La Bourse ou la vie?


Jean-François Ferland - 05/05/2006

Plusieurs entreprises du secteur des TIC, pour financer leur croissance, s’inscrivent sur les marchés boursiers. Si cette approche est avantageuse en matière d’accès rapide à des capitaux, des conséquences fâcheuses peuvent altérer tout aussi rapidement la destinée de l’organisation.

De temps à autre, une organisation québécoise annonce son entrée sur l’un ou l’autre des marchés boursiers, qu’il s’agisse d’une bourse de croissance ou d’un marché majeur au Canada ou aux États-Unis. Le principe d’attribution d’actions à des personnes qui achètent des parts de l’entreprise, en l’échange d’un montant initial, est bien connu dans notre société de plus en plus familière avec les principes du marché boursier. L’entreprise utilise alors le montant obtenu pour procéder à des investissements en recherche et développement, pour l’acquisition de machinerie, pour embaucher du personnel, etc. Lorsque l’entreprise performe bien et que ses revenus augmentent, la valeur de l’action augmente, un dividende est versé au terme d’un trimestre et les actionnaires, tout comme les dirigeants et les employés de l’entreprise, vivent des jours heureux.

Or, le passage de l’état d’entreprise privée à celui d’entreprise publique, qui implique une cession d’une partie du contrôle de l’organisation à des personnes situées à l’extérieur de l’équipe de gestion, n’est pas toujours paradisiaque. Il semble exister une tendance à « l’hyperoptimisme » au sein des marchés financiers envers les performances potentielles des entreprises, ce qui porte les dirigeants d’entreprises à se préoccuper davantage de la performance financière au détriment de la mission de l’entreprise, soit de vendre des produits ou des services.

À chaque début de trimestre, des analystes bien pensants, qu’ils fassent partie de maisons de courtage ou qu’ils soient chroniqueurs dans les médias écrits ou électroniques, établissent des cibles à atteindre en rapport aux revenus, aux profits, aux bénéfices et aux dividendes. Certains sont calmes et réfléchis, tandis que d’autres font un véritable spectacle à la radio ou à la télévision en criant et en beuglant leurs prédictions. Malheureusement, plusieurs actionnaires achètent et vendent leurs actions en se fiant non pas sur leurs connaissances, mais sur les avis de ces « experts », et il appert que la patience est de moins en moins une vertu pratiquée par ces personnes. Et ce, même si, paradoxalement, votre conseiller financier personnel vous affirme qu’investir en Bourse est un geste à long terme et que la patience est une vertu essentielle, il semble que ceux qui pratiquent le métier d’analyste n’étaient pas présents quand cette vertu a été distribuée…

Malheur à l’entreprise qui ne performe pas comme prévu! Même si elle engrange des centaines de milliers de dollars en profits, le manquement de l’objectif établi par quelques poignées de dollars peut se traduire par une chute immédiate de l’action. Pour l’entreprise qui fait l’objet de ces foudres, à l’interne, s’installe alors une atmosphère plutôt désagréable où les dirigeants, puis les employés, perdent graduellement le sourire.

Des dirigeants prennent alors des décisions qui visent à dégager une marge de manœuvre monétaire pour tenter de satisfaire les actionnaires. Les budgets de certains départements sont gelés ou amputés, les travaux de R&D sont ralentis, les avantages sociaux des employés sont revus, etc. Les communiqués de presse annonçant des produits ou des contrats font place à des énoncés financiers, alors que l’équipe des relations publiques se préoccupe davantage de l’image de l’entreprise, si elle n’est pas déjà en mode de contrôle des dommages.

Si la situation ne s’améliore pas, le ton monte, des doigts sont pointés et des poings sont brandis. Les décisions financières ont maintenant préséance sur les décisions reliées aux activités de base. Les esprits s’échauffent, et plusieurs dirigeants ou gestionnaires, rouges comme des tomates, crient des ordres à leurs pauvres subordonnés en lançant d’innocentes chaises au bout de leurs bras. Surviennent alors les coupures de postes, parcimonieuses ou massives, qui finissent par avoir un impact non seulement sur l’humeur des ressources qui demeurent en poste, mais également sur le fonctionnement de l’entreprise. Et malheur encore si les actionnaires ont vent de l’attitude interne de l’organisation, car leur patience peut se tarir entièrement!

Il n’est pas surprenant, dans ces circonstances, de constater que plusieurs entreprises, notamment dans le domaine des TI, optent pour le rachat de leurs actions afin de retrouver leur caractère privé d’antan. D’autre part, plusieurs organisations, même si elles sont courtisées par les analystes, refusent catégoriquement de devenir « publiques » pour ne pas troubler leur paix intérieure.

Cela signifie-t-il que la présence en bourse est désavantageuse? Pas du tout. Est-ce que le marché financier a une perception déformée de la réalité? Assurément pour certains de ses gens d’influence. Pour les entreprises du domaine des TIC, il est toutefois important de se rappeler une règle d’or : en affaires, il n’y a pas d’amis. Et pour celles qui en subissent des conséquences fâcheuses, qu’elles soient reliées à des conditions qui sont de leur contrôle ou non, il est à espérer que le vent tourne, que les esprits se calment et que les jours redeviennent heureux.




À propos de Jean-François Ferland

Jean-François Ferland est le rédacteur en chef du magazine Direction informatique. Il compte dix-sept années d'expérience en journalisme et en communication publique.
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