Le Web 2.0 : évolution rapide partout, mais adoption lente au Québec


André Ouellet - 12/12/2007

De nouveau en 2007, le Web 2.0, et le modèle d’affaires fondé sur la participation des utilisateurs qui lui est associé, ont laissé une empreinte sur l’industrie des TI.

À plusieurs reprises, les dossiers traités par Directions stratégiques ont touché de près à ce sujet. Le modèle commercial axé sur la participation de masse, dont le Web 2.0 est à l’origine, continue de changer les façons de faire et de donner lieu à des succès mondiaux. Alors que l’intérêt suscité par le Web 2.0 n’a jamais été aussi grand, et que les entreprises québécoises tardent à en tirer avantage, il est déjà question du Web 3.0.

Pour les entreprises, le Web 2.0 représente au premier chef une façon d’améliorer l’interaction avec leurs clients. Quatre-vingts pour cent des répondants à un sondage mené au Royaume-Uni cette année croient que leur organisation peut bénéficier du Web 2.0. L’année dernière, une autre étude arrivait à des conclusions similaires, les participants invoquant des avantages comme la simplification de l’infrastructure, une utilisation moins importante de logiciels propriétaires et un accès plus facile aux applications stratégiques.

Rappelons que le Web 2.0 n’est pas une technologie. Il s’agit plutôt d’une façon d’exploiter Internet par l’entremise des communautés en ligne et des réseaux sociaux afin de faciliter la communication et la collaboration. Peu à peu, le courriel et le téléphone font place à d’autres formes d’échange. Flickr, YouTube, Myspace, FaceBook, eBay, Wikipédia et Amazon sont des exemples de sites utilisant avec succès les technologies du Web 2.0.

Cette transition vers une collaboration plus efficace laisse entrevoir de très bonnes affaires pour les entreprises. Aussi, le Gartner Group prévoit un taux composé d’accroissement du marché, comme le rapporte le blogueur Michel Leblanc, du Web 2.0 de 42 % par année jusqu’en 2011. Selon un sondage effectué le printemps dernier par la firme AMI-Partners auprès de PME américaines, les technologies Web 2.0 jugées les plus pertinentes sur le plan commercial sont le logiciel-service, la webdiffusion, le blogue, l’application de communication Skype, les communautés en ligne et les portails.

Nouvelles façons de faire

Au cours de l’année, Directions stratégiques a évoqué certains changements entraînés par le Web 2.0 dans le monde des affaires. Les méthodes de référencement des sites Web, notamment, sont en voie de se transformer. Dans le cadre du Web 2.0, les moteurs de recherche favorisent davantage les liens avec les communautés en ligne. Plus il est question d’un site au sein de tels groupes, plus ce dernier devient pertinent en regard des moteurs de recherche. Cette tendance est connue sous le nom de référencement social (Social Media Optimization, ou SMO). Dans cette perspective, il est prévu que les entreprises orientent davantage leur stratégie commerciale vers les sites communautaires au cours des prochaines années.

Autre changement notoire, le commerce électronique ne repose plus uniquement sur les transactions en ligne. En effet, on reconnaît aujourd’hui que la mise en marché faite sur Internet débouche également sur des ventes par l’entremise de canaux plus traditionnels. Ce sont les technologies du Web 2.0 qui donnent une nouvelle dimension à ce phénomène. Elles offrent au consommateur une navigation enrichie sur la Toile, grâce à des images de meilleure qualité et une plus grande interaction. Entre autres techniques, les entreprises ont recours au zoom et au changement dynamique des couleurs afin de mieux souligner les caractéristiques des produits et de le mettre en contexte. Stimulés par la présentation en 3D des articles proposés, les consommateurs sont susceptibles de s’attarder davantage sur les sites Web. On croit ainsi que l’expérience plus exaltante offerte à l’acheteur sur Internet moussera les ventes dans le secteur du commerce du détail.

Réticence des entreprises québécoises

L’engouement pour le Web 2.0 ne s’est pas particulièrement étendu au Québec. Il y a bien quelques grandes entreprises qui ont joint le mouvement, mais la très vaste majorité des PME boudent le concept. Des spécialistes de la stratégie Internet évoquent diverses raisons pour expliquer cette frilosité. L’absence de masse critique dans le Québec français en serait une. Ce qui constitue un inconvénient de taille en regard d’un modèle commercial construit en grande partie sur la participation des internautes à grande échelle. Autre constat accablant, les PME d’ici en sont encore à établir leur présence sur le Web 1.0.

Pourtant, on considère que les entreprises peuvent tirer des avantages certains du Web 2.0. Entre autres, elles ont la possibilité de développer de façon très économique de nouveaux canaux de distribution et atteindre plus facilement leurs publics cibles. Le Web 2.0 offre des moyens de communication efficaces à l’interne aussi. Le wiki, par exemple, permet à autant d’employés que l’on veut de participer dynamiquement à une même tâche, autour d’un seul et même document.

Au-delà du Web 2.0, le Web sémantique

Le vif intérêt suscité par le Web 2.0 n’empêche nullement de voir plus loin. Aussi est-il déjà question de ce qui viendra après, c’est-à-dire le Web 3.0. Si certains prophètes claironnent déjà haut et fort son arrivée, d’autres observateurs, cependant, doutent que le modèle annoncé se concrétise un jour.

Le Web 3.0 est appelé parfois Web sémantique, bien que certains analystes estiment qu’il s’agit de concepts distincts. Le Web sémantique fait l’objet de recherches intensives depuis les années 1990. Tel qu’il a été imaginé par ses concepteurs, il n’est pas banal; plutôt que de simplement répondre aux commandes qui leur sont transmises, les moteurs de recherche interprètent les résultats qu’ils obtiennent, à la manière du cerveau humain. Aucun besoin pour l’internaute de passer un temps précieux à analyser la documentation souvent volumineuse qui lui est retournée à la suite d’une interrogation. Inutile de dire que les gains potentiels en termes d’efficacité et de productivité sont substantiels.

Le Web sémantique demeure à l’état embryonnaire. Néanmoins, diverses entreprises ont commencé à appliquer certaines de ses techniques, qu’elles combinent aux technologies Web 2.0. Ces organisations se donnent ainsi les moyens de trouver et de filtrer l’information plus rapidement. D’ailleurs, d’aucuns estiment que la prochaine version, ou plutôt l’évolution, du Web sera véritablement un amalgame entre le Web 2.0 et le Web sémantique.

Entretemps, un important travail de sensibilisation reste à faire auprès des entreprises par rapport au Web 2.0 – au Québec notamment. Les hésitations à l’égard de ce modèle sont encore fréquentes. Selon Gartner, les gestionnaires croient à tort que le succès du Web 2.0 dépend d’investissements dans des technologies non éprouvées, comme ils l’ont vécu avec le Web 1.0. En réalité, il s’agit d’exploiter de nouveaux modèles d’affaires, reposant sur des communautés en ligne et des processus de collaboration. Dès lors, le véritable risque consiste à ne pouvoir tirer profit des avantages facilement atteignables offerts par le Web 2.0. Gartner rappelle que cela est vrai pour tout type d’entreprise, peu importe sa taille et son secteur d’activités.


Bilan 2007 – Les dossiers

28 mars 2007 – L’optimisation des sites Web 9 mai 2007 – Le commerce électronique 13 juin 2007 – Le Web 2.0 14 novembre 2007 – Le Web sémantique


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