Le passage de la vie


Jean-François Ferland - 12/07/2007

Les TIC, d’une façon semblable à la vie humaine, ont un cycle qui est relativement défini. Vient un jour où une technologie, qui a généralement rendu de bons services, laisse sa place à une autre de nouvelle génération. Les sentiments ressentis, en général, sont contraires à ceux qui sont éprouvés envers une personne disparue.

Les technologies de l’information et des communications font partie de la vie des entreprises depuis une cinquantaine d’années, et de celle des particuliers depuis près d’une trentaine d’années. Les utilisateurs vétérans ont ainsi vu passer plusieurs générations d’ordinateurs, de plates-formes, de systèmes d’exploitation et d’applications devant leurs yeux et sous leurs mains au gré de l’évolution des TIC.

Bien souvent, le même scénario s’est répété : un matin, on a annoncé qu’un système ou un logiciel serait retiré des pratiques d’utilisation à un moment déterminé, au profit d’un nouvel outil. Dès lors, les processus d’implantation de la nouvelle technologie, de mise hors service de l’ancienne technologie et de transition des utilisateurs et des techniciens s’enclenchent, jusqu’au jour où le commutateur de la technologie vétuste est mis en position d’arrêt pour une dernière fois.

En général, le recours à une nouvelle technologie vise l’obtention d’un gain en efficacité, d’une productivité accrue, d’une réduction du temps de traitement ou d’une amélioration de la valeur ajoutée. Parfois, le changement technologique est obligé, en raison de la fin du soutien par le fournisseur, des coûts d’entretien ou d’une incompatibilité à d’autres systèmes. Rien n’arrête le progrès, se plaît-on à dire.

En général, les utilisateurs seront ravis du nouveau système informatique ou de la nouvelle application. La rapidité et la convivialité du nouvel outil rendront le travail plus agréable, une fois la courbe d’apprentissage franchie. Mais dans certaines occasions, la nouvelle technologie aura l’effet contraire. Les utilisateurs pesteront et vociféreront envers le nouvel outil, en déplorant le moment pas si lointain où la technologie précédente, malgré son âge vénérable, démontrait une efficacité et une fiabilité bien appréciables.

Sentiments

Les sentiments ressentis par les gens lors d’une transition technologique, certes, sont à l’opposé de ceux qui sont éprouvés par les gens qui font face à la transition de la vie humaine.

On peut remarquer certaines similitudes des contextes entourant ces départs. Parfois, la fin de la vie s’entame sous la forme d’un rebours, parfois elle survient subitement, parfois elle se produit de façon lente. Mais les réactions des personnes qui voient un proche quitter la vie pour un monde soi-disant « meilleur » sont généralement celles de la tristesse et des regrets.

Si une technologie remplacée peut faire l’objet d’une quelconque appréciation à propos de la contribution à la progression d’une entreprise ou d’un individu, avec l’espoir que celle qui prendra la relève sera tout aussi profitable, l’appréciation d’une personne disparue est généralement empreinte de nostalgie, mais aussi de souvenirs des jours heureux. Et face à un nouveau-né, qui constitue la génération nouvelle, l’être humain souhaite y retrouver une parcelle du bonheur qui était ressenti avec la personne qui n’est plus.

Les technologies de l’information et des communications font partie de la vie. Les nouveaux nés naissent dans un monde où elles sont omniprésentes, alors que les aînés qui disparaissent auront vécu dans un monde où elles étaient inexistantes.

Si les TIC remplacent de plus en plus la présence « en face à face » lors des interactions et des rapports humains de la vie quotidienne, les hommes et les femmes ont encore le réflexe émotif de se réunir en personne lors des rites de passage importants de la vie.

Et cela, jamais la technologie ne permettra d’en faire tout autant. Heureusement.

Jean-François Ferland est journaliste au magazine Direction informatique




À propos de Jean-François Ferland

Jean-François Ferland est le rédacteur en chef du magazine Direction informatique. Il compte dix-sept années d'expérience en journalisme et en communication publique.
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