Des vacances… mais quelles vacances?


Alain Beaulieu - 02/08/2006

Avec les multiples technologies qui permettent d’être toujours accessibles, même à la plage, le concept traditionnel de vacances a-t-il été relégué aux oubliettes?

Il fait beau et chaud, le mercure marque 32 degrés et le soleil est au zénith. Vous êtes bien callé dans votre chaise de plage, des lunettes fumées sur le nez et votre boisson préférée à la main, et vous entendez les cris lointains des enfants qui s’amusent aux abords du lac. Vous êtes sur le point de sombrer dans les bras de Morphée, engourdi par la chaleur (et votre boisson préférée), quand tout à coup une petite vibration vous ramène cruellement dans ce monde. Qui cela peut-il bien être? Un dimanche au lac. De surcroît, le premier dimanche de vos vacances estivales que vous attendiez depuis si longtemps!

Vous décrochez. C’est le stagiaire en informatique aux prises avec un problème qui dépasse, évidemment, ses compétences et l’incite à vous déranger, même en vacances, selon la directive qu’il a reçue. Vous prenez sur vous, après tout vous êtes cadre, et essayez de résoudre le problème au téléphone. C’est plus compliqué que vous l’escomptiez et vous sortez votre ordinateur portatif, fourni gracieusement par votre employeur, et vous essayez de réparer tout ça à distance. Mais rien n’y fait et vous devez vous rendre sur place. Vous rembarquez tout votre petit monde dans l’auto, qui ne manque pas de vous exprimer, en chœur, son mécontentement le plus profond, et vous vous dirigez au bureau, pas nécessairement le sourire aux lèvres.

Cette mise en situation n’est pas de la pure fiction, puisque nombre d’organisations requièrent que leurs employés-cadres soient disponibles 24 heures par jour, 365 jours par année, sous le prétexte de l’importance de leurs fonctions. Et souvent cette exigence n’est consignée nulle part sur un document officiel, étant tacite. Pour conserver son poste, qu’il a acquis à la sueur de son front, l’employé-cadre n’a d’autre choix que de se conformer à cette directive, même si le prix exigé est considérable. Pour son bien-être personnel et la qualité de sa relation avec sa famille et ses proches.

À cet égard, une étude publiée en début de semaine par la firme de recherche ontarienne Info-Tech Research conclut que 81 % des employés dans le secteur des TI – pas seulement les cadres – se sentent obligés, à un degré ou un autre, d’être toujours disponibles pour leur employeur. Seulement 19 % des employés ne sentent aucune obligation après les heures de travail. Plus précisément, 44 % des personnes interrogées par la firme se sentent légèrement obligées de fournir une telle disponibilité, alors que 22 % se sentent vraiment obligées et 15 %, absolument obligées. Le sondage a été mené auprès de 276 employés, principalement nord-américains.

Les revers du progrès?

Quel lien y a-t-il entre cette situation et les récents développements dans le secteur de la mobilité? Un lien direct de cause à effet, selon Info-Tech Research qui cite les ventes en hausse d’appareils d’information et de communication portatifs, tels que les Blackberry, les téléphones mobiles évolués et les blocs-notes, qui permettent de rejoindre en tout temps et tout lieu l’employé. Une tendance qui n’est pas prête de s’atténuer, estime la firme de recherche qui prédit un taux de croissance annuelle combiné des ventes de téléphones mobiles de plus de 10 % jusqu’en 2010.

Cette perte de qualité de vie qu’est celle de l’employé qui ne peut plus décrocher de son boulot constituerait-elle un des revers des progrès technologiques dont les premières victimes seraient ses artisans mêmes? Car on ne peut pas prétendre que ces progrès se font au seul bénéfice de l’employé. C’est sûr qu’ils lui permettent de résoudre des problèmes à distance sans avoir à se déplacer, mais son équilibre personnel est grandement menacé par la disponibilité totale que ces mêmes progrès favorisent.

Tout le monde a besoin de vacances, de temps à soi pour complètement oublier le travail et prendre du bon temps avec sa famille et ses proches, dans certains cas pour renouer avec les siens que les obligations de la vie professionnelle ont momentanément éloignés. À force de trop négliger le besoin qu’a tout un chacun de décompresser, on risque de se retrouver avec une épidémie de dépressions et de burnout, ce qui n’est pas forcément mieux pour les organisations. Tout est question d’équilibre. Qu’on se le tienne pour dit! Et pour ceux qui ont la chance (!) de ne pas lire ce billet, puisqu’ils sont vraiment en vacances, continuez de prendre du bon temps, vous en avez bien besoin. Et on se retrouve après, frais et dispos.

Bonnes vacances à tous!