La bourse ou la vie


Jean-François Ferland - 21/09/2007

Les consommateurs portent un intérêt grandissant envers le téléphone évolué comme une extension mobile des fonctions technologiques de la vie quotidienne. Les fournisseurs veulent en profiter, mais les coûts élevés et l’offre d’appareils aux fonctions limitées en rebutent plusieurs. Quand le consommateur sera-t-il libre de vivre sa vie mobile?

L’intérêt porté envers les technologies de l’information et des communications portatives est visiblement indéniable. L’adoption du téléphone mobile progresse grâce évidemment à ses fonctions de communication vocale, mais aussi parce qu’il permet l’échange de messages textes, les communications bidirectionnelles, comme avec un « walkie-talkie », la prise de photos et de capsules vidéos et même la navigation sur le Web.

Décidément, l’attrait de la mobilité dépasse celui le cadre des communications téléphoniques traditionnelles. De plus en plus de « téléphones à poche », dotés de claviers et d’écrans adaptés pour des utilisations autres que la téléphonie, font leur apparition sur le marché. Les consoles bidirectionnelles, comme celles de l’entreprise canadienne Research in Motion (RIM), sont particulièrement prisées des entreprises. Depuis quelques semaines, l’appareil iPhone d’Apple attire les regards grâce à son intégration des fonctionnalités offertes sur les ordinateurs personnels du fabricant.

Les communications mobiles semblent faire l’objet de deux tendances importantes, soit le transfert de contenus numériques et la transposition des applications de l’informatique personnelle dans les appareils mobiles. Les gens veulent pouvoir transférer leurs contenus d’un type d’appareil à l’autre, ou bien les stocker en ligne, tout comme ils aimeraient synchroniser leurs agendas et leurs carnets d’adresses. Ils souhaitent les mêmes applications sur les deux plates-formes, que ce soit sous la forme de logiciels ou d’applications en ligne.

Le prix de la liberté

Or, un maillon important de la chaîne technologique, soit celui des fournisseurs de service de télécommunications, a une grande influence quant à la progression de l’intégration et de la convivialité.

Ces fournisseurs, qui vivent la transition des communications de la téléphonie vocale en mode analogique à un éclatement des modes d’interaction et l’emploi en mode numérique, font évoluer leur modèle d’affaires vers la tarification à la minute et au kilooctet. En fin de compte, ils souhaitent que la facture moyenne de l’usager augmente soit par un abonnement d’une durée définie, soit par l’imposition de tarifs à l’utilisation. Les affaires sont les affaires…

Or, les tarifs mensuels que les fournisseurs exigent pour l’échange d’un grand nombre de messages ou la transmission d’une grande quantité de contenus numériques sont élevés lorsqu’ils sont comparés à ceux d’autres fournisseurs du globe. Plus encore, les appareils qu’ils offrent ne permettent pas le téléchargement de contenus par une liaison autre que celle de leurs réseaux. Ainsi, les magnifiques photos ou les superbes vidéos qui ont été croqués par l’utilisateur doivent transiter par le fournisseur, alors que les fonctions permettant les liaisons directes ont été désactivées sur les appareils fournis.

Toutefois, il est possible que la donne change au cours des prochaines années. Premièrement, des études démontrent que certaines fonctionnalités évoluées des téléphones mobiles sont peu utilisées en raison des limitations de transfert ou des tarifs d’utilisation élevés. Également, des utilisateurs pourraient opter pour l’achat d’un appareil sans limitations dans un magasin de détail, au lieu d’un appareil limité chez un fournisseur, et ensuite sélectionner un fournisseur dont le réseau est compatible.

Certes, certains appareils comme les Blackberry de RIM et le iPhone d’Apple permettent une synchronisation directe avec l’ordinateur. Mais l’utilisateur intensif de téléphones évolués voudra lui aussi une plus grande latitude de manipulation de ces contenus, tout comme il voudra obtenir des services de données à moindre coût.

Contrôle

Les affaires sont les affaires, et les fournisseurs ont le droit d’offrir leurs services au tarif qui leur plait. Si le consommateur n’est pas content, qu’il s’en prive!, pourraient-ils dire. Mais il suffit qu’un grand nombre de consommateurs manifestent leur insatisfaction envers les tarifs et les limitations d’utilisation de leurs appareils pour que la situation change. Entre-temps, le consommateur se prive d’utiliser un produit ou un service, ce qui prive également le fournisseur de revenus potentiels…

Comme avec bien des technologies, la phase initiale d’utilisation d’un produit ou d’un service est plus coûteuse, ce qui résulte en un nombre limité d’utilisateurs. Mais au fur et à mesure que les prix diminuent et que les barrières sont enlevées, les produits sont adoptés par un plus grand nombre de personnes et l’utilisation se fait plus courante, jusqu’à ce que le produit atteigne le stade de la commodité. Le nombre plus élevé d’abonnés à des services plus abordables, à l’aide d’appareils plus flexibles, se traduira alors par des revenus à la hausse pour les fournisseurs.

Un jour, les utilisateurs des téléphones mobiles seront maîtres de leurs contenus et de leurs applications sur leurs équipements. Alors, ils auront le véritable sentiment de contrôler leur vie technologique contenue dans cet appareil au fond de leur poche (ou de leur sacoche)!

Jean-François Ferland est journaliste au magazine Direction informatique.




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À propos de Jean-François Ferland

Jean-François Ferland est le rédacteur en chef du magazine Direction informatique. Il compte dix-sept années d'expérience en journalisme et en communication publique.
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