Le soleil se lève à nouveau pour Teamsoft


Jean-François Ferland - 01/02/2008

Les nouveaux propriétaires de l’éditeur québécois, en raison d’un imbroglio, n’avaient aucune trace de leurs clients au Japon. Or, deux courriels inattendus ont relancé le processus de représentation commerciale. Aventure au royaume du soleil levant.

L’éditeur de logiciels québécois Teamsoft, qui produit et commercialise le système d’agenda électronique en temps réel TeamAgenda, pourrait évoquer le proverbe japonais Tana kara botanmochi, qui signifie que « la chance sourit même à ceux qui ne l’attendent pas ».

L’entreprise montréalaise, fondée en 1991, revient de loin. Mais à écouter le récit de ses dirigeants et copropriétaires, Gus Berdebes et Marc Duplessis, elle semble se diriger bien plus loin qu’ils ne l’auraient cru.

Rencontrés dans un local commercial de l’arrondissement Saint-Laurent où s’affaire une équipe de dix employés, les deux hommes relatent les temps difficiles qu’a vécus Teamsoft lorsque l’entreprise, fondée par Gilles Fortin – « un bon gars », selon M. Berdebes – avec le soutien monétaire d’une société financière d’innovation, a été contrainte à la faillite à la fin de 2004.

Le produit phare TeamAgenda était commercialisé à l’aide de revendeurs en Amérique du Nord, en Europe et en Asie-Pacifique, mais la pression des capital-risqueurs, des chicanes d’envergure internationale et des investissements majeurs, mais trop hâtifs dans PhoneAgenda, l’adaptation du produit pour les téléphones mobiles, auraient forcé les créanciers à déclarer forfait.

M. Berdebes, un ancien employé de BCE Emergis, avait été contacté par Teamsoft avant la faillite pour qu’il acquière l’entreprise en difficulté, mais il avait refusé en raison du prix trop élevé. Lorsque les capital-risqueurs ont remis l’entreprise à un syndic, ce dernier, à la recommandation d’un ancien employé, l’a contacté pour l’inviter à soumissionner. Ainsi, avec M. Duplessis et deux autres partenaires, M. Berdebes a acquis les actifs « d’un bon petit produit. »

« Lorsque nous avons vu une démonstration du produit, nous trouvions drôle qu’une entreprise avec un aussi bon produit [finisse de cette façon], raconte M. Berdebes. Je pense que nous avons maintenant une idée de ce qui s’est passé, parce que l’ancien Teamsoft est un peu comme un soap opera. C’est une drôle d’histoire. »

« Lorsque d’anciens employés nous racontent des histoires, c’est encore plus drôle. Et maintenant que nous essayons de rebâtir l’entreprise au Japon, c’est encore plus drôle! », dit-il en riant.

Séisme commercial

Toutefois, les acquéreurs de Teamsoft n’entendaient pas à rire lorsqu’ils ont eu une mauvaise surprise commerciale à l’outremer.

M. Berdebes explique que la version japonaise du produit avait été créée à la suite d’un contact initié par le premier revendeur. Cette version avait été adaptée au point de vue linguistique, alors que la complexité de la langue nippone empêchait l’adaptation à l’aide d’outils informatisés, mais aussi au niveau hiérarchique, alors que la culture du pays empêche les employés de voir ce qui est à l’agenda de leurs patrons.

Il ajoute qu’avant l’acquisition de Teamsoft par les propriétaires actuels, le revendeur japonais, à la suite d’une brouille interne, a fait faillite. Pis encore, le successeur des activités de revente, un Anglais résidant au Japon, avait contribué à la bisbille entre les anciens dirigeants québécois, des employés et les capital-risqueurs. Ainsi, le plus grand marché pour TeamAgenda a vu ses ventes de licences « légales » chuter mystérieusement de quelque 300 000 licences en 2002… à zéro en 2003.

Les nouveaux dirigeants n’avaient aucune information en main quant à la clientèle du « pays du soleil levant » qui utilisait ses produits. Il fallait donc recommencer à zéro le travail de démarchage commercial, ce qui n’est pas une mince affaire…

« Lorsque nous avons rencontré les attachés commerciaux du Québec et du Canada au Japon, la première chose qu’ils ont dite est que c’était très difficile d’y faire des affaires, qu’il faudrait beaucoup voyager là-bas et participer à des foires commerciales, et que notre japonais devait être parfait », souligne M. Berdebes.

Nouvelles nippones

Mais en septembre 2007, avant même que ne soient entamées des démarches en Asie, l’entreprise québécoise a eu une surprise de taille dans sa boîte de réception du courrier électronique : une requête d’une entreprise japonaise!

« La compagnie VentureLink Group nous a contacté pour nous dire qu’elle avait 5 000 licences de la version 3.2 de TeamAgenda qui ne fonctionnait pas sur Windows Vista, et qui nous demandait si nous avions quelque chose qui fonctionnait [pour ce système d’exploitation]!, explique M. Berdebes en riant. Il s’agissant d’un employé qui parlait un peu anglais, et qui a peut-être utilisé un traducteur en ligne pour nous écrire un message. »

« L’entreprise a essayé la version 4.1 pour le Japon pendant un mois, et finalement ils ont acheté 1 200 copies de la nouvelle version. Il y a une différence entre 5 000 et 1 200 copies, mais on ne sait pas ce qu’il fera. On pense qu’il agira de façon légale… Mais en six ou sept courriels, l’entreprise a acheté 1 200 copies », indique-t-il à propos du contrat dont la valeur est « dans les six chiffres. »

« Ce n’est pas facile de faire des affaires au Japon, parce que le langage est presque impossible à traduire, et notre langue est aussi impossible à écrire. Aussi, ce n’est pas facile à dire, mais ils n’aiment pas [les entreprises hors Japon]. On est des étrangers, on parle un langage comique… On ne veut pas travailler avec nous… Mais je comprends, avec la lettre du monsieur, qu’il se forçait pour parler avec nous, et qu’on avait un produit qu’il voulait. »

Et deux mois plus tard, la secrétaire de direction de Dainippon Ink & Chemicals (DIC), une entreprise japonaise de l’industrie chimique dont le chiffre d’affaires est de 6 milliards $, contactait l’entreprise pour indiquer que sa vieille version de TeamAgenda, utilisée pour les horaires d’une équipe de cinquante hauts dirigeants, ne semblait pas fonctionner sous Windows Vista.

« Lorsque nous lui avons dit que [notre logiciel] fonctionnait sous Vista et que nous lui avons envoyé le communiqué annonçant le contrat avec VentureLink, elle nous a envoyé un courriel nous disant qu’elle était contente d’apprendre que nous étions en pourparlers avec un revendeur potentiel, et qu’ayant vécu la beauté de TeamAgenda depuis plus de dix ans, elle souhaitait fortement que la version japonaise se poursuive longtemps… Elle trouve le produit “beautiful”, et c’est rare et c’est drôle d’entendre cela à propos d’un produit! », raconte M. Berdebes en riant.

En ce moment, Teamsoft négocie avec un revendeur japonais, situé à Yokohama, afin de représenter ses intérêts au Japon, mais surtout pour établir le contact avec les entreprises qui utilisent déjà le produit. L’entreprise québécoise a établi une première liste de quelque 200 clients qui exploiteraient une ancienne version de TeamAgenda. L’intérêt manifesté par les anciens clients japonais, selon M. Berdebes, pourrait être bien utile pour les prochaines démarches commerciales.

En parallèle, les ventes dans les autres marchés se portent bien, notamment en France, en Allemagne, en Suisse et en Suède.

Changements et développement

MM. Berdebes et Duplessis soulignent que des changements ont été apportés aux processus internes afin d’éviter des erreurs du passé. Dorénavant, le nouvel utilisateur s’inscrit directement auprès de Teamsoft et non du revendeur, tout comme à chaque téléchargement d’une rustine un message est transmis à l’aide de l’information de connexion pour l’informer l’utilisateur non identifié de la disponibilité d’une version plus récente du logiciel et l’inciter à contacter l’entreprise. Enfin, l’utilisateur doit dorénavant payer pour obtenir du soutien technique, une pratique qui est largement répandue dans l’industrie de l’édition de logiciels.

TeamAgenda, qui est destiné aux petites et moyennes entreprises, fonctionne en version client/serveur sur plusieurs plates-formes, s’exploite à titre d’application Web (WebAgenda) et est disponible en version mobile (TeamAgenda Mobile) sur plusieurs assistants numériques personnels.

L’éditeur compte exploiter TeamAgenda en version native sur le iPhone et le iPod Touch d’Apple, dès qu’une trousse de développement logiciel sera rendue disponible. L’éditeur compte aussi ajouter d’autres langues à l’interface utilisateur dans la prochaine version, 5.0, qui est en cours de développement.

Jean-François Ferland est journaliste au magazine Direction informatique.


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À propos de Jean-François Ferland

Jean-François Ferland est le rédacteur en chef du magazine Direction informatique. Il compte dix-sept années d'expérience en journalisme et en communication publique.
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