Le dessin industriel à l’ère du virtuel


Virginie Auger, OQLF - 05/01/2009

Le CIMIC est le lauréat du Mérite du français 2008 dans la catégorie Multimédia interactif – Apprentissage en ligne.

Il est 8 h, le 11 janvier 2007. Pour la première fois au Québec, une formation en ligne en mode synchrone, c’est-à-dire en temps réel, s’apprête à commencer. Dix-sept étudiants en formation professionnelle inscrits au cours de dessin industriel au Centre intégré de mécanique industrielle de la Chaudière (CIMIC) allument leur ordinateur dans le confort de leur maison. Les écrans s’illuminent.

Chacun de leur côté, ils entrent leur nom d’usager et leur mot de passe. Et voilà, tous les participants se retrouvent virtuellement réunis. La distance qui les sépare n’a plus d’importance. Les étudiants de Gatineau et de Baie-Comeau, tout comme ceux de Saint-Georges, assistent aujourd’hui au même cours, en même temps.

Pour Smail Kalla, enseignant et chef d’atelier depuis treize ans au CIMIC, ce moment fut tout simplement historique. « J’ai été le premier à parler au premier groupe en formation en ligne au Québec. C’était toute une première », explique ce docteur en génie mécanique qui a lancé cet ambitieux projet et qui a travaillé pendant un an et demi avec une équipe compétente pour le réaliser.

Que la séance commence!

La séance commence. Les caméras sont en marche. Il est ainsi possible de se dire bonjour et de discuter du contenu du cours. Une fois le préambule terminé, on éteint les caméras, ce qui évite les interférences et libère la bande passante puisque le cours se donne sur une plateforme d’enseignement accessible par Internet. Le professeur utilise cette plateforme notamment pour transmettre ses notes de cours numérisées en format Word, PDF, PowerPoint ou encore Excel. La plateforme, développée par Via solution, lui donne également la possibilité d’utiliser des outils, comme le tableau blanc e-Beam, quilui permettent d’écrire ou de dessiner en temps réel.

L’interface de laplateforme d’enseignement allie convivialité et facilité d’utilisation. Si un étudiant souhaite poser une question, une sonnerie en avertit le professeur et une main levée apparaît sur son écran. L’enseignant peutalors choisir de ne répondre qu’à cette personne ou de répondre à l’ensemble du groupe. Lorsqu’il demande à ses étudiants s’ils comprennent une explication, ces derniers peuvent répondre « oui » en affichant unemain avec un pouce qui pointe vers le haut. Et si un étudiant ne comprend réellement pas la matière, il a la possibilité d’afficher une lampe éteinte. « L’avantage d’une séance de cours virtuel, c’est que les apprenants sont beaucoupmoins gênés d’admettre qu’ils ne comprennent pas. Ils peuvent s’exprimer plus librement », constate M. Kalla.

Le plus grand exploit technologique issu de la formation en ligne reste la mise en place du Bureau virtuel qui donne accès au serveur centralisé Citrix Presentation. Ce serveur rend disponible à distance des applications très lourdes comme Autocad, Solid Works, Solid Edge et Automotion Studio. Les étudiants ont ainsi la chance d’utiliser la version française de ces applications sans avoir à les installer sur leur ordinateur personnel : un avantage économique considérable. De plus, le Bureau virtuel donne accès aux catalogues dans lesquels on retrouve en français tous les noms de pièces, d’outils et d’équipements. « C’est une fierté de créer et de développer dans sa langue. On peut réfléchir, innover et travailler en français. Et c’est aux écoles de s’en assurer », affirme M. Kalla.

La formation en ligne : une solution rêvée

La formation en ligne semble avoir bien des avantages pour ceux et celles qui l’expérimentent : elle favoriserait l’autonomie et la débrouillardise, amènerait les étudiants à lire davantage et permettrait de développer des compétences transversales en informatique.

Pour Édith Morin qui a débuté son cours en janvier 2008, la formation en ligne s’est avérée la solution rêvée. Nouvellement maman, elle avait la liberté de pouvoir rester à la maison et, étant établie à Val-d’Or, elle avait la possibilité de suivre une formation qui ne se donnait pas à ce moment-là dans sa région. « J’adore le cours. Je préfère la formation en ligne, car elle nous donne la chance d’avoir nos moments de tranquillité pour travailler. C’est plus facile de se concentrer pour faire nos exercices », explique-t-elle.

Par ailleurs, contrairement à ce qu’on pourrait penser, la formation en ligne n’élimine pas toute possibilité d’interaction entre les étudiants. « Il y a beaucoup d’entraide. Nous voyons ce que les autres font. Nous partageons des trucs et des astuces. (…) Nous ne sommes pas obligés de nous voir pour développer des liens », précise-t-elle.

Les raisons qui ont poussé Édith Morin à suivre la formation en ligne sont exactement celles pour lesquelles le cours de dessin industriel a été offert sous cette forme. « En implantant cette formation en ligne, le but premier était de joindre une clientèle qui n’avait pas accès à ce cours », raconte Chantal Doyon, directrice du CIMIC. « En même temps, ça a été l’occasion idéale pour promouvoir le cours de dessin industriel. En trois ans, le nombre de groupes est passé de deux à cinq, dont trois sont des groupes en ligne, et le nombre de professeurs est passé de deux à huit. »

L’engouement pour cette formation, la fierté du personnel du CIMIC et de la Commission scolaire de la Beauce-Etchemin d’être associé à cette innovation ainsi que l’excellence du projet qui lui a valu des prix (Mérite du français dans les TI, Octas), sont autant de retombées positives qui ne peuvent qu’encourager ceux et celles qui en sont les artisans.

Virginie Auger est conseillère en communication à l’Office québécois de la langue française.