a annoncé cette semaine que sa firme Service de gestion Claude Roy a acquis un important bloc d’actions d’Engenuity Technologies, une transaction dont la valeur est estimée à environ 1,5 M$. Engenuity développe, commercialise et supporte des logiciels et des composants destinés au développement d’applications visuelles, notamment dans le domaine des systèmes de simulation et d’entraînement.

Service de gestion Claude Roy est l’actionnaire majoritaire d’une société de portefeuille qui contrôle Logibec Groupe informatique. Logibec se spécialise dans le développement, la commercialisation, l’implantation et le support de systèmes d’information dédiés au secteur de la santé et des services sociaux.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Logibec et Engenuity sont dans des marchés différents. Le bref communiqué émis par Service de gestion Claude Roy précise que « ces actions sont détenues, pour le moment, pour fins d’investissement, mais M. Roy pourrait renforcer sa position en achetant des actions additionnelles, sous réserve des conditions du marché et des lois applicables ».

L’analyste financier torontois Tom Liston, de la firme Versant Partners, qui suit les activités d’Engenuity, ne voit pas ce que pourrait signifier cette transaction annoncée par M. Roy. « Si une entreprise comme Dassault, par exemple, prenait une participation dans Engenuity, je pourrais comprendre », a-t-il lancé.

Jacques Dubois, le directeur financier d’Engenuity, a déclaré lors d’un entretien téléphonique que l’entreprise était surprise de l’annonce de cette transaction. M. Dubois, qui connaît bien le marché québécois des systèmes de gestion dans le secteur de la santé ayant été, jusqu’à l’an dernier, directeur financier chez Nexxlink (maintenant Bell Solution d’affaires), une entreprise qui était active elle aussi dans ce secteur. « Engenuity est une entreprise publique et quiconque peut acheter des actions de l’entreprise sur le marché boursier », a-t-il commenté, ajoutant qu’il ne voyait pas de rapprochements entre Logibec et Engenuity.

Des liens logiques

En entrevue téléphonique avec Direction informatique, M. Roy a expliqué ce qui l’a motivé à investir dans cette entreprise. « Je crois qu’il y a un potentiel de création de valeur intéressant, mais je crois qu’il faut qu’il se matérialise, et je pense que l’expérience que j’ai pourrait sûrement aider ces gens-là, s’ils font appel à moi », ajoutant qu’il pourrait sans doute être intéressé à siéger au conseil d’administration de l’entreprise, advenant le cas où on l’y invitait.

« C’est sûr que le domaine militaire, le domaine de l’aviation, ce sont des domaines complexes, mais ils ont une base de produits, de revenus récurrents, une brochette de clients intéressante. Il y a un volet de jeux qui s’est inscrit récemment suite à une acquisition, ce qui apporte une complexité additionnelle, mais il y a quand même un fil conducteur entre ces deux activités-là. Simulation de foule et de mouvements de personnes, quand on voit ce qui se passe en Iraq et la guerre qui s’y déroule, ce n’est plus le même genre de guerre. Possiblement que pour faire la formation, l’entraînement des forces armées [aujourd’hui], ce n’est pas seulement d’apprendre à piloter un char d’assaut ou un Humvee, il faut voir ce qui se passe autour et peut-être que des outils comme ça pourra améliorer, à tout le moins, la sécurité. »

Claude Roy voit aussi un lien, un rapprochement logique, entre la santé et les technologies de pointe, particulièrement au niveau de la visualisation. « La santé c’est toujours un domaine de pointe en technologie, pensez à l’imagerie médicale, par exemple.

« Regarder les compétiteurs d’AI.implant [une acquisition récente d’Engenuity], par exemple, souligne-t-il. Il y a des sociétés comme Kynogon qui œuvrent aussi dans le secteur de la santé. Ils ont des outils de visualisation qui sont utilisés en laparoscopie. »

« Les gens qui utilisent des robots pour faire des interventions chirurgicales, il faut qu’ils se pratiquent, ce qui est très complexe, sûrement aussi complexe que de piloter un avion de chasse. » Et c’est là, de l’avis de Claude Roy, que les environnements de simulation et le domaine médical se croisent.

« Ce qui ne veut pas dire que c’est ce que j’ai l’intention d’apporter chez Engenuity », ajoute M. Roy, parlant de la convergence entre le secteur de la santé et celui de la simulation, puisque c’est à titre personnel qu’il investit dans Engenuity et pas au nom de Logibec, « mais je suis un passionné des technologies et je pense qu’il y a beaucoup de créativité au Québec, il y a des conditions favorables pour que les compagnies se développent, il y a beaucoup d’expertise. » Il suffit de mettre la table et de faire les efforts requis.

Une situation à améliorer

Engenuity tente d’améliorer sa position stratégique et sa performance financière depuis quelques années. En novembre 2005, elle a fait l’acquisition d’une société en démarrage, BGT Biographic Technologies, spécialiste des outils d’intelligence artificielle destinés notamment au secteur du jeu vidéo et des loisirs. Le produit de BGT, AI.implant, dont la version 4 a été lancée en mars dernier, supporte les environnements de développement de jeux pour les plates-formes Playstation 3 et Xbox 360. Ce produit est utilisé notamment par la firme Midway Games, de Chicago, à qui on doit des jeux comme Mortal Kombat et SpyHunter.

En mai dernier, Engenuity signait un partenariat stratégique avec la firme américaine Diamond Visionics, afin d’intégrer à son ensemble d’outils de simulation Stage le produit GenesisRT de Diamond Visionics. GenesisRT est une base de données visuelle mondiale qui permet des rendus dynamiques et en temps réel des données de terrain, des rivières, des limites côtières, etc. Dans le marché de la simulation pour les applications militaires, le rendu en temps réel de l’environnement graphique est apparemment devenu une nécessité.

Les résultats du troisième trimestre 2006 d’Engenuity, terminé le 31 mars dernier, présentent un chiffre d’affaires de 3,03 millions de dollars canadiens, en baisse par rapport aux 3,12 M$ du trimestre correspondant de l’exercice 2005. Au bas du bilan, on note une perte de 665 000 $ au troisième trimestre 2006, comparée à un profit de 154 000 $ au troisième trimestre 2005. Au terme des neuf premiers mois de l’année fiscale, le chiffre d’affaires totalise 8,5 M$, comparé à 9,2 M$ en 2005 alors que la perte nette se chiffre à 4,8 M$ contre un profit de 552 000 $ après neuf mois en 2005.

Selon la direction de l’entreprise, cette perte s’expliquerait par la radiation des crédits d’impôt à l’investissement de près de 1,8 M$, par la baisse des produits d’exploitation et par des investissements significatifs en frais de vente, de commercialisation et de R&D. Le bénéfice net de neuf premiers mois de 2005 découlait également du gain sur la vente des produits de la gamme JLOOX.

Pour Tom Liston, de Versant Partners, ce n’est pas le portefeuille de technologies qui peut poser problème chez Engenuity, mais bien la solidité à long terme d’une entreprise avec un chiffre d’affaires de moins de 20 M$ face à des clients de grande taille. Selon lui, pour réussir, Engenuity doit trouver un ou des partenaires de distribution (revendeurs à valeur ajoutée, par exemple) pour rassurer les grands clients potentiels.

Claude Roy semble avoir bien étudié l’entreprise et le marché avant de prendre sa décision d’investissement. Peut-être fait-il le même genre d’analyse que faisait ces derniers jours un autre grand joueur de la simulation, CAE, alors que le PDG de l’entreprise, Robert Brown, déclarait à la Presse Canadienne hier que l’entreprise pourrait être intéressée par les secteurs du jeu vidéo et de la santé.