Le regard futuriste de Cisco envers les TIC


Jean-François Ferland - 11/02/2010

Que nous réservent les prochaines décennies en matière de traitement informatique, de réseautique, de stockage et de production de l’information? Selon Dave Evans, le « futuriste en chef » chez Cisco qui a publié 25 prédictions, la progression risque d’être exponentielle et les chambardements pourraient être nombreux.

De temps à autre, un spécialiste formule des prédictions quant à l’avenir des technologies de l’information et des communications. Dans le cadre de son 25e anniversaire d’existence, le fournisseur de solutions Cisco a convié les médias à rencontrer Dave Evans, technologiste en chef au groupe des solutions commerciales Internet, par le biais de la téléprésence.

M. Evans, qui possède une formation en sciences de l’informatique, est loin d’avoir une apparence conforme aux stéréotypes qu’on associe généralement aux personnes qui envisagent le futur : arborant des cheveux courts, il était vêtu d’un veston noir et d’une chemise blanche au goût du jour, sans cravate. Il a expliqué que son rôle chez Cisco consistait à examiner l’utilisation de la technologie dans divers secteurs industriels, afin de projeter l’utilisation qui sera faite des TIC dans la société à moyen terme ou à long terme.

Récemment, M. Evans a formulé vingt-cinq événements qui pourraient survenir au cours des prochaines années et des prochaines décennies (voir cet article).

Avalanche à l’horizon

Sans prendre de détour, M. Evans a affirmé qu’une avalanche allait survenir bientôt dans l’univers des technologies. Si la progression actuelle des technologies, qualifiée « d’agressive » ne semble plus causer de surprise, il a déclaré que la société n’a encore rien vu. « Une avalanche est un événement dérangeant, a indiqué M. Evans. Nous avons le choix de rester sur place et d’être enseveli, de s’enlever de son chemin ou de voguer sur sa crête. » 

« Une avalanche s’en vient avec une croissance exponentielle de la technologie, mais de la quantité d’information produite. Dans 50 ans, 90 % de tout ce que nous saurons aura été découvert durant les cinq prochaines décennies », a-t-il ajouté.

Stockage et réseautique surmultipliés

M. Evans a alors analysé le passé et l’avenir des TIC en fonction de quatre « piliers » qui, en passant, correspondent aux grands champs d’intérêt de Cisco, soit le stockage, la bande passante, le traitement informatique et l’information.

À propos du stockage, M. Evans a souligné à quel point le rapport entre la quantité et le prix avait basculé au cours des dernières décennies. Il a souligné que la densité d’octets au pouce carré, qui était de 1 000 octets des années 50, atteindrait 10 millions de millions d’octets (un téraoctet) en 2015. Un mégaoctet d’espace disque, qui coûtait 78 000 $ US en 1956, coûte aujourd’hui moins de 7 sous. « La clé USB que j’ai dans les mains, qui a coûté 20 $ US, aurait coûté à l’époque 624 M$ US! », a-t-il affirmé.

Quant à l’avenir, M. Evans a estimé qu’en 2029 il sera possible, avec une valeur de 100 $ US en espace de stockage, d’utiliser 11 pétaoctets (1 téraoctet ou 1 million de gigaoctets), ce qui permettra de contenir l’équivalent de 104 années de contenu en format de qualité Blu-Ray HD ou 546 exemplaires de chaque chanson qui aura été enregistrée au cours de l’histoire!

À propos de la réseautique, M. Evans a souligné que la bande passante qu’il utilise à son domicile était passée de 300 bits à la seconde en 1990 à 50 mégabits à la seconde en 2009. Il a avancé qu’en 2020 la bande passante à domicile pourrait atteindre 1 gigabit à la seconde. « Si la bande passante a progressé de 170 000 fois depuis que je suis branché à Internet, elle aura progressé 3 millions de fois [en 2020] », a-t-il souligné.

Surpuissance informatique

Pour illustrer la progression du traitement informatique, M. Evans a indiqué que le microprocesseur d’une carte de souhaits musicale, qui coûte environ 5 $ US, a la grosseur d’une tête d’épingle, peut exécuter quatre millions d’instructions à la seconde, pèse un dixième de gramme et consomme 375 microwatts d’énergie.

En comparaison, l’ordinateur ENIAC, en 1956, coûtait 5,5 M$ US (en dollars courants) occupait 1 800 pieds carrés, pouvait effectuer 5 000 opérations à la seconde, pesait 30 tonnes et consommait 150 kilowatts d’électricité!

« La vitesse physique et la miniaturisation atteindront bientôt leurs limites : nous ne pourrons aller en dessous [du processus de fabrication] de 16 nanomètres, en raison des fuites d’énergie, a indiqué M. Evans.

« L’informatique quantique, avec ses multiples valeurs qui s’intercaleront entre les valeurs « 0 » et « 1 », permettra à un ordinateur à processeur de « 30 qubits » d’avoir une capacité de traitement de 10 téraflops (10 billions d’opérations à virgule flottante à la seconde). Un ordinateur actuel à processeur de 32 bits offre une capacité de 2 gigaflops (2 milliards d’opérations à virgule flottante à la seconde). Nous pourrons transférer instantanément une quantité illimitée de données de façon instantanée… »

M. Evans a prédit qu’un ordinateur de 1 000 $ US aurait la puissance d’un cerveau humain en 2020, des cerveaux de la population de tout un village en 2030 et de tous les cerveaux de la population de la planète en 2050! Par ailleurs, il a indiqué que l’application du principe des réseaux neuraux du cerveau à l’informatique permettra la reconnaissance de la parole et des émotions par l’ordinateur, « ce qui est présentement difficile en raison d’un manque de puissance brute ».

Embolie d’information

Enfin, à propos de l’information, plusieurs évocations de M. Evans donnent une idée de l’ampleur du contenu qui est présentement créé à l’aide des TIC.

Par exemple, les 5 exaoctets d’information qui ont été créés en 2008 constitueraient une quantité de contenu supérieure à tout le contenu créé au cours des 5 000 dernières années; S’il a fallu 200 ans pour remplir la Bibliothèque du Congrès aux États-Unis, aujourd’hui la même quantité d’information est produite en cinq minutes; Chaque jour, à travers le monde, 182 milliards de courriels sont acheminés et 1,5 million de messages sont publiés dans des blogues…

« Il faut trouver un moyen de classer et de forer toute cette information, a déclaré M. Evans. Dans deux années, la quantité d’information produite à travers le monde sera six fois supérieure à celle qui est produite aujourd’hui, mais dans les entreprises elle sera de 50 fois supérieure! »

« Toutefois, toutes les données ne constituent pas de la connaissance : il y a beaucoup de ‘bruit’, mais aussi beaucoup de médias riches. Comme on le fait avec notre cerveau, il faudra indexer et résumer le contenu des images et des films rapidement, ce qui est présentement difficile à faire avec l’informatique ».

Un avenir ennuagé

Les prévisions de M. Evans font envisager une progression exponentielle des TIC. Or, comment les organisations, déjà aux prises avec un long processus d’évaluation de leurs besoins technologiques, pourront-elles éviter de choisir des solutions qui deviendront rapidement obsolètes?

« Je crois que le monde évoluera de plus en plus vers l’informatique virtuelle, a répondu M. Evans. La vielle façon d’utiliser les TIC consistait à acheter de l’équipement, de le mettre dans un centre de données et d’en maximiser la durée de vie. Aujourd’hui, tout s’oriente vers l’informatique en nuage, qui donne une flexibilité accrue.

« Lorsqu’on aura besoin de puissance informatique, de stockage ou d’autre chose, on en fera la demande. La firme Gartner a récemment estimé que 20 % des organisations n’auront pas d’infrastructure informatique en interne dans dix ans. Tout sera fondé sur les services et les modules. »

M. Evans a terminé son allocution avec d’autres sujets futuristes comme la lecture de la pensée des cerveaux et la domination éventuelle des robots – qui seront dotés d’un dispositif de mise hors fonction, question d’éviter de sombrer dans la science-fiction…

Jean-François Ferland est journaliste au magazine Direction informatique.




À propos de Jean-François Ferland

Jean-François Ferland est le rédacteur en chef du magazine Direction informatique. Il compte dix-sept années d'expérience en journalisme et en communication publique.
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