La virtualisation prend la route des systèmes clients


Jean-François Ferland - 07/06/2006

Le recours aux environnements virtuels peut améliorer la productivité, maintenir la sécurité des systèmes et préserver l’intégrité des données d’une organisation. La virtualisation pourrait même être utile dans la perspective de permettre aux employés d’utiliser leurs composantes mobiles personnelles au travail.

En conséquence de l’accessibilité croissante de l’informatique personnelle, des employés souhaitent utiliser leurs propres composantes, comme un bloc-notes, un assistant numérique ou un téléphone évolué, pour exploiter des applications de travail et accéder aux données en réseau. D’autre part, des organisations aimeraient que les employés acquièrent leurs propres postes clients pour exécuter leurs tâches informatiques. C’est le monde à l’envers!

Si cette approche semble intéressante au niveau de la convivialité pour les utilisateurs et au niveau comptable pour les organisations, les risques liés à la sécurité et la complexification de la gestion et du soutien aux utilisateurs entraînent l’interdiction de la pratique. Ces mêmes risques poussent les organisations à empêcher l’installation de logiciels autres que ceux fournis, sauf si l’employé soumet un dossier démontrant son besoin d’affaires et que le logiciel est éprouvé en vase clos par les spécialistes des TIC.

Toutefois, la virtualisation du poste de travail pourrait constituer une forme de compromis en matière d’utilisation des systèmes clients personnels aux fins du travail, mais également pour résoudre plusieurs enjeux reliés à l’interaction des employés avec les applications et les données.

Multiples vertus

La virtualisation, selon l’encyclopédie Wikipédia, consiste en un « ensemble de technologies matérielles et/ou logicielles qui permettent de faire fonctionner sur une seule machine plusieurs systèmes d’exploitation et/ou plusieurs applications, séparément les uns des autres, comme s’ils fonctionnaient sur des machines physiques distinctes. » Le concept, utilisé du côté des serveurs à des fins d’optimisation et de consolidation, suscite maintenant l’intérêt pour le poste client.

La virtualisation consiste en l’implantation sur un ordinateur de machines virtuelles, des environnements d’exécution qui intègrent individuellement un système d’exploitation, qui sont séparés des composantes matérielles par un logiciel hôte. Ce logiciel superviseur ou hyperviseur, qui peut fonctionner directement sur le matériel ou résider sur un système d’exploitation principal, donne à chaque environnement virtuel l’illusion qu’il est seul à utiliser les ressources matérielles de l’ordinateur. Un poste de travail peut alors exploiter en simultané des environnements différents (par exemple, Linux et Windows) ou même deux moutures d’un environnement de façon indépendante, sans allouer d’interaction ou d’accès.

En pratique, la virtualisation de l’ordinateur permettrait aux organisations de résoudre plusieurs enjeux reliés à la gestion des ressources informatiques. Par exemple, l’implantation des services de sécurité (comme le logiciel antivirus et le garde-barrière) et des services de gestion dans une « partition » distincte, invisible aux yeux des utilisateurs, empêcherait la désactivation de mécanismes de sécurité. Lors du recours à un nouveau système d’exploitation organisationnel, l’utilisation d’une application d’héritage pourrait se poursuivre par l’émulation du précédent système d’exploitation au moyen d’une machine virtuelle.

Également, la virtualisation permettrait aux techniciens informatiques d’essayer un nouveau logiciel en vase clos dans un environnement de test. Elle allouerait aux employés d’exploiter les applications d’une organisation dans un environnement distinct sur leur ordinateur personnel, et d’ainsi permettre un compromis entre la flexibilité et la standardisation au niveau des postes clients.

Avantages organisationnels

Joel Martin, le vice-président responsable de l’analyse des logiciels d’entreprise à la firme IDC Canada, souligne que la virtualisation suscite un intérêt croissant alors que les organisations font face à des enjeux reliés à la productivité, à la sécurité et aux coûts.

« Les organisations ont besoin de fournir aux employés un environnement qui améliore leur productivité, mais aussi de tenir compte des enjeux de gouvernance et de conformité et des besoins accrus reliés à l’intégrité des données et à la gestion de l’information. Ils doivent explorer comment leurs systèmes sont utilisés, mais aussi comment ils peuvent être utilisés, administrés et maintenus, explique M. Martin. 

« La virtualisation, qui sert déjà à cet effet au niveau des serveurs, se dirige maintenant vers les postes de travail et même vers les applications, alors que Microsoft, qui a annoncé son intention d’acquérir l’entreprise américaine Softricity, pourrait offrir de façon virtuelle sa suite de bureautique Office », ajoute-t-il.

Selon l’analyste, la virtualisation est une approche intéressante pour les organisations dont la force de travail mobile doit accéder aux systèmes d’entreprise de la maison par un réseau privé virtuel via Internet ou sur la route via un réseau sans fil. « La virtualisation permet aux utilisateurs d’accéder aux données lors des rencontres des clients ou des fournisseurs, ou de fournir l’information la plus récente aux personnes sur le terrain à des fins de formation ou de maintenance, tout en protégeant l’information stratégique en ne la laissant pas résider sur un ordinateur, mais dans un endroit sécurisé », indique-t-il.

Enfin, M. Martin indique que la virtualisation peut être pratique en matière de réduction des coûts reliés à la gestion des systèmes d’information, par exemple pour la réparation des systèmes bousillés par l’installation d’un périphérique personnel ou bien par la désactivation du branchement des périphériques de stockage externes, pour prévenir la copie inappropriée des données.

Par ailleurs, le spécialiste affirme que la virtualisation s’appliquera également aux composantes mobiles autres que le bloc-notes, alors que des assistants numériques personnels sont déjà aptes à bénéficier de cette approche. « Dans le cas d’un vol, un gestionnaire pourrait effacer le contenu d’un appareil et le désactiver à distance, par le biais d’un réseau sans fil », donne-t-il en exemple. De quoi faire rager les voleurs au long cours…

Au cours des prochains mois, la virtualisation sera l’objet d’une attention grandissante, alors que les grands joueurs du marché se préparent à passer à l’action pour inciter l’adoption du concept. Outre l’acquisition souhaitée de Microsoft, on note que VMware a établi, avec plusieurs fabricants de systèmes informatiques, une alliance technologique dans le but d’offrir des solutions au niveau des postes de travail.




À propos de Jean-François Ferland

Jean-François Ferland est le rédacteur en chef du magazine Direction informatique. Il compte dix-sept années d'expérience en journalisme et en communication publique.
Google+