Le doigt sur la gâchette


Jean-François Ferland - 04/11/2005

Les consoles de communication bidirectionnelles font fureur auprès des gens en mouvement. Elles sont pratiques, certes, mais elles captent trop facilement l’attention de leurs utilisateurs…

Depuis la sortie des premières unités conçues par l’entreprise canadienne Research In Motion sous la bannière Blackberry à la fin des années 90, les consoles de communication portatives, qui allouent la réception et l’envoi de courrier électronique en plus des fonctionnalités courantes des assistants numériques, ne cessent de gagner en popularité auprès du public. Elles sont principalement prisées des gens d’affaires qui apprécient le potentiel qu’elle offre en matière de consultation et de rédaction de messages de courriel à partir de tout endroit où un signal radio peut être capté.

Graduellement, au même rythme que le téléphone cellulaire il y a dix ans et que les lecteurs MP3 au cours des dernières années, les consoles bidirectionnelles sont apparues dans les paumes des employés, des représentants et des professionnels loin de la sédentarité. Que ce soit dans l’ascenseur, à une intersection ou à la sortie du métro, il est de plus en plus fréquent de voir une personne activer ses pouces pour faire défiler des messages ou pour en rédiger une missive. Lorsqu’un avion s’immobilise, les utilisateurs de ces petites consoles rivalisent avec ceux qui emploient les cellulaires dans une course individuelle pour la consultation des messages manqués en plein vol. Il est difficile de blâmer les gens curieux, après tout…

Toutefois, cette curiosité peut en agacer plusieurs lorsqu’elle est appliquée à l’extrême. Ces bidules font dorénavant partie de la liste des composantes qu’on demande gentiment d’éteindre lors des allocutions des conférenciers, et malgré tout on entend inévitablement résonner la sonnerie de quelques unités ou on constate le pianotage de quelques utilisateurs durant ces présentations. Pire encore, en pleine réunion, certains ne se gênent pas pour l’utiliser au détriment de l’orateur ou des collègues. Et lorsqu’on pose une question à la personne, inévitablement elle sort de sa bulle, lève la tête, constate qu’on la regarde et, tel un écolier pris en flagrant délit de lecture de BD, répond « Heu… » avec un visage rougeaud si elle ressent un certain remords. Et si l’unité est dotée d’une fonction de téléphone cellulaire, le risque de distraction devient exponentiel…

Pourtant, contrairement aux préhistoriques téléavertisseurs, les messages reçus sont conservés sur les serveurs du fournisseur du service de transmission des communications. Mais quelle est donc l’urgence de procéder, à la seconde près, à la lecture ou à l’envoi d’un message ? Ne peut-on pas attendre quelques minutes de plus, par respect pour les gens aux alentours ou pour les collègues de travail?

Comme la vie devait être pénible lorsque les nouvelles parvenaient par messager à dos de cheval, à partir de la «grand’ville» ou d’un voilier fraîchement accosté au port! Est-ce que les gens pressés couraient à la rencontre du cavalier pour sauver du temps? Non? Mais grâce à la merveilleuse technologie, l’expression «juste à temps» prend toute sa signification, au détriment du «temps juste» de la consultation des messages.

La période actuelle en est une, espérons-le, d’expérimentation et de découverte. Plusieurs constateront alors que la réponse et la rédaction hâtives des messages peuvent être à double tranchant, alors que les interlocuteurs s’attendront eux aussi à obtenir une réponse dans les secondes suivant l’envoi d’une question ou d’une requête. Mais encore, l’appétit insatiable des entreprises de télécommunication mènera à l’installation d’infrastructures qui étendront davantage la portée des réseaux qui alimentent en contenus les consoles bidirectionnelles. Malheur à ceux qui en subissent les désagréments !

Jadis, les cow-boys étaient obligés de laisser leurs six-coups à l’entrée du saloon pour assurer une certaine forme de paix dans l’établissement. Bientôt, les gens devront peut-être laisser leurs «armes de communication massive» au vestiaire pour assurer la quiétude des lieux…

Et vous, fermez-vous parfois votre console bidirectionnelle ?




À propos de Jean-François Ferland

Jean-François Ferland est le rédacteur en chef du magazine Direction informatique. Il compte dix-sept années d'expérience en journalisme et en communication publique.
Google+