Le futur conjugué au présent


Francois2 - 29/02/2008

Les 26 et 27 février, la cinquième édition de la conférence Boule de cristal du CRIM s’est penchée sur les tendances et défis du futur, pas toujours si éloigné. Points saillants des deux journées de cet événement.

Le CRIM avait retenu quatre thèmes pour cet événement, au terme d’une longue période de consultation. On a ainsi abordé les défis de l’environnement et le rôle des TI, les tendances et l’évaluation des innovations technologiques, l’évolution du profil du talent recherché et les défis de main main-d’œuvre en TI, la sécurité de l’information : gouvernance et assurance service dans un environnement de réseaux ouverts.

Ces grands thèmes ont permis de mettre en relief plusieurs problèmes, défis et réalisations : la pénurie croissante de main-d’oeuvre en TI, l’extraordinaire croissance de la demande d’énergie électrique pour satisfaire les besoins en TI, l’utilisation du monde virtuel pour mieux agir sur le monde réel, l’apparition d’entreprise e-apprenantes et l’éventuelle mise en marché d’un papier effaçable sur lequel travaille Xerox…

À tout seigneur tout honneur, c’est l’environnementaliste David Suzuki qui a dressé la table pour le premier. Être intelligent et passionné, il a réussi en quelques minutes à faire comprendre l’urgence pour les humains de réduire leur empreinte écologique et, en corollaire, d’agir autrement (voir cet article).

« Message entendu » a en quelque sorte répondu Thierry Vandal, président-directeur général, Hydro-Québec, qui a présenté quelques pistes vertes qu’entend emprunter Hydro. Le développement énergétique durable conjuguera selon lui l’efficacité énergétique (un formidable réservoir encore peu exploité), les énergies renouvelables – l’hydro-électricité (évidemment), l’éolien (une énergie d’appoint) ainsi que les énergies solaire et géothermique. C’est par l’utilisation combinée de toutes ces formes d’énergie qu’il sera possible de diminuer le rôle du charbon, source importante de gaz à effet de serre.

Évoquant le fait que « GM souhaite la fin du pétrole », un objectif auquel il acquiesce, Thierry Vandal indique que le monde bouge, amis qu’il faut encore découvrir de nouvelles technologies, inventer par exemple des autos hybrides qui puiseront leur énergie dans le réseau électrique, mais qui, aux heures de pointe, pourraient en redonner au réseau…. L’auto sera-t-elle enfin verte?

Le quatrième R

On connaît les trois R du développement durable (réduire, réutiliser, recycler). Chez Symetrix Canada, on ajoute un quatrième R pour les centres de serveurs : réaménager. Qu’est-ce à dire? Réponse de Pierre Bonin, président et chef de la direction de Symetrix : « Contrairement à une croyance très répandue, la solution à des problèmes de surchauffe dans les salles informatiques n’est pas systématiquement l’ajout d’unités de climatisation. Bien souvent, une simple optimisation des systèmes en place jumelée à un réaménagement de la distribution de l’air représente une solution beaucoup plus efficace énergétiquement. C’est moins coûteux et cela évite l’ajout d’équipements inutiles. »

L’Université McGill a misé sur ce quatrième R dans son centre de données, qui était affligé d’un problème de surchauffe. Une analyse détaillée de l’ensemble de la salle informatique (incluant la création d’un plan DAO de l’espace plancher et une étude de la circulation de l’air) a permis à Symetrix de découvrir des sources d’inefficacité majeure dans la distribution du système de climatisation et de les corriger.

Le cycle de retour de la chaleur des cabinets informatiques a aussi été repensé afin d’optimiser la capture de l’air chaud à sa sortie des cabinets. Les résultats confirment qu’écologie peut rimer avec économie : les problèmes de surchauffe ne sont plus qu’un souvenir – on peut même ajouter d’autres serveurs sans compromettre le système – et une économie globale de 50 % par rapport à la solution initiale envisagée (achat de nouveaux climatiseurs).

Second Life chez IBM

Chuck Hamilton travaille chez IBM où il est directeur de l’apprentissage et des nouveaux médias pour l’équipe Internet 3D. Ce grand gaillard au physique de footballeur passe une bonne partie de son temps de travail sur des sites de vie virtuelle comme Second Life. Serait-il tombé sur la tête?

C’est la question que ses employeurs lui ont demandée quand il a suggéré d’utiliser des personnages virtuels – avatars – pour des fins sérieuses comme l’apprentissage, les rencontres de travail, le mentorat, la collaboration entre employés. L’idée – a priori saugrenue – s’est révélée fort opportune et efficace tout en permettant de rendre encore plus « verts » les contacts entre employés (entre autres en éliminant l’obligation de se rendre dans une salle spécialisée pour participer à une rencontre en ligne).

Avec l’utilisation d’un personnage virtuel, qu’un participant manœuvre à partir d’un fureteur et d’un casque avec micro et récepteur (donc à partir de n’importe quel ordinateur relié à Internet), il est possible de réaliser des choses étonnantes. Ainsi, Chuck Hamilton a organisé dans une agora ressemblant à un théâtre grec une rencontre en ligne de quelque 300 personnes… à un certain moment et pour une certaine durée, il était permis aux participants de discuter en aparté ou en petits groupes ou encore de faire autre chose (écrire un courriel par exemple). L’expérience montre, explique Chuck Hamilton que le contrôle de son personnage virtuel entraîne une participation intense, bien supérieure à celle d’une vidéorencontre « classique ».

Une rencontre virtuelle s’apparente à une représentation d’un théâtre de marionnettes : ceux qui les manipulent n’ont pas le temps de chômer… si cela arrive lors d’une rencontre virtuelle – si un participant ne touche pas à sa souris pendant un certain laps de temps -, son avatar « tombe » de sa chaise… Avec l’emploi utilitaire et non seulement ludique du monde virtuel, les êtres humains sont peut-être en train de franchir une nouvelle frontière; ainsi dans le monde virtuel de Second Life, il est possible à un avatar de se faire « téléporter » d’un endroit à un autre sur la planète sans créer un seul gramme de gaz à effet de serre!

Le défi de Michael Dell

Avec près de 50 millions d’ordinateurs vendus, Dell explore de nouveaux horizons par des efforts accrus dans des pays en émergence et par l’ajout de nouveautés, comme la vente d’ordinateurs avec Linux Ubuntu plutôt qu’avec Windows. Selon Michael S. Dell, président du conseil et chef de la direction de Dell Computer, ce qui va considérablement changer d’ici à cinq ans est l’interaction entre les utilisateurs et les ordinateurs. Et le défi pour Dell? « Gérer les transitions, car nous sommes toujours en transition. »

Emploi et entreprise e-apprenante

Nombreux ont été les conférenciers qui ont indiqué que le secteur des TI a cruellement besoin de bras, c’est-à-dire de têtes… c’est l’un des plus grands défis que les entreprises en TI devront relever. Entre autres en offrant des conditions de travail correspondant aux valeurs des jeunes travailleurs. Un participant au colloque, Serge Boileau, conseiller spécialiste en ressources informationnelles pour le secteur de la santé et des services sociaux, voit par ailleurs dans les idées du conférencier Serge Ravet une piste de solution « en mettant en place une organisation e-apprenante par laquelle on peut capturer la connaissance des individus pour la rendre collective, la transmettre à ceux qui restent et aux nouveaux professionnels qui arrivent ». Serge Ravet propose ni plus ni moins de faire « sauter » les apprentissages formels classiques au profit d’une multitude d’activités par lesquelles les individus et les entreprises s’enrichissent.

Le pdg du CRIM, Yves Sanssouci, s’est dit fort satisfait de l’événement. « Nous avons reçu des commentaires plus qu’élogieux et nous sommes maintenant convaincus que La Boule de cristal du CRIM est devenue un événement incontournable au Québec pour les producteurs et les utilisateurs de TI (…) Nous avons aussi amélioré la formule pour rendre la conférence véritablement bilingue, favoriser les occasions de maillage et de contact avec de jeunes diplômés. Avec plus d’un millier de participants, la nouvelle formule de l’événement est très encourageante pour la 6e édition, en 2009. »


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