Le code source libre crée des remous


Jean-François Ferland - 07/11/2007

Selon un sondage de Saugatuck Technology, 32 % des dirigeants d’entreprise croient que plus de la moitié de leurs logiciels seront à code source libre d’ici 2010. Les impacts de l’approche se feront sentir autant chez les clients que chez les fournisseurs.

Le code source libre bouleverse le paysage du logiciel commercial. Selon la firme américaine Saugatuck Technology, l’approche gagnera en importance sur le marché au cours des prochaines années et constituera « une influence dérangeante » majeure à plusieurs égards. Au terme d’un grand sondage, la firme soutient que le code source libre change la façon dont les entreprises perçoivent, achètent et utilisent les logiciels, tout comme il change la façon de développer, d’acquérir les droits d’utilisation et de soutenir les logiciels des fournisseurs de solutions et de services.

La firme américaine a interviewé 200 directeurs d’entreprise et responsables des technologies, deux douzaines de représentants d’utilisateurs, ainsi qu’une vingtaine de fournisseurs de solutions et des groupes communautaires en développement informatique. On en apprend que le logiciel à code source libre constituait déjà 10 % des logiciels commerciaux en exploitation dans les entreprises qui ont participé à l’étude. Également, Saugatuck Technology, dans un résumé de l’étude, fait plusieurs constats intéressants à propos du code source libre, qui constitue avant tout un modèle de développement alimenté par une communauté. Les utilisateurs et les fournisseurs de solutions emploient des composantes logicielles à code source libre au sein d’environnements technologiques hybrides, pour réduire les coûts et les délais de développement et pour recourir davantage à des technologies fondées sur des standards.

Saugatuck croit que le code source libre sera surtout présent sous forme de composantes utilisées dans des solutions de fournisseurs de logiciels, tout comme dans celles de la majorité des fournisseurs de services logiciels d’ici à la fin de l’année 2010. Ces derniers fournisseurs devront s’allier à des fournisseurs de logiciels à code source libre par le biais de partenariats ou bien en acquérant des entreprises.

Adoption des utilisateurs, rattrapage des fournisseurs

En classifiant l’étendue du code source libre en trois stades, soit l’adoption hâtive, l’acceptation au cœur des TI et l’omniprésence commerciale, Saugatuck affirme que les entreprises utilisatrices sont déjà au deuxième stade, alors que la plupart des fournisseurs de logiciels sont encore au premier stade. Les premiers sont intéressés par les économies que procure le code source libre, tandis que les seconds résistent aux changements marquants de leurs modèles d’affaires.

Ainsi, des fournisseurs émergents pourraient saisir l’occasion et déloger des grandes marques en matière d’influence des dirigeants d’entreprises utilisatrices. Les grandes marques ne restent pas les bras croisés, alors qu’elles tentent de comprendre les opportunités et les menaces qui émanent du code source libre. Les dirigeants d’entreprise interviewés ont dit qu’ils se fiaient encore aux fournisseurs réputés pour faire preuve de direction en code source libre, mais qu’ils feront affaire avec d’autres fournisseurs le cas échéant.

Si Saugatuck s’attend à ce qu’il y ait une omniprésence du code source libre, mais précise qu’il n’y aura pas de modèle unique pour la gestion ou les affaires, autant chez les utilisateurs que chez les vendeurs. Les fournisseurs de logiciels commerciaux qui auront du succès emploieront des modèles d’affaires qui mélangeront diverses sources de revenus et divers types de licences de technologies, mais la firme croit qu’ils subiront tout de même d’importantes pertes de marché au cours des trois prochaines années.

Progressions remarquables

Un tableau produit à l’aide des données fournies par les dirigeants d’entreprise interrogés illustre la progression des types de logiciels à code source libre dans les trois phases d’adoption au cours des prochaines années.

Ainsi, les composantes à code source qui sont utilisées dans des logiciels commerciaux et des services logiciels passeront de 3 % des logiciels implantés en 2006 à environ 20 % en 2009 et à plus de 45 % des implantations en 2010. Les implantations commerciales de systèmes d’exploitation à code source libre pourraient passer de 5 % en 2006 à environ 35 % en 2009, à 42 % en 2010, puis à 46 % en 2012.

Les intergiciels à code source libre, qui représentaient 3 % des implantations commerciales en 2006, pourraient avoisiner les 30 % en 2009 et 43 % en 2012. Enfin, les solutions entièrement fondées sur le code source libre, sous forme de logiciels ou de services logiciels, qui étaient fragmentaires en 2006, pourraient atteindre 6 % en 2009, près de 15 % en 2010 et près de 20 % en 2012.

Économies d’un côté, dépenses de l’autre

Enfin, Saugatuck confirme l’adage qui affirme que « rien n’est gratuit. » La firme indique que le logiciel à code source libre procure des économies en temps de développement et en ressources nécessaires, mais précise qu’il entraîne une hausse des exigences en matière de ressources de gestion.

Si le code source libre procure une valeur commerciale importante aux entreprises qui y ont recours, ces dernières doivent de plus en plus y appliquer une planification et une gestion, tout comme pour m’importe quel actif technologique organisationnel d’importance. D’ailleurs, plus de la moitié des entreprises utilisatrices de code source libre ont dit qu’elles y dédiaient des ressources en gestion des TI pour l’acquisition, l’implantation et la gestion en continu.

Bien que le sujet nécessite une étude approfondie, la firme estime que la gestion additionnelle requise par le code source libre ne coûte pas davantage que celle qui est requise par les logiciels traditionnels et leurs fournisseurs. Toutefois, les fournisseurs devront sûrement débourser davantage d’argent pour intégrer le code source libre à leurs principes de développement de logiciels, pour gérer les éléments liés aux licences, pour développer et gérer des modèles de relations avec les communautés de développement et pour adapter leurs efforts de ventes et de marketing.

Jean-François Ferland est journaliste au magazine Direction informatique.


À lire aussi cette semaine:

Le point sur quelques marchés des TI

Un clavier pour convertir l’ordinateur de poche ou le téléphone intelligent en ordinateur portatif

Sage revoit sa gamme Simple Comptable

Produits et services d’ici et d’ailleurs




Tags: , ,

À propos de Jean-François Ferland

Jean-François Ferland est le rédacteur en chef du magazine Direction informatique. Il compte dix-sept années d'expérience en journalisme et en communication publique.
Google+