La politique Web 2.0 – partie 2 : les blogues, les réseaux sociaux et le vote stratégique


Jean-François Ferland - 10/10/2008

Dans le cadre de la campagne électorale fédérale, les citoyens s’expriment allègrement à l’aide des outils de communication de nouvelle génération. Alors que les artistes sont nombreux à faire entendre leurs voix, des internautes planifient des votes stratégiques par l’entremise de la Toile. Inventaire (forcément partiel) d’initiatives diverses.

Si les politiciens ont (presque) tout mis en oeuvre pour joindre les électeurs par l’entremise des technologies Web 2.0, c’est que ces derniers sont très nombreux à utiliser les blogues, les réseaux sociaux et d’autres moyens de communication numérique pour diffuser de l’information ou émettre des opinions. Voici un aperçu partiel des tendances en la matière sur Internet, dans le contexte des élections fédérales 2008.

Les blogues

La blogosphère regorge de contenus produits par des internautes qui sont favorables à un parti politique ou qui sont défavorables aux autres partis…

Le blogue RadiCarl de Carl Boileau, d’allégeance bloquiste, illustre la variété des contenus que produisent les internautes dans le cadre de la campagne électorale. Un blogue politique typique contient du texte, des vidéos, des photos et même des créations maison comme des photomontages. On y retrouve des flux de messages provenant d’autres blogues, tout comme une liste de récents commentaires laissés par des internautes. On y trouve aussi un flux RSS, pour recevoir les dernières nouvelles du site, ainsi que des liens vers des présences établies sur d’autres réseaux sociaux.

La plupart des blogueurs politiques suggèrent une liste d’autres blogueurs de la même allégeance. Par exemple, le blogue Angry in the Great White North, du conservateur Steve Janke affiche une longue liste de blogueurs qui traitent uniquement ou sporadiquement de la politique.

Par ailleurs, il existe des blogues fédérateurs, comme Liblogues qui affiche les récents messages ajoutés aux blogues exploités par des internautes francophones et anglophones qui soutiennent le Parti libéral du Canada. Alors que la version francophone ne contient que des messages provenant du parti, le pendant anglophone, Liblogs, est beaucoup plus étoffé.

D’autres blogues ont une portée élargie ou neutre. Le blogue anglophone Blogging Canadians, pour sa part, rapporte des messages de blogues de toutes les allégeances politiques, avec une catégorisation optionnelle en fonction des partis. Le blogue DemocraticSPACE , produit en anglais et en français réunit des blogueurs partisans et non partisans qui traitent d’enjeux liés à la présente campagne politique.

Les réseaux sociaux

Sur le réseau de diffusion de vidéos YouTube, on retrouve une diversité de contenus liés à la campagne électorale. Certains ont exprimé leur opinion en parlant à la caméra ou ont recours à des présentations pour exprimer leurs opinions, alors que d’autres diffusent des chansons originales composées pour l’occasion. Certains ont enregistré des déclarations télévisées à l’aide d’un magnétoscope ou d’un caméscope (!), alors que d’autres réalisent des photomontages, des imitations ou des parodies.

Sur le réseau social Twitter, où les participants décrivent leurs activités ou leurs états d’âme du moment en un maximum de 140 caractères, le moteur de recherche search.twitter.com rapporte notamment des commentaires d’internautes qui sont allés voter, qui trouvent grognons les employés des pôles de vote par anticipation. Des blogueurs y mentionnent l’ajout de messages sur leurs blogues, alors que des participants, comme CanadaElects, consacrent leurs messages à la référence à des messages émis par divers blogues. On y retrouve aussi plusieurs médias traditionnels (journaux, stations de radio) et des sites Web d’information qui publient des références à des contenus qu’ils ont publiés, tout comme des références produites par le fil de presse CNW Telbec, dans l’espoir que l’internaute ira les lire. On y retrouve également des messages émis par des groupes d’intérêt.

D’ailleurs, le site elect-o-pinion.ca présente des messages Twitter publiés par des partis, des médias et des citoyens en fonction des principaux partis politiques.

Sur le réseau Facebook, on retrouve des groupes consacrés à des gens qui voteront pour un parti, qui ne voteront pas pour un parti ou qui voteront contre un parti. D’autres groupes sont voués à émettre des prédictions sur le nombre d’élus qu’obtiendront les partis, ou bien à des gens qui iront voter voilé, masqué ou cagoulé! Certains convient des électeurs ou des amis à des réunions le soir des élections. Évidemment, des coquins ont créé des profils au nom des chefs de partis, ce qui complique l’identification du profil véritable…

Sur le réseau Flickr, qui est consacré aux images et aux photographies, la recherche des mots clés « Élections » et « Canada » affiche des photographies liées à la campagne électorale, mais aussi des photomontages et des caricatures.

Les applications composites

Dans le blogue Baliz-Media.com, qui est consacré à l’actualité dans l’industrie du géospatial, Nathalie Michaud note l’existence de deux applications composites (mashups) qui sont fondées sur des cartes en ligne. Le National Post, dans le message Follow the leader offre une carte géographique générée à partir de Google Maps qui identifie les endroits visités par les chefs des partis politiques à l’aide de punaises de couleur. Le clic d’une punaise fait apparaître le jour de la campagne, la ville visitée par le chef de parti et, s’il y a lieu, le titre et le premier paragraphe d’un article rédigé au sujet de cette visite par un journaliste du quotidien.

Également, l’agrégateur de nouvelles Silobreaker produit une carte qui identifie des « Hot Spots » qui mènent à une page qui contient des liens menant à un article traitant d’un événement, d’autres articles traitant du même événement, des citations émanant de l’événement traité, et des articles connexes au sujet. À la droite, on remarque un nuage formé par les personnes, les villes, les organisations et les sujets clés mentionnés dans l’article ainsi qu’un graphique des sujets les plus traités au jour le jour. Il appert que l’application automatisée a besoin de quelques ajustements, à juger par la pertinence plus ou moins prononcée des contenus associés à l’histoire principale.

La politique mobile

Deux initiatives incitent la participation et l’interaction des citoyens à l’aide d’appareils mobiles. Le projet de buzzz.tv, qui invitait des téléspectateurs du débat télévisé en français à exprimer, à l’aide de leur fureteur d’ordinateur, mais d’abord pour leur téléphone évolué iPhone, leur accord, leur désaccord ou bien leur considération d’un moment marquant quant aux propos des chefs des partis. Malgré quelques problèmes techniques, l’application démontre un potentiel intéressant, comme en font foi divers résultats publiés en ligne, dont une carte qui représente les impressions des participants en fonction de l’heure et de leur emplacement géographique.

Dans un autre ordre d’idée, le Projet de la démocratie, une initiative impartiale qui est soutenue par L’Institut du Dominion et l’Association canadienne des télécommunications sans fil, offre aux « jeunes » la possibilité d’exprimer leurs opinions ou de poser des questions auprès de la plupart des partis d’envergure pancanadienne, tout comme de recevoir de l’information en provenance d’un ou de plusieurs partis, par le biais de la messagerie texte sur leurs téléphones mobiles. Ce projet vise à inciter les jeunes électeurs à participer au processus démocratique.

Les artistes

Il y a quelques semaines, le vidéo La culture en péril, produit par des artistes québécois, a eu un fort effet viral sur la Toile. Ce clip a suscité des commentaires dans les médias traditionnels, mais aussi des commentaires vidéo et la reprise de reportages télé de la part d’internautes sur le réseau YouTube.

D’autres artistes québécois, sur le site Unissons nos voix ont enregistré des vidéos hébergés par YouTube où ils émettent leurs opinions et leurs souhaits liés à la politique.

Plus récemment, au Canada anglais, un collectif d’artistes opposés à la réélection du parti qui forme le gouvernement du Canada et inquiets des changements climatiques a produit une chanson nommée You have a choice, téléversée sur YouTube. Notons aussi l’initiative Lève-toi et vote!, d’un groupe hip-hop nommé Taktika, qui vise à inciter les jeunes à aller voter.

Mentionnons au passage que des artistes américains connus ont enregistré un vidéo humoristique pour inciter les gens à ne pas voter, puis à voter, puis à s’inscrire pour voter aux élections qui auront lieu sous peu aux États-Unis. Un citoyen canadien sur Twitter se demandait si Élections Canada ne devrait pas utiliser la même stratégie pour inciter les gens à aller aux urnes!

Les analystes

Il y a également les spécialistes de la communication qui s’intéressent à l’utilisation des médias sociaux par les politiciens. Michelle Blanc, sur son blogue, a rédigé une série de billets dont les liens se trouvent au bas de ce message.

Également, le cofondateur de la Toile du Québec et président d’AgentSolo.com, Yves Williams, sur son blogue « Moi j’pense que… », s’intéresse beaucoup à l’utilisation du multimédia et des technologies Web dans la campagne électorale.

La firme Adviso Conseils a formulé, sur son blogue, une stratégie d’utilisation du Web, à caractère humoristique, à l’intention des chefs des partis politiques.

Varia

Mentionnons, en terminant, deux projets d’intérêt où les internautes peuvent s’exprimer dans le débat politique. Sur le site I Believe in Open, les internautes et les candidats sont invités à prendre cinq engagements en faveur de la transparence gouvernementale. Sur Débat en ligne, un nombre limité d’internautes dûment identifiés joignent l’un des cinq camps politiques et publient des questions ou des arguments pour susciter des échanges avec d’autres internautes.

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Le vote stratégique

Le concept du vote stratégique suscite un certain intérêt sur la Toile. Le vote stratégique consiste en l’établissement d’une alliance entre deux citoyens qui croient que leurs votes respectifs ne permettront pas de faire élire le député de leur parti préféré dans leur propre comté, mais qui sont prêts à « s’échanger » leurs votes afin qu’un représentant de leur parti soit élu dans un autre comté. Chaque participant affiche son nom, son comté, son intention de vote et le parti pour lequel il serait prêt à voter, afin que des jumelages soient réalisés par le biais de l’Internet. La tactique vise à faire élire un député auquel il manque quelques votes pour déloger un adversaire d’un parti qui occupe le premier rang.

Le concept, nommé Vote Swap ou Vote Pair (en anglais), est présent sur le réseau social Facebook, tout comme sur le site Vote Pair. Certains ont des visées neutres, mais d’autres visent un parti politique en particulier. Élections Canada n’aurait pas défini cette pratique comme étant illégale, mais a émis une mise en garde contre des personnes mal intentionnées qui feraient des promesses bidon.

Par ailleurs, un mouvement nommé Voter pour l’environnement, supporté par Kevin Grandia, un ancien adjoint ministériel du gouvernement de la Colombie-Britannique, veut appliquer le concept pour l’élection de députés de partis qui ont une plate-forme politique favorable à l’environnement. Un autre mouvement, Votons pour le climat suit la même approche pour favoriser les politiciens écologistes.

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Nos collègues d’IT World Canada ont créé un blogue qui est consacré aux élections 2008. On y retrouve les plans des cinq principaux partis à propos du secteur des TIC, ainsi que des observations qui ont trait aux technologies de l’information dans le contexte de la campagne politique.

Jean-François Ferland est journaliste au magazine Direction informatique.


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À propos de Jean-François Ferland

Jean-François Ferland est le rédacteur en chef du magazine Direction informatique. Il compte dix-sept années d'expérience en journalisme et en communication publique.
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