Claude Villeneuve : les artisans des TI doivent penser au cycle de vie


Francois2 - 06/04/2009

Quand un biologiste et grand vulgarisateur scientifique parle de développement durable à des artisans des TIC, il leur demande d’abord de réfléchir au cycle de vie des objets.

Invité à prononcer une conférence le 31 mars dernier à l’occasion de l’événement Boule de cristal, le biologiste et professeur Claude Villeneuve de l’Université du Québec à Chicoutimi n’a pas fermé les yeux et mis ses mains sur une boule de cristal pour parler du futur. Lui qui publiait déjà en 1983 chez l’éditeur Québec Science un livre au titre évocateur (Des animaux malades de l’homme?) puise ses informations dans son travail « sur le terrain ». Au fil des ans, ce terrain est devenu la planète entière, ausculté entre autres grâce aux calottes de glace qui racontent l’histoire de notre planète depuis des centaines de milliers d’années.

Claude Villeneuve s’intéresse aux changements climatiques et à leurs impacts. Avec un collègue biologiste, il a écrit le livre – Vivre les changements climatiques – qui est considéré comme l’ouvrage de référence sur la question. La deuxième édition (2005)*, a été jugée « meilleur livre sur les changements climatiques » par la prestigieuse revue La Météorologie de la Société française de météorologie.

Grille d’analyse

Claude Villeneuve est d’abord un homme de science : s’il souhaite de tout coeur que les humains modifient leurs comportements, il n’est pas homme à lancer des anathèmes et à prononcer des jugements ex cathedra à droite et à gauche sur les comportements des uns et des autres. Non, Claude Villeneuve entend combattre les changements climatiques en s’adressant d’abord à l’esprit et au coeur des personnes et en fournissant des outils pratiques comme une grille d’analyse gratuite (libre de droits) pour analyser l’aspect développement durable d’un projet quelconque**.

Mais qu’est-ce donc que le développement durable, qui semble a priori conjuguer les notions contradictoires de développement (donc qui est en mouvement) et de durabilité (qui ne change pas)? La définition la plus usitée est celle donnée en 1987 par la Commission mondiale sur l’environnement et le développement dans le rapport Notre avenir à tous (dit rapport Bruntland en raison du nom de la présidente de la commission) : « Un développement qui permette de répondre aux besoins de la génération actuelle sans remettre en cause la capacité des générations futures à répondre aux leurs. »

Claude Villeneuve précise : « Le développement durable doit être écologiquement viable, socialement acceptable, économiquement efficace, capable de rééquilibrer les rapports nord-sud et de réduire les disparités entre les pauvres et les riches. » À cela, il ajoute une caractéristique fondamentale, qui, on l’apprendra plus tard au cours de sa conférence, devrait être appliquée aux équipements TI : « Le développement durable [doit] dégager des marges de manoeuvre pour l’adaptation dans l’avenir… »

Quand le logiciel tue le matériel

Scrutant régulièrement les activités humaines et leur impact souvent négatif sur le climat et la planète, Claude Villeneuve invite les artisans des TI à penser en terme de cycle de vie, c’est-à-dire « concevoir qu’un produit a des impacts sur l’environnement de l’extraction des ressources nécessaires à sa fabrication, de l’énergie requise pour son transport et son utilisation et jusqu’à sa disposition en fin de vie ». Le corollaire de cette prise de conscience se traduit par des questions du genre : « Les ressources utilisées sont-elles renouvelable? », « Comment le produit a-t-il été fabriqué et quels sont les sous-produits découlant de sa fabrication? », « Quelles sont les exigences énergétiques et écologiques de l’utilisation et de l’élimination de ce produit? »

La prise en compte de ces questions dans une volonté de développement durable aura pour conséquence qu’il faut cesser de travailler à réduire la durée de vie des produits et tenter au contraire d’allonger la durée et l’adaptabilité des objets TI. Autres corollaires : cesser de créer des logiciels qui provoquent l’obsolescence du matériel ou d’utiliser les gains d’efficacité pour augmenter la puissance, ce qui n’entraîne aucun gain pour l’environnement.

Bref si l’on suit les voeux de Claude Villeneuve, on aura un jour des équipements qui pourront évoluer dans le temps et pour lesquels il aura peut-être fallu « obliger les programmeurs et fournisseurs de logiciels à [atteindre] des normes d’efficacité dans la croissance des besoins de mémoire ».

Est-ce trop radical? Probablement pas, car, lit-on au début du livre Vivre les changements climatiques, « La plupart des mesures qui permettront de contrer les changements climatiques (…) présentent des avantages parallèles pour ceux qui les mettront en oeuvre. »

Références

* Une troisième édition intitulée Vivre les changements climatiques. Réagir pour l’avenir, vient d’être publiée; elle a été considérablement revue et augmentée afin d’intégrer des données récentes comme les derniers rapports du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC). Ce livre est publié aux Éditions Multimondes http://multim.com//titre/?ID=213

** La grille d’analyse est disponible en PDF ici. « Cette grille, lit-on, peut être utilisée dans les diverses phases d’un projet, d’une politique, de l’élaboration à l’évaluation dans une démarche d’amélioration continue. Cette grille a été testée dans de nombreux contextes et elle donne des résultats qui répondent aux attentes des utilisateurs désireux de s’engager dans une démarche de développement durable. »