La diffusion en trois dimensions selon Sensio
Coup franc pour la 3D


Jean-François Ferland - 29/06/2010

Des parties captées en 3D de la Coupe du monde 2010 de la FIFA seront retransmises dans le monde entier grâce à une technologie de Technologies Sensio. L’entreprise québécoise fait le point sur l’évolution et les défis de la diffusion en trois dimensions.

En juin et juillet 2010, des millions de personnes suivront la Coupe du monde de la Fédération internationale de football association (FIFA), le plus grand événement télévisuel de la planète. Dans plusieurs cinémas et stades, des amateurs verront en direct des parties en 3D grâce à une technologie développée par la société basée à Montréal.

Sensio, cofondée en 1998 par Nicholas Routhier et Richard LaBerge, a conçu une technologie d’encodage et de compression qui sert à diffuser du contenu stéréoscopique sur des canaux traditionnels de diffusion. Cette technologie réduit la bande passante requise, mais maintient une grande qualité d’image. Aujourd’hui, les propriétés intellectuelles de Sensio sont utilisées dans des composantes électroniques à toutes les étapes de diffusion de contenu, des petits aux grands écrans.

Quelques jours avant le coup d’envoi du tournoi, Louis Rousseau, le vice-président au marketing et aux communications de Technologies Sensio, confirmait l’intérêt croissant des spectateurs et de l’industrie du divertissement envers la diffusion en 3D et en direct. Pour Sensio, cet intérêt s’est concrétisé depuis 18 mois par des ententes avec des fabricants de téléviseurs et d’équipements de télédiffusion (dont la montréalaise Miranda) et par des essais de diffusion de concerts, d’opéras et d’événements sportifs.

Selon M. Rousseau, les technologies de l’information et des communications ont contribué grandement à l’essor actuel de la 3D. Il rappelle que l’affichage en trois dimensions, inventé dans les années 1830 sous forme photographique, a connu des vagues au cinéma dans les années 1950 et 1980, mais a souffert de carences dans l’écosystème cinématographique.

« Ce qui fait la différence, c’est la numérisation de la production des films et de leur présentation sur les écrans. Cela rend l’exercice plus abordable et plus facile à grande échelle. Tous les joueurs sont entrés dans la danse », constate-t-il.

Cycle technologique

Pour l’instant, Sensio concentre ses efforts commerciaux dans le créneau de la présentation en direct d’événements en 3D au cinéma. Il reste du chemin à parcourir avant que le contenu en 3D soit monnaie courante dans l’univers télévisuel.

Outre les contenus sur disques Blu-Ray, les spectateurs à domicile verront de la 3D lors d’événements en direct, grâce à quelques chaînes dédiées et à la vidéo sur demande. « Avant que la télé en 3D devienne un mode de programmation linéaire, il faudra attendre beaucoup de temps, comme ce fut le cas pour le contenu en haute définition », remarque M. Rousseau.

D’autre part, à l’image des magnétoscopes et disques optiques compacts, plusieurs formats se font la lutte dans l’univers du 3D. D’ailleurs, M. Rousseau croit que 2010 sera « l’année de la confusion » et que plusieurs consommateurs et producteurs préféreront attendre avant de faire le saut.

« Plusieurs technologies tirent sur la couverte. Des travaux ont cours dans des organismes de standardisation, mais tout le monde y va à sa façon : il existe des lunettes à polarisation active et passive, des formats d’encodage libres et propriétaires… La beauté de notre technologie d’affichage est sa compatibilité de lecture et de restitution des autres formats. […] Éventuellement, il y aura une convergence vers un seul format. Nous cherchons à nous positionner pour être ce format ou l’un des finalistes », indique-t-il en évoquant le décodage des formats sonores concurrents Dolby et THX par les composantes de cinéma-maison.

M. Rousseau croit que la 3D, à l’image d’autres technologies, vivra une phase de déflation dont seuls les formats les plus forts survivront, avant que la croissance réelle s’amorce en 2012 ou 2013. « D’ici quatre à cinq ans, tous les téléviseurs intégreront la capacité d’affichage en 3D… Mais tous n’utiliseront pas encore la fonction », estime M. Rousseau.

Nourrir le wiki du 3D

Les producteurs de contenu ont aussi leur lot de défis face à la 3D. Par exemple, ils doivent trouver le positionnement idéal des caméras et l’emplacement optimal des graphiques en surimpression.

Selon M. Rousseau, autant les gens des milieux des technologies que ceux de la télévision contribuent à définir les meilleures pratiques. « C’est comme un wiki qu’on nourrit, alors que les gens deviennent connaissants et compétents en apprenant de leurs expériences. C’est un travail collectif où tous amènent leur savoir. »

D’autre part, la conversion en 3D en temps réel du contenu produit en deux dimensions aura recours aux TIC, mais nécessitera elle aussi des meilleures pratiques pour que l’illusion soit réussie.

La communication du siècle?

Les bureaux de Sensio sont dans un édifice de Pointe-Saint-Charles où Northern Electric – l’ancêtre de Nortel – a longtemps fabriqué de l’équipement de téléphonie, une technologie marquante des communications au 20e siècle. M. Rousseau, qui a oeuvré en télécommunications avant de joindre Sensio, croit que la diffusion en 3D pourrait marquer à son tour les communications du 21e siècle.

« Le téléphone était une technologie « 1D ». Nous y avons ajouté l’image et nous aurons bientôt la vidéoconférence sur les téléphones mobiles. La prochaine étape serait de se voir en 3D, avec l’apparition d’hologrammes, comme Cisco en a fait récemment la démonstration lors d’une conférence », indique-t-il. « La 3D est encore embryonnaire. Elle pourrait devenir ‘‘la” méthode de communication, mais dans combien de temps? Je ne saurais dire. C’est une question de temps, de réflexion et de courage de s’y lancer! »


Planète foot… et 3D

Une technologie de Sensio servira à encoder et compresser les signaux captés en 3D de 25 parties de la Coupe du Monde 2010 de la FIFA, afin qu’elles soient présentées en direct, via satellite, dans des salles de cinéma et des stades partout sur la planète.

À quelques jours du tournoi, le personnel de Sensio travaillait d’arrache-pied à équiper des salles et à réaliser des essais. M. Rousseau reconnaissait alors l’importance critique de la réussite d’un événement d’une telle ampleur pour la diffusion en 3D.

« Dans le monde du direct, il y a toujours de la redondance, comme en informatique, mais le temps de réaction est très court. Nous avons réalisé des tests d’envergure mondiale et tout s’est bien déroulé. Tranquillement il y aura une intensification, et nous serons prêts lorsque l’événement commencera », relate-t-il.

Sensio avait été approchée par Aruna Media, une entreprise suisse qui détenait les droits de diffusion des parties en 3D hors des foyers. Or, à la fin mai, la FIFA a retiré ces droits à Aruna Media pour en assurer la gestion en interne. M. Rousseau a confirmé que Sensio poursuivait son mandat auprès de la FIFA.


Les affaires en 3D?

M. Rousseau croit que le potentiel de la diffusion en 3D pour des applications d’affaires est marginal, du moins pour l’instant. Alors que la vidéoconférence et la téléprésence sous forme conventionnelle tardent à se répandre, M. Rousseau croit qu’il faudra attendre avant d’y ajouter une troisième dimension.

Toutefois, certaines applications de création pourraient bénéficier de la 3D, dont la conception assistée par ordinateur. « La modélisation en 3D permettrait de voir des objets conceptualisés d’une façon différente. On pourrait faire le tour d’une automobile pour voir comment la lumière s’y reflète, d’une meilleure façon que sur un écran ordinaire », donne-t-il en exemple.

Sensio compte dans son portfolio du matériel et des logiciels qui sont destinés aux environnements informatiques. Déjà, l’éditeur Arcsoft intègre des technologies de Sensio dans un lecteur multimédia pour PC.

Jean-François Ferland est rédacteur en chef adjoint au magazine Direction informatique.




À propos de Jean-François Ferland

Jean-François Ferland est le rédacteur en chef du magazine Direction informatique. Il compte dix-sept années d'expérience en journalisme et en communication publique.
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