Le pari de John Swainson, PDG de CA


Nelson Dumais - 21/11/2008

La fabricante est persuadée d’avoir tout ce qu’il faut dans son portfolio de solutions pour aider les entreprises à passer au travers des temps difficiles qui se profilent à l’horizon. Du moins, c’est ce que prétend son PDG.

Le message que j’ai retenu du dernier CA World ’08, un événement particulier à la fabricante de logiciels de gestion des TI CA, est à peu près le suivant : « Les temps sont très difficiles, mais il est possible de passer à travers, voire même de très bien s’en tirer. Or, chez CA, nous avons tout ce qu’il faut pour vous aider à y arriver; croyez-nous. » Hum ! Si vous n’êtes pas arrivé de fraîche date dans l’industrie des TI, il se peut que ce message vous laisse perplexe, pour ne pas dire incrédule. Pourtant, je l’ai entendu de mes propres oreilles de la bouche même de John Swainson, le PDG en poste depuis plus de trois ans.

Autant la multinationale new-yorkaise a des bribes de passé que l’on tend à pousser sous le tapis, autant M. Swainson a un parcours remarquable. Ingénieur canadien diplômé de l’Université de la Colombie-Britannique, il a fait carrière chez IBM pendant 26 ans. Il a même servi sous Louis Gerstner en tant que VP responsable de la vente mondiale de logiciels. On lui crédite notamment le succès de WebSphere, une plateforme logicielle d’IBM qui a fait école.

On se rappelle que pendant 25 ans, Computer Associates, comme elle s’appelait alors, avait connu une solide croissance, surtout en raison de ses acquisitions, cela en dépit de son absence de ligne directrice, en dépit d’un service à la clientèle réputé mauvais et en dépit du fait qu’une chatte aurait perdu ses petits dans son bazar de produits. Le pire survint en 2004 alors que le PDG Sanjay Kumar fut accusé de fraude, reconnu coupable et emprisonné. Toute autre boîte aurait fermé ses portes; celle-ci a plutôt offert son trousseau de clés à John Swainson. On se doute bien du ménage que cet « IBMer » de haut niveau y a effectué à l’aide, notamment, de transfuges de Compaq, Dell, IBM et HP. Sous ce nouveau règne, Computer Associates est devenue CA, une entreprise qui se targue aujourd’hui d’avoir réglé ses problèmes.

Personnellement, je veux bien lui donner le bénéfice du doute. J’ai beau ne pas être en situation de pouvoir sérieusement comparer ses produits de gestion des TI avec ceux d’IBM, de HP, de NetIQ, etc., la gamme logicielle de CA m’a semblé se simplifier depuis l’arrivée de M. Swainson. Pour le moins, elle semble plus facile à comprendre, très à la pointe et mieux structurée autour des trois grands pôles utilisés comme leitmotiv : « govern, manage and secure ».

Par exemple, sa console Service Desk Manager 12 intègre désormais sept produits en un. Ou encore, Mainframe 2.0, son gestionnaire d’ordinateurs centraux sous système d’exploitation z/OS, s’est simplifié et wébisé. Cela tient compte du fait que les compétences afférentes commencent à se faire rares (cet environnement mainframe n’était-il pas condamné à disparaître dès le milieu des années 90 ?)

Nouveaux produits et services

À la pointe, les produits ? Au jour un du CA World, le PDG a annoncé une nouvelle division de son entreprise qui sera responsable d’offrir ses gros logiciels de gestion informatique (IT Management) en mode SaaS (Software as a Service), c’est-à-dire qu’elle les rendra disponibles en ligne sous forme de souscription. Ce lancement survient deux semaines après une annonce similaire de Microsoft, celle du S+S (Software Plus Service). Pour le moins, il arrive à point nommé dans un contexte économique qui n’arrête pas d’empirer de jour en jour. « Le moment est maintenant propice pour le modèle SaaS », m’a dit le directeur général de CA Canada, Jimmy Fulton.

La direction de cette nouvelle structure a été confiée au VP principal Jules Ehrlich, un expert comptable d’origine sud-africaine, qui était VP aux services globaux chez Niku avant que cette grosse PME californienne ne soit acquise par CA en juin 2005. On n’est donc pas étonné de constater que parmi les trois premiers produits offerts, il y a Clarity PPM (Project and Portfolio Management), le logiciel le plus prestigieux que fabriquait Niku. Il permet de gérer les projets et les investissements informatiques dans la grande entreprise.

Les deux autres sont GRC Manager (Governance, Risk and Compliance) et Instant Recovery. Le premier permet à une entreprise de gérer globalement ses TI, de tenir particulièrement compte de leurs éléments de risque et de s’assurer de leur conformité avec les normes, les réglementations et les lois. Le second, comme son nom l’indique, permet à un système d’être entièrement opérationnel la seconde qui suit un crash majeur.

Au jour deux, CA a ajouté trois nouveaux logiciels sous le parapluie IAM (Identity and Access Management), une plateforme d’applications Web très simple à utiliser qui permettent d’automatiser, de déléguer et de centraliser certaines procédures stratégiques concernant l’intégrité de l’information. Il s’agit de Federation Manager, SOA Security Manager et Secure Web Business Enablement.

Le premier s’adresse au phénomène croissant des écosystèmes, une tendance visant à intégrer certaines fonctions informatiques entre systèmes appartenant à des entreprises partenaires. Le second assume les diverses fonctions de sécurité dans un contexte SOA (Service Oriented Architecture) de services Web, incluant la gestion des identités, ainsi qu’une protection contre les attaques XML, une tendance en nette expansion. Quant au troisième, il vise les entreprises qui veulent améliorer, développer et étendre leur système transactionnel Web, tant sur les plans qualité que sécurité, cela dans un contexte de protection accrue des renseignements personnels.

Et je vous fais grâce des autres annonces pour en revenir au message de M. Swainson, un PDG en contrôle qui m’a semblé utiliser son passé professionnel exemplaire comme garantie à ses affirmations. Tous ces logiciels sont là pour optimiser l’utilisation des systèmes informatiques, a-t-il soutenu, pour les rendre plus simples aux yeux du personnel et mieux acceptés par les cadres non informaticiens, pour les arrimer davantage à la mission première de l’entreprise (laquelle n’est probablement pas de s’adonner au plaisir de l’informatique), bref, pour en faire des « stimulants d’affaires au lieu de centres de coûts ».

Les temps sont difficiles, les eaux turbulentes et les territoires parfois inconnus, a-t-il reconnu. On a beau savoir que le beau temps va revenir, il reste quand même des moments fort pénibles à passer. Durant ces intempéries soutenues, des entreprises vont faire naufrage, d’autres, comme CA, vont prospérer. Pourquoi ? Parce que grâce à des technos de pointe (par exemple : virtualisation, SOA, SaaS, etc.), grâce au fait qu’on en a éliminé le jargon inutilement techno et qu’on a simplifié les interfaces, CA dispose d’une offre de produits bien collés sur les besoins actuels de sa clientèle, par exemple : EITM (Enterprise IT Management). Ce sont des produits destinés à aider l’entreprise à avancer malgré la conjoncture, en lui faisant tirer profit au maximum de ses investissements en TI. Et c’est sérieux. Pour CA, ces logiciels ne sont pas des à-côtés (sidelines), mais sa seule et unique raison d’être.

Si la vision du PDG Swainson est bonne, ce que je lui souhaite, il va de soi, son entreprise aura toutes les raisons de se réjouir au CA World de 2009, après avoir, bien entendu, gardé deux minutes de silence à la mémoire des entreprises qui auront rendu l’âme d’ici là. Mais si sa vision est un peu trop teintée de rose, autrement dit, s’il y a hécatombe, il risque de ne pas y avoir de CA World en 2009, pas plus qu’il n’y en aura en 2010 ou en 2011.

C’est connu, les défunts ne convient jamais les vivants au bal des damnés.

Nelson Dumais est journaliste indépendant, spécialisé en technologies de l’information depuis plus de 20 ans.


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