Gare aux solutions d’alignement uniques


Francois - 23/01/2009

Les études démontrent que l’utilisation des TI n’entraîne pas automatiquement une hausse de la productivité des entreprises. Cela dépend fortement de la capacité à harmoniser choix technologiques et méthodes de gestion des TI avec la stratégie concurrentielle retenue.

Des recherches ont montré que les organisations affichent essentiellement quatre grands types de comportements stratégiques pour atteindre les objectifs qu’elles se sont donnés. Certaines entreprises sont des prospectrices : pour accéder au plus grand marché possible, elles créent continuellement de nouveaux produits et services. Plusieurs mettent l’accent sur la défensive : pour réussir dans le marché restreint qu’elles ont ciblé, elles cherchent surtout à améliorer l’efficience de leurs méthodes de production. D’autres affichent un comportement analytique : elles se distinguent par leur désir d’évoluer tantôt dans des environnements stables, tantôt dans des marchés plus dynamiques. Enfin, certaines organisations se bornent surtout à réagir aux événements, une approche qui leur fait parfois perdre des occasions.

La science enseigne que certains comportements stratégiques sont plus appropriés que d’autres dans certains contextes. Ainsi, « la prospection fonctionne mieux pour les organisations de grande taille présidée par un dirigeant plutôt jeune formé en marketing », particulièrement quand leur environnement est risqué ou incertain. Par contre, jouer défensivement rapporte davantage aux PME dirigées depuis longtemps par le même diplômé en finance ou comptabilité.

On sait aussi que les entreprises choisissent et gèrent souvent les TI de façons différentes, selon qu’elles ont choisi une approche stratégique ou une autre. Ainsi, les entreprises prospectrices ont tendance à opter en faveur d’une architecture TI ouverte et décentralisée, à assurer la présence du département des TI dans les diverses sphères d’activité de l’organisation, à faire de la veille technologique, à se tourner vers l’extérieur pour le développement de nouveaux systèmes et à gérer leurs projets informatiques avec un style participatif.

De leur côté, les organisations qui misent sur la défensive privilégient généralement la mise en place d’une architecture fermée et centralisée (pour mieux contrôler le traitement et la diffusion de l’information qu’elles détiennent), l’octroi à leur direction TI d’un rôle relativement limité, le développement à l’interne des systèmes dont elles ont besoin et l’application dans le secteur des TI de méthodes de gestion de projet autoritaires. Enfin, les acteurs aux comportements analytiques recourent souvent à une architecture TI distribuée et ils prennent au cas par cas la décision d’impartir ou non la création de nouveaux systèmes ou applications.

Ces choix sont-ils vraiment gagnants? Certains comportements stratégiques devraient-ils vraiment appeler certaines décisions TI plutôt que d’autres? Pour répondre à ces questions, nous avons sondé plus de 240 entreprises canadiennes de plus de 250 employés.

Les résultats de cette enquête démontrent clairement que les entreprises prospectrices et les organisations analytiques qui alignent leurs choix et leurs méthodes de gestion TI sur leur comportement stratégique affichent une meilleure performance que celles qui négligent la réalisation d’un tel alignement.

Les entreprises qui appartiennent à ces deux catégories font mieux, d’abord, lorsqu’elles se dotent d’une architecture ouverte qui facilite l’accès aux données organisationnelles, simplifie l’exploitation de ces dernières et favorise le développement de nouvelles applications.

Ces entreprises connaissent aussi une croissance et une rentabilité supérieures lorsque leur département TI joue un rôle très actif, par exemple, quand son responsable est appelé à participer de près à la prise de décisions stratégiques et qu’il est en mesure de proposer des solutions technologiques efficaces aux problèmes des autres directions.

Pour se distinguer, les entreprises prospectrices et analytiques ont aussi avantage à faire de la veille technologique, c’est-à-dire à se doter d’outils de détection et d’observation des pratiques exemplaires à appliquer en matière de TI. Enfin, ces organisations profitent de la conduite régulière d’évaluations destinées à mesurer le niveau d’efficience et d’efficacité de leurs technologies.

Sur une note plus pessimiste, notre étude montre par contre que les entreprises canadiennes qui misent sur la défensive tardent encore à prendre certaines des décisions TI qui leur permettraient d’exceller davantage. Malheureusement, les dirigeants de ces organisations sous-estiment souvent l’importance du rôle que les TI pourraient y jouer et, par conséquent, négligent de poser certains des gestes qui les aideraient à tirer le maximum des technologies.

Pour que le Québec et le Canada accroissent leur compétitivité (particulièrement) dans le secteur manufacturier, il faudra veiller à corriger rapidement ces deux lacunes.

Pour obtenir plus de détails sur cette recherche, consultez : Croteau, A.-M., Bergeron, F. et Raymond, L. (2001), « Comportements stratégiques, choix et gestion des systèmes d’information : contribution à la performance », Systèmes d’Information et Management, Vol. 6, no 4, p. 5-26.

Anne-Marie Croteau est professeure agrégée à l’École de gestion John-Molson de l’Université Concordia et directrice du programme de maîtrise en administration pour gens d’affaires.

François Bergeron est professeur de systèmes d’information dans l’Unité Travail, Économie et Gestion de la Télé-Université, Université du Québec à Montréal (UQAM).

Louis Raymond est professeur titulaire à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), où il préside la Chaire de recherche du Canada sur la performance des entreprises.

La diffusion de ces résultats de recherche est rendue possible par une subvention octroyée par le Fonds de recherche sur la société et la culture (FQRSC) à Benoit Aubert (HEC Montréal), Bouchaib Bahli (Université Concordia), François Bergeron (Télé-Université), Anne-Marie Croteau (Université Concordia) et Suzanne Rivard (HEC Montréal) dans le cadre d’un programme de recherche sur la Gestion stratégique des technologies de l’information.