La nécessaire collaboration gouvernementale


Alain Beaulieu - 20/06/2008

S’ils veulent conserver les niveaux de service actuel, les gouvernements n’auront pas le choix d’instaurer un environnement favorisant la collaboration. Mais cet exercice ne se fera pas sans consentir de grands efforts.

Les défis auxquels feront face les gouvernements et les organisations publiques au cours des prochaines années sont considérables et découlent directement du vieillissement de la population. Le problème est relativement simple, bien plus que sa solution : comment faire pour maintenir les mêmes niveaux de service, voire les améliorer, quand les revenus dont dispose l’État sont en déclin? D’autant plus que le vieillissement de la population entraînera inévitablement une hausse des dépenses en santé. On revient à l’éternel défi, bien connu des entreprises soumises à un environnement compétitif, de faire plus avec moins. C’est un peu comme si la logique qui caractérise désormais le monde des affaires, à l’heure de la globalisation des marchés, avait rejoint le secteur public.

Plusieurs options s’offrent évidemment aux gouvernements : ils peuvent opter pour hausser le taux d’imposition de la population qui est déjà très fortement taxée; ou ils peuvent réduire les services offerts, en transférant une partie de ceux-ci au secteur privé, ce qui se fait déjà en partie; ou encore accroître leur efficience à la manière des entreprises commerciales, en cherchant à tirer le plus profit des possibilités offertes par les technologies de l’information et des communications (TIC). Évidemment, en tant que publication spécialisée dans ce secteur d’activité, la dernière option nous apparaît plus séduisante…

Plusieurs observateurs s’entendent pour percevoir dans l’avènement des TIC la dernière étape d’un processus entamé il y a plus de 150 ans, soit la révolution industrielle, qui se caractérise par un recours accru à la mécanisation et aux technologies d’automatisation. Sauf que cette fois-ci, c’est la gestion des processus informationnel et décisionnel dont il s’agit, bien plus que les procédés de fabrication.

Or, IBM vient de publier un rapport intitulé « Government 2020 and the Perpetual Collaboration Mandate » qui prédit l’instauration d’environnements de collaboration et l’avènement du concept d’organisation virtuelle à grande échelle au sein des gouvernements et des organisations publiques d’ici 2020. Les auteurs du rapport considèrent que cela permettra d’accroître l’efficacité avec laquelle l’information est échangée au sein de ces organisations et, conséquemment, les services rendus à la population. Ceci entraînera, toujours selon l’étude, l’instauration d’une véritable culture du changement et du partage des connaissances, en plus d’accroître la flexibilité et l’agilité des organisations impliquées dans la fourniture des services.

Sans remettre en question la pertinence du modèle avancé par les auteurs de l’étude, qui fournit une piste de solutions très prometteuse, un aspect qui n’a pas été souligné dans l’étude dont la portée est mondiale et ne prétend nullement faire des prédictions régionales, et qui m’apparaissent d’une importance particulière pour un pays comme le nôtre. Il s’agit de l’importance des changements qui devront être apportés au modèle de fonctionnement et de gestion des organisations publiques québécoises et canadiennes pour permettre la mise en place d’un tel environnement de collaboration. C’est un secret pour personne, mais les organisations publiques d’ici ont une forte tradition de gestion compartimentée, dans la mesure où elles ont tendance à appliquer un modèle de gestion par silo. Or, qui dit collaboration, dit dé-compartimentation des systèmes d’information, qui permet un véritable échange et partage d’information, nécessaire à l’obtention de la performance et de l’agilité recherchées.

Il est vrai – et c’est une chance – que les changements ont déjà commencé à être opérés dans les organisations publiques québécoises, notamment dans le secteur de la santé, et qu’une partie du travail a été fait, mais ce qui reste à faire est tout simplement colossal. C’est carrément d’un changement de culture dont il est question ici, bien plus que de l’achat de telle ou telle technologie facilitant le partage d’information. Il est vrai qu’il reste une bonne douzaine d’années avant la date butoir que fixe IBM dans le contexte de cette étude. Il est vrai aussi que la nécessité est mère de toute invention et que considérant le contexte de vieillissement de la population, il y a sans aucun doute nécessité d’agir. Alors, restons confiants et relevons-nous les manches! L’avenir du modèle étatique qu’on connaît et qui trouve son origine dans le concept de l’État providence en dépend…

Alain Beaulieu est adjoint au rédacteur en chef au magazine Direction informatique.


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