La production allégée pour survivre à l’externalisation outre-mer


Jean-François Ferland - 02/12/2005

Selon le chercheur James P. Womack, les entreprises qui optimiseront leur production et penseront davantage à leurs clients titreront leur épingle du jeu face à la menace des producteurs émergents. Ses observations sont aussi valables pour l’industrie des TI.

Invité à Montréal par le Centre francophone d’informatisation des organisations (CEFRIO) pour donner une conférence sous le thème « Le Québec survivra-t-il au raz-de-marée chinois ? », le fondateur du Lean Enterprise Institute du Massachusetts a qualifié les inquiétudes envers la délocalisation des emplois en faveur des pays en voie de développement de « peur déraisonnable ». Il croit que l’entreprise qui mise sur la création de nouvelles valeurs, dont elle peut définir les coûts, et des concepts nouveaux que personne n’offre, mais aussi qui procède à un raisonnement simple et mise sur la production allégée, pourra tirer son épingle du jeu.

En comparant ses caractéristiques avec la production traditionnelle et en utilisant l’exemple de deux manufacturiers d’automobiles, le chercheur a dépeint les avantages de la production allégée. Selon l’approche, au niveau de la gestion, on mise sur des processus de création fondamentale qu’on cherche à améliorer au lieu de seulement regarder des chiffres, alors que les personnes en charge sont en situation de responsabilité plutôt que d’autorité.

Pour le développement de produits, l’entreprise à l’approche allégée lie le client au processus, mise sur une gestion sophistiquée des connaissances et procède à des prototypages rapides. Au niveau de l’impartition, elle travaille avec moins de fournisseurs et oeuvre avec ces derniers pour réduire les coûts et améliorer la qualité. « Pour recourir au processus parfait de production, il faut se demander s’il est valable, capable, disponible, adéquat et flexible. Il faut aussi un changement de pensée de la part des gestionnaires, qui doivent poser les questions plutôt que donner des réponses », note M. Womack.

Combien ça coûte ?

Le chercheur a également disserté au sujet des fameux coûts moins élevés de production qui incitent plusieurs entreprises à déménager leur production dans des pays où les salaires sont très bas. Il a indiqué que la logique de la production allégée mise sur la fabrication des produits aussi près que possible du marché à desservir pour réduire les délais entre les commandes et les paiements, contrairement aux commandes placées longtemps à l’avance sans savoir si le produit sera encore d’intérêt lorsqu’il sera disponible.

M. Womack a surtout pointé du doigt la tendance de plusieurs entreprises intéressées par la délocalisation à donner une valeur nulle à certains coûts perçus comme étant minimes. « Il faut évaluer les coûts de production et les coûts des matières, mais aussi les coûts de logistique pour les inventaires et le transport, les coûts des surplus d’inventaires et les coûts associés à la qualité. Il faut aussi calculer les coûts reliés aux risques associés au taux de change, (à la stabilité) du pays et aux fournisseurs. Au total, les coûts sont alors plus élevés qu’ils ne le paraissent. »

À propos de l’impact de la Chine sur la question de la délocalisation, M. Womack prédit que les coûts de main-d’œuvre augmenteront bientôt dans ce pays. « Les gens ne veulent pas travailler pour des peanuts », a-t-il dit.

M. Womack a conclu en soulignant que plusieurs entreprises n’appliquaient pas la règle numéro un nécessaire à l’obtention d’un succès de marché, soit d’offrir aux clients ce qu’ils veulent.




À propos de Jean-François Ferland

Jean-François Ferland est le rédacteur en chef du magazine Direction informatique. Il compte dix-sept années d'expérience en journalisme et en communication publique.
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