Le Vérificateur général scrute la main-d’oeuvre gouvernementale en TIC


Jean-François Ferland - 15/12/2006

Le Vérificateur général du Québec recommande à plusieurs ministères et organismes d’améliorer la planification et la répartition du travail des ressources humaines en TIC. Les dépenses ont connu une importante croissance, tandis que le secteur privé occupe une place accrue.

Le Vérificateur général du Québec, Renaud Lachance, a formulé plusieurs recommandations à propos des ressources humaines consacrées aux TIC au sein de plusieurs institutions gouvernementales. Le Ministère des Services gouvernementaux, le Centre des services partagés du Québec et d’autres ministères et organismes sont incités à mieux définir les besoins, la disponibilité et l’affectation de la main-d’œuvre.

D’entrée de jeu, le rapport du Vérificateur général du Québec souligne que 920 millions de dollars ont été dépensés pour les ressources informationnelles au sein de l’administration publique en 2004-2005. 670 M$ (72,8 %) ont notamment servi à rémunération de la main-d’œuvre.

Le taux de croissance des dépenses affectées aux TI de la fonction publique québécoise au cours des vingt dernières années serait 55 % plus élevé que l’indice des prix à la consommation (IPC) du Canada. Le taux de croissance de la rémunération du personnel serait 70 % supérieur à l’IPC. Plus encore, le taux lié à l’acquisition de services professionnels à l’externe serait supérieur de 270 % à l’IPC. Le taux de croissance des dépenses afférentes est d’ailleurs qualifié « d’impressionnant. »

Le rapport note que la proportion des dépenses afférentes aux ressources humaines représentait un peu moins de 75 % en 2004-2005, contre 50 % en 1985-1986. En 1985-1986, l’acquisition de services professionnels auprès de fournisseurs privés représentait 29 % de l’enveloppe budgétaire de 121 millions de dollars consacrée à l’informatique. En 2004-2005, la proportion consacrée aux services privés était de 47 %.

Une comparaison des dépenses en main-d’œuvre avec celles dans d’autres provinces permet de constater que les sommes consacrées aux fournisseurs privés au Québec sont plus élevées que la rémunération du personnel gouvernemental en Ontario. Cette dernière province consacre environ 30 % de son budget en main-d’œuvre aux fournisseurs privés.

Absences et carences

À propos de répartition de l’ouvrage entre les équipes de travail des entités gouvernementales ou des tierces parties (interministérielles, en partage ou externes), le rapport recommande l’apport d’améliorations « parfois notables » pour que le travail soit réparti de la façon la plus économique. On y note que le Cadre de gestion des ressources informationnelles en soutien à la modernisation de l’administration publique ne comporte pas de responsabilités propres à la main-d’œuvre.

Le rapport indique que les récentes stratégies gouvernementales par rapport aux ressources informationnelles « laissent à désirer » quant au volet de la main-d’œuvre. Les données à propos de cette dernière sont insuffisantes, seulement quantitatives et peu étoffées, notamment au sujet des ressources des fournisseurs privés et de la compétence et des risques associés à la main-d’œuvre en général.

L’absence de portefeuille d’investissement et de plans types est également déplorée, tout comme une carence en compilation de données sur la compétence de la main-d’œuvre.

Besoins à réviser, main-d’œuvre à préciser

Le Vérificateur a également étudié les outils de gestion, les plans de main-d’œuvre, les plans d’affectation et les portefeuilles d’investissement affectés à la sélection des projets et aux activités récurrentes, à la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST), au ministère de l’Éducation et de la Solidarité sociale et à Revenu Québec.

Le rapport remarque que les investissements en matière de ressources informationnelles sont sélectionnés en fonction des exigences gouvernementales, et que les entités précisent ce qui est faisable en fonction des crédits et des ressources humaines disponibles. Il est recommandé que les entités soient dotées de portefeuilles où les besoins sont décrits « en fonction de critères formels au lieu de l’être selon les sommes disponibles. » Toutefois, la préservation des acquis et l’application des orientations formulées au printemps 2006 par le ministère des Services gouvernementaux pourraient améliorer le niveau de satisfaction du Vérificateur.

Revenu Québec devra améliorer son plan de main-d’œuvre au niveau de la compétence des effectifs et, tout comme la CSST, se doter de plans formels, alors qu’une partie des éléments requis à cet effet est déjà présente. Les plans d’affectation des entités étudiées sont jugés satisfaisants ou bien à améliorer.

Enfin, les outils utilisés par les entités sont satisfaisants dans l’ensemble, mais les portefeuilles d’investissement et les plans de main-d’œuvre ne permettent ni de déterminer les besoins en main-d’œuvre, ni d’établir la disponibilité de ces ressources.

Nombreuses recommandations

En conséquence, le Vérificateur a formulé une série de recommandations aux ministères et organismes en rapport aux ressources humaines en TIC.

Outre la modification du Cadre de gestion au ministère des Services gouvernementaux, ces recommandations ont trait à la détermination d’enjeux majeurs et à la précision de rôles, de responsabilités et de mécanismes. L’élaboration de stratégies de gestion, le suivi de leurs mises en œuvre, la production de rapports et la proposition d’outils types sont également suggérés.

Le Centre de services partagés du Québec est incité à établir des services en fonction de la répartition du travail afférent aux ressources informationnelles. Certaines entités gouvernementales sont encouragées à se munir ou à mettre à jour leur portefeuille d’investissement et/ou leur plan de main-d’œuvre. On suggère également la description du besoin en main-d’œuvre, l’identification d’écarts entre le besoin et la disponibilité, la description des options et l’établissement de stratégies de réponse.

Enfin, le ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale devrait élaborer des plans d’affectation de la main-d’œuvre associée à ses projets et à ses activités récurrentes en TIC.




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À propos de Jean-François Ferland

Jean-François Ferland est le rédacteur en chef du magazine Direction informatique. Il compte dix-sept années d'expérience en journalisme et en communication publique.
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