Le numérique à la rescousse des imprimeurs


Alain Beaulieu - 01/06/2008

Grâce à une presse numérique de Canon, deux imprimeurs de la région montréalaise ont pu survivre à la guerre des prix et ainsi satisfaire les clients qui demandent des petits tirages à peu de frais.

Les technologies numériques progressent à grands pas sur le marché des services d’imprimerie, au point de compromettre l’avenir des technologies plus conventionnelles, telles que le procédé offset dans le créneau des tirages restreints, pour lesquels elles s’avèrent moins coûteuses. À l’argument financier, s’ajoute celui de la qualité d’impression qui, dans le cas des plus récentes générations d’appareils, a de moins en moins à envier au procédé offset.

Deux imprimeurs québécois, Danalco Impressions et Imprimerie Commerciale, se sont dotés de la dernière presse numérique de Canon, désignée ImagePress C7000VP, qui est un système de production haut de gamme (voir l’encadré). Il s’agit des deux premières entreprises québécoises à avoir opté pour ce système, affirme Canon qui précise qu’il y a seulement trois ou quatre autres entreprises au Canada à avoir fait de même, depuis que l’appareil est disponible au pays, soit en juillet 2007. Danalco a en fait devancé Imprimerie Commerciale de deux mois, s’étant dotée de la nouvelle presse de Canon en octobre 2007.

Danalco Impressions propose des services de conception graphique et d’archivage de documents numériques, en plus des services d’impression et des services de finition (reliure, emballage). Fondée en 1995, l’entreprise lavalloise emploie une trentaine de personnes.

Localisée à Saint-Eustache, Imprimerie Commerciale fournit, pour sa part, des services de conception graphique en plus des services d’impression. Mise sur pied en 1978, l’entreprise, qui emploie une dizaine de personnes, a développé une expertise en production d’étiquettes de vêtement, dotées de codes à barres.

Desservant essentiellement le marché de la grande région montréalaise, les deux entreprises ont plusieurs presses numériques, en plus des presses offset conventionnelles. Imprimerie commerciale dispose, en fait, de trois appareils numériques, les deux autres étant fournis par Xerox, et Danalco, quatre, tous fournis par Canon. Les presses offset utilisées par les deux entreprises comprennent des modèles de 40 pouces.

Danalco a initié son virage numérique en 2004 et Imprimerie Commerciale, en 2006. C’est la migration de la demande vers les petits tirages et les petits prix qui a poussé les deux imprimeurs à passer au numérique. « Il y a une guerre de prix à Montréal sur le marché ‘de la 40 pouces’, lance Gilles Pratte, président d’Imprimerie Commerciale. Il y a trop de capacité de production. Soit on réalise les travaux au prix coûtant, voire à perte, soit on se dirige dans un autre marché, et c’est ce qu’on a décidé de faire. Le marché que je développe avec la 7000, je ne pourrais pas le faire avec une presse offset, à un prix compétitif. Par exemple, pour un travail de 516 pages en couleur, si je mets ça sous presse offset, je dois demander 2 800 $, alors que si je le fais avec la 7000, je peux demander juste 1 500 $ et faire de l’argent!

« Et c’est ce qui semble être l’avenir, car les gens aujourd’hui aiment mieux faire faire plusieurs fois un même travail d’impression avec quelques petits changements que de faire faire un grand tirage qui risque d’être périmé dans quelques mois. Les gros tirages, on en voit plus beaucoup. Cela fait des pressions sur les prix et si un imprimeur n’est pas capable de faire ce que les clients demandent, ils vont simplement aller ailleurs, comme à Montréal, et là, il y a peu de chance qu’ils reviennent. »

Le prix plus élevé du procédé offset découle du fait qu’on doive au départ faire les films et « brûler » les plaques d’impression pour pouvoir produire les documents par la suite, ce qui représente un coût significatif qui est réparti sur chaque copie. Par conséquent, plus le tirage est petit, plus le coût unitaire est important; c’est ce qui explique qu’on cantonne le procédé offset aux grands tirages. Évidemment, on n’a pas cette contrainte avec l’impression numérique, dont le coût unitaire est fixe.

En fait, les spécialistes soutiennent que pour les travaux de moins de 5 000 copies, l’impression numérique est plus indiquée que le procédé offset et que lorsque la quantité de copies dépasse les centaines de milliers, on a intérêt à passer à l’héliogravure.

Dans le cas de l’ImagePress C7000VP, le coût unitaire pour une copie couleur de format lettre est d’environ 20 cents, alors qu’avec une presse offset, le coût unitaire, dans le cas d’une production de 1 000 copies, oscille autour de 90 cents, d’après les calculs de Gilles Pratte.

« Le coût de départ est énorme avec les presses offset, lance le président de Danalco Impressions, Alain Bigras. C’est un principe universel : en imprimerie, on considère le tirage qu’on a à faire pour déterminer la technologie qu’on va utiliser. »

Faire concurrence à l’Asie

L’avantage financier offert par l’impression numérique a d’ailleurs permis à l’entreprise de M. Pratte de revenir sur un marché qu’il avait délaissé quelques années auparavant, en raison de la concurrence des pays d’Asie, soit l’impression des étiquettes de vêtement. Le faible coût de revient de ces étiquettes, lorsque produites avec de l’équipement numérique, atténue considérablement l’attrait de la concurrence étrangère.

« Quand le gouvernement fédéral a décidé d’enlever les taxes à l’importation sur les vêtements, les producteurs locaux sont devenus des importateurs de vêtements, ce qui fait que nous avons dû délaisser le marché de l’impression des étiquettes qui étaient dorénavant produites en Asie, explique M. Pratte. Puis lorsque le dollar canadien a eu la parité avec le dollar américain, nous avons dû nous recentrer sur le marché local et avons acheté une machine numérique. Il y avait un gros ralentissement dans le marché offset. Maintenant, on a repris les commandes d’étiquettes, car les grosses commandes de vêtements se font en Chine, mais les plus petites se font ici, alors ça leur prend des étiquettes, mais en plus petite quantité. C’est là qu’avec notre équipement numérique, on peut entrer en compétition avec plusieurs joueurs qui produisent encore avec des presses offset. »

Outre les étiquettes de vêtement, Imprimerie Commerciale se sert de l’Image-Press C7000VP pour produire divers documents à petit tirage, tels que des brochures, des revues, des rapports annuels, etc., tout comme Danalco. « On a commencé à développer le marché en octobre dernier, donc notre marché est relativement jeune. On produit environ 100 000 copies couleur par mois et 350 000 copies noir et blanc », précise Alain Bigras, de Danalco.

Plus de flexibilité

Le virage numérique a aussi permis aux deux imprimeurs d’accepter davantage de contrats, des travaux qu’ils ne pouvaient faire auparavant, à l’intérieur des contraintes temporelles et financières qui leur étaient soumises. Par exemple, Imprimerie Commerciale a pu, grâce à la presse de Canon, tripler sa production numérique mensuelle en trois mois, laquelle atteignait en avril 90 000 copies couleur par mois. Non seulement c’est moins cher d’imprimer en numérique, mais c’est plus rapide, et l’entreprise ne demande plus qu’un délai de 24 heures, alors qu’elle exigeait plus de 72 heures auparavant.

« Ça nous a ouvert des horizons auxquels on n’avait pas pensé, confie Gilles Pratte. Il y a plusieurs étapes du travail qui ne sont plus nécessaires avec le numérique par rapport à l’offset. On gagne énormément de temps. »

« Le volume est croissant et la 7000 est beaucoup plus productive que les autres appareils qu’on avait, renchérit Alain Bigras. Ce qui prenait six heures à produire avec les autres équipements en prend une avec la 7000. On enregistre des ventes qui sont en moyenne 30 à 40 % plus élevées chaque mois par rapport à l’année précédente depuis octobre. Avant, on n’avait pas la capacité de production qui nous permettait d’aller chercher plus de commandes. La demande devait être là, mais on ne poussait pas le produit. »

À la conquête de nouveaux marchés

Et même à 90 000 copies par mois, Imprimerie Commerciale estime n’utiliser que 45 % de la capacité de l’imprimante de Canon; elle prévoit atteindre le 100 % l’année prochaine. Le système offre donc de bonnes possibilités de croissance, qui lui permettront de développer de nouveaux marchés. À cet égard, l’entreprise s’est dotée de la solution d’impression de données variables PrintShop Mail d’Objectif Lune, qui lui permettra de produire des étiquettes à codes à barres de façon plus efficace et à moindre coût qui pourront ensuite être exportées.

Malgré le gain en productivité, la qualité des travaux n’en souffre pas. En fait, M. Bigras croit que la différence de qualité entre le numérique et le procédé offset n’est pratiquement pas décelable à l’oeil nu.

« Selon ce que j’ai pu voir sur le marché, la 7000 est celle qui produit le plus beau visuel, celui qui est le plus fidèle à la réalité, soutient Alain Bigras. Elle donne une qualité d’impression comparable aux presses offset. C’est difficile de voir la différence. La qualité, c’est ce qui ressort le plus avec la 7000 : elle est bien au-dessus de la moyenne. Il y a d’autres machines très réputées sur le marché qui coûtent beaucoup plus cher, mais qui ne produisent pas une qualité comparable. »

« Ce qu’un centre de photocopie recherche, ce n’est pas la même chose qu’un imprimeur et l’ImagePress 7000, c’est vraiment une machine pour imprimeurs, renchérit Gilles Pratte. Nos clients sont habitués à avoir une qualité d’impression offset et on l’a avec l’ImagePress. »

Un colosse de plus de 1 200 kg

Le système d’impression numérique haut de gamme ImagePress C7000VP de Canon se veut une alternative aux presses offset conventionnelles. Pouvant produire 70 pages par minute (ppm), en format lettre, peu importe le poids du papier, à une résolution véritable de 1 200 x 1 200 points par pouce (ppp), il se destine à l’impression sur demande de qualité supérieure et aux services à valeur ajoutée. C’est ce qui explique que le mastodonte de 2 645 lb (1 200 kg), en configuration de base, trouve preneur parmi les imprimeurs commerciaux, les imprimeurs minute, les imprimeurs numériques et les services d’impression internes.

Pour accroître la qualité des documents qu’il produit, le système tire profit du nouveau toner V de Canon, lequel est exempt d’huile et est constitué de minuscules particules de 5,5 micromètres contenant une cire microscopique, et permet de produire jusqu’à 256 niveaux de gris différents. Le système ImagePress C7000VP intègre aussi une technologie d’étalonnage automatique et en temps réel de la presse qui règle les densités de couleur sans que l’utilisateur ait à intervenir, ce qui permet d’obtenir une meilleure uniformité des couleurs.

Le fait que le système soit doté d’une fonction de détection d’alimentation en double, qui permet de prévenir le bourrage de papier, et qu’il permette le remplacement du papier et du toner à la volée, sans devoir l’arrêter, contribue à accroître la productivité du personnel qui s’en sert. Le système est aussi doté d’une technologie de repérage de précision qui prévient le mauvais alignement des images et contribue à la productivité, tout comme le dispositif d’alimentation à succion qu’il intègre et qui prévient la double alimentation et conséquemment l’intervention humaine.

Le système, dont les boîtiers à papier peuvent contenir jusqu’à 10 000 feuilles au total, accepte des feuilles allant de 7,2 x 7,2 pouces à 13 x 19,2 pouces et du papier de 17 lb à 110 lb.

En ce qui concerne les logiciels, il comprend le contrôleur d’impression couleur UFRR II/PCL/PS de Canon, qui permet la manipulation des documents et des images en réseau, à partir du poste de travail. Deux autres contrôleurs Fiery permettant d’optimiser le flux de travail sont offerts en option, soit les serveurs ImagePress A2000 et A3000.

Le prix de détail du colosse, qui fait 101 pouces (8 pieds 7 pouces) de long par 44 pouces de largeur et 52 pouces de hauteur, en configuration de base, débute à 246 000 $. En configuration complète, sa longueur atteint 334 pouces (27 pieds 10 pouces).

La mise au point de l’appareil a nécessité un investissement total de plus d’un milliard de dollars américains en R&D, réparti sur plusieurs années, soit la plus forte somme jamais consentie par le Groupe des produits d’imagerie pour le bureau de Canon à la création d’un produit unique. Le système a été introduit sur le marché américain en avril 2007.

Alain Beaulieu est adjoint au rédacteur en chef au magazine Direction informatique.