Des commentaires qui flanchent


Nelson Dumais - 08/08/2008

Leçon apprise : aussi attrayants qu’ils peuvent l’être, certains services Web peuvent vous réserver de mauvaises surprises.

Cette semaine, je vous offre une histoire de cordonnier mal chaussé qui décide de s’offrir une semaine de vacances. Ce faisant, sans qu’il n’ait rien vu venir, il se retrouve aux prises avec un beau cas de fiabilité de service Web, un inconvénient potentiellement majeur qui, fort heureusement, s’avérera beaucoup moins dérangeant que la pluie…

Si vous êtes un lecteur régulier, vous avez probablement subodoré que le cordonnier en question était ce webzine-ci et que le service Web était celui de Disqus, un système de commentaires ajouté à ma chronique du 25 juillet dernier, intitulée « Le phénomène blogue tire à sa fin ».

Que s’est-il passé? Compte tenu du sujet traité, les autorités de Direction informatique (DI) ont jugé à propos de permettre aux lecteurs de laisser des commentaires à la fin de mon texte. Après recherches et essais, elles jetèrent leur dévolu sur un service Web appelé Disqus, cela en raison de sa simplicité, son statut multiplateforme et le sérieux apparent de sa fabricante, Big Head Labs de San Francisco. De nombreux sites et blogues utilisent cet engin, notamment le blogueur bien connu http://loiclemeur.com/ Loïc Le Meur. Dans les FAQ, on se fait affirmer que ce produit tourne parfaitement bien avec les logiciels de blogue les plus populaires, c.-à-d. WordPress, MovableType, Tumblr, Blogger et TypePad, mais qu’il sait s’adapter aux autres grâce à une strophe de code qu’il suffit d’ajouter au bon endroit dans son CMS (Content Management System), un peu à la manière de Google Search ou de MapQuest. « Disqus et son système de commentaires ont été conçus pour être versatiles et extensibles », peut-on lire.

Aussitôt dit, aussitôt fait. Le code nécessaire est ajouté au CMS utilisé par le groupe de publications auquel DI appartient, un logiciel conçu sur mesure par un fournisseur spécialisé (ce qui est souvent le cas dans les entreprises de presse), d’ultimes vérifications sont faites sous Windows et Mac OS X, la chronique est mise en ligne et les autorités partent en vacances pour une semaine. Dans l’heure qui suit, des lecteurs commencent à se servir du système; ça semble marcher. Pourtant, sur l’heure du souper, crac! Plus rien. Tous les commentaires disparaissent et il ne semble plus possible d’en publier de nouveaux!

Tout? Oui, si on est sous Windows. Non, si on utilise un Mac ou une boîte Linux. Sous ces deux plates-formes (en tout cas Mac OS X 10.5 et Xandros Professional 4), tous les commentaires sont affichés, sauf un, publié quelques jours plus tard qui, lui, ne s’affiche que sous Windows et encore uniquement avec Firefox et Safari. Je vous jure! Qui plus est, quelquefois sous Mac et souvent sous Windows, mais pas sous Xandros Linux, les caractères accentués (haut ASCII) sont rendus en serbo-croate. De quoi se cogner la tête sur un mur de ciment. Voici d’ailleurs quelques saisies d’écrans qui témoignent de l’inconsistance dans l’affichage des dits commentaires : sous Windows avec Internet Explorer 7, Firefox 3 et Safari; sur Mac avec Safari et Firefox 3; et sur Xandros Linux avec Firefox.

À leur retour de congé, les autorités tentent de comprendre ce qui a bien pu se passer et, entre autres tests, elles installent exactement le même code dans d’autres CMS. Or, à chaque fois tout fonctionne à merveille, incluant le haut ASCII, quelle que soit la plate-forme, le navigateur ou la… météo. Toujours! Par contre, replacé dans le CMS de DI, le même code génère le même bogue. Toujours! Le problème le plus enrageant, c’est qu’avant de disjoncter, Disqus semble vouloir fonctionner un certain temps, juste assez pour rassurer les autorités se livrant à des tests avant de quitter pour une semaine; ainsi, le 25 juillet, ce service Web aura laissé s’afficher six commentaires avant de les faire disparaître. Amusant!

Tout cela pour en arriver à conclure que Disqus était incompatible avec le CMS de DI. Ni la faute de l’un, ni la faute de l’autre, tout simplement pas fait pour bien s’accorder. Bien sûr, eussent-elles vérifié davantage, eussent-elles pris plus de temps, les autorités auraient probablement découvert le bogue avant de quitter et ce contretemps aurait été évité. Dieu merci, ce ne fut qu’un impair mineur, rien de stratégique, seulement un service Web permettant l’ajout de commentaires. Il ne s’agissait pas d’une technologie de paiements en ligne ou de tout autre produit Web essentiel au plan d’affaires de l’entreprise. Pour tout dire, il n’en aura coûté à DI qu’un vif rougissement des oreilles, rien de plus; pas de perte de revenus ni de clientèle, pas de cybervandalisme, ni de fermeture du site.

En fait, il s’est agi d’une déconvenue beaucoup moins grave que celle à laquelle j’ai eu à faire face, il y a trois ans, dans un grand hôtel américain. On m’avait incité à compléter, bien à l’avance, ma réservation-inscription dans un système en ligne centralisé qui échappait aux instances locales. Or, arrivé sur place en fin de soirée, je réalisai que le système informatique de l’établissement n’avait jamais entendu parler de moi. Devant ma très vive insistance, la préposée s’est alors mise à fouiner, à vadrouiller dans les bureaux et à téléphoner ici et là. Finalement, elle retrouva ma fiche dûment complétée, laquelle, malheureusement, avait été « oubliée » ou « perdue », je ne sais trop. Vers minuit, elle m’assigna enfin une chambre, mettant un terme à une expérience désagréable.

Le principe en cause ici est relatif à un grand mot assez galvaudé : l’impartition. Que l’on pourrait peut-être considérer comme une forme de sous-traitance. Je ne veux pas recommencer le débat sur les quand, pourquoi et comment il faut ou il ne faut pas impartir. Et je sais que de faire appel à un service Web comme Disqus peut ne pas être considéré par certains comme étant de l’impartition. Ce sont je parle ici est du fait de confier à autrui l’exécution d’une partie de sa responsabilité sans en exercer un contrôle total et constant.

Faire affaire avec un service Web comme il y en a actuellement des milliers, c’est dépendre du sérieux de l’entreprise fournisseur, de la compétence de ses employés, de la solidité de sa structure financière, de la robustesse de ses logiciels et de la sécurité de son réseau informatique. Est-on certain que tout fonctionnera toujours tel que promis? Ce code qu’on va ajouter sur son propre site Web, est-ce que se sera une porte ouverte aux pires exactions criminelles?

Et est-ce que les données que l’on générera en utilisant ce service seront « lisibles » sans maux de tête dans deux ans, dans trois ans? Je me souviens de cet optométriste qui, en 2005, avait dû reprendre au complet sa base de données de produits et de pièces (verres, montures, etc.) parce que son fournisseur de solution informatique montréalais refusait de fournir le code nécessaire, tout en lui réclamant une fortune, pour migrer tout le bazar d’Omnis sous Mac OS 9 vers Access sous Windows XP. Depuis, ce professionnel n’a plus jamais confié d’élément stratégique de ses affaires à une tierce partie…

La tendance est quand même lourde, les offres de service Web alléchantes, les bidules et autres widgets à intégrer à son site Web sont fort attrayants et les tentations très fortes. Comment choisir le bon service? Évidemment pas en le testant frénétiquement (à quelques heures de vacances fort méritées). Possiblement en l’essayant sur une assez longue période à partir d’un site parallèle, un site identique dont personne ne connaît l’existence. Probablement en se documentant sur le taux de satisfaction des entreprises qui l’utilisent. Sûrement en évaluant ses avantages et inconvénients par rapport à l’alternative consistant à l’assumer soi-même sans aucun recours externe.

Voilà! À mon tour, maintenant, de partir en vacances. Croyez-vous qu’il va faire beau?

NDLR – Pour commenter cet article, rendez-vous sur L’observateur, le blogue du rédacteur en chef de Direction informatique, que vous trouverez ici. Vous pourrez également y lire tous les commentaires de l’article « Le phénomène blogue tire à sa fin » et poursuivre le débat, si vous le désirez.

Nelson Dumais est journaliste indépendant, spécialisé en technologies de l’information depuis plus de 20 ans.


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