Dur de naviguer avec une canne blanche


Alain Beaulieu - 07/12/2007

Même avec une canne blanche, la plupart du temps, les aveugles n’y voient rien sur le Web.

Au Québec, 600 000 personnes vivent avec un handicap, selon l’Office des personnes handicapées du Québec (OPHQ). Pour 120 000 Québécois, le handicap est visuel; ce qui correspond à 1,6 % de la population pour qui la navigation sur le Web est problématique.

Il existe évidemment des outils qui facilitent la consultation des sites Web par les handicapés visuels, comme le grossissement des caractères, la synthèse vocale, la lecture en braille et la navigation en utilisant les touches du clavier, mais encore faut-il qu’ils aient été intégrés aux sites Web et que la conception de ces derniers ait été adaptée en conséquence.

Or, rares sont les sites parmi les plus populaires auprès des Canadiens francophones qui ont fait cet effort, conclut une étude sur l’accessibilité du Web pour les personnes handicapées qui a été rendue publique cette semaine. Et qui plus est, la situation n’a pas beaucoup changé depuis 2003, alors qu’une étude similaire a été réalisée à ce sujet.

Pilotée par la Coopérative AccessibilitéWeb, en partenariat avec l’Institut Nazareth et Louis-Braille et la Communauté de pratique sur l’accessibilité du Web, l’étude triennale a porté sur les 200 sites les plus visités par les Canadiens francophones, selon la compilation de mai 2007 de ComScore. Certains sites ont été exclus de la liste, dont les sites pornographiques. « Nous n’avons pas voulu pousser la rigueur jusque-là », a confié, non sans humour, le directeur de la Coopérative AccessibilitéWeb, Denis Boudreau.

Pour chacun des 200 sites évalués, trois pages ont été analysées, soit la page d’accueil, une page de contenu représentative et une troisième page qui incluait un tableau de données ou un formulaire. Les pages ont été analysées selon les Règles d’accessibilité des contenus Web 1.0 de l’Initiative pour l’accessibilité du Web (1999) du World Wide Web Consortium (W3C). À des fins de comparaison, les sites ont été regroupés par secteur d’activités (catégorie) et une note (de A à F) a été attribuée à chaque site et à chaque catégorie de sites.

Ottawa se fait voir

Les auteurs de l’étude concluent donc que 85 % des 200 sites évalués ne sont pas accessibles aux personnes handicapées. Dans l’ensemble, les résultats sont assez décevants : seul le secteur de l’administration publique a obtenu la note de passage, soit C (bon : 7,0-7,9/10). Aucun secteur n’a obtenu la note A (excellent : 9,0-9,9/10), B (très bon : 8,0-8,9/10), ni F (extrêmement faible : 0,0-2,9/10) qui correspond à un échec.

On trouve parmi les secteurs ayant obtenu la note D (faible : 6,0-6,9/10) les secteurs Formation et emploi, Réseautage social et Services financiers. Les secteurs Technologies de l’information et communication, Biens et services, Divertissement, Voyage et transport et Médias ont, quant à eux, obtenu la note E (très faible : 3,0-5,9/10).

Ayant décroché le meilleur résultat parmi les 200 sites évalués, soit 9,28/10, le site Web de Revenu Canada occupe la première place du classement, alors que celui de Télétoon (3,59/10), la dernière. « Le gouvernement fédéral a mis en place, il y a quelques années, une stratégie agressive pour accroître l’accessibilité de ses sites », note Denis Boudreau. En outre, le site du Mouvement Desjardins, qui comprend 15 000 pages et dont la cote s’est améliorée depuis 2003, s’avère le meilleur site dans la catégorie Services financiers.

M. Boudreau considère que c’est par méconnaissance de l’existence des outils pour les personnes handicapées que les organisations ne font pas les efforts requis pour rendre leur site plus accessible. Des motifs économiques sont aussi invoqués, dans la mesure où un investissement doit être consenti pour rendre le site plus accessible – on parle de 2 % à 30 % du budget d’exploitation du site – et que cet investissement est difficile à justifier si les personnes handicapées ne représentent qu’une infime portion de la clientèle du site. La réticence au changement des équipes de développement est également retenue.

« Malgré que les résultats de l’étude puissent paraître un peu timorés, cela fournit un grand message d’espoir en faveur d’une société plus inclusive au Québec », de conclure le représentant de l’OPHQ, Yves Fleury.

Alain Beaulieu est adjoint au rédacteur en chef au magazine Direction informatique.




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