Les 10 plaies récurrentes de l’informatique mobile


Gérard Blanc - 01/10/2008

L’informatique mobile, une expression qui caractérise bien son environnement, mais définit mal ses équipements et ses applications.

Certes, la référence de comparaison reste le micro-ordinateur de bureau et sa collection d’applications autonomes et corporatives. L’informatique mobile traduit, par définition, l’aspect du nomadisme de son utilisation, et n’offre aucune information précise sur les équipements qu’elle englobe. Aussi, une cohorte de prétendants, tous plus nomades les uns que les autres, se bousculent au portillon pour y être incorporés. C’est une mêlée entre téléphones cellulaires, téléphones intelligents, Blackberry et similaires, iPhone et congénères, ordinateurs tenant dans la main (de type Palm), micro-ordinateurs portables, mini-micro-ordinateurs, ultralégers, sub-micro-ordinateurs, tablettes électroniques, etc.

Et, c’est sans compter avec toute la panoplie des applications utilisables par les uns et pas par les autres et la foison d’incompatibilités technologiques ou marketing des applications entre elles. L’informatique mobile est assurément des plus hétéroclites, et ça semble n’être que le début, alors que les ordinateurs de bureau ont fini par tous se ressembler, devenir compatibles et interopérables, PC et Mac compris.

Cependant, les équipements de l’informatique mobile, aussi variés soient-ils, présentent depuis toujours une série de faiblesses, que l’évolution effrénée de leur technologie respective ne parvient pas à éliminer. Seules, quelques améliorations indirectes parviennent à en amoindrir les impacts sur l’utilisateur. Qu’elle que soit le nombre exhaustif de ces faiblesses, en voici une liste d’une dizaine, récurrentes depuis que l’informatique mobile a vu le jour, avec des micro-ordinateurs portables de la taille et du poids d’une machine à coudre dans son boîtier. Il suffit pour cela de penser à l’Osborne 1 en 1981, le premier portable et à l’IBM 51555 en 1984.

1) Les piles

Les piles sont de loin le point le plus critique de tout équipement d’informatique mobile. Malgré les nombreux progrès réalisés, cela reste la grande faiblesse technologique d’utilisation. La technologie des piles a fait peu de progrès mirobolants. C’est surtout la consommation électrique des équipements qui a régulièrement diminué au cours du temps. Il reste que l’autonomie des équipements mobiles se compte toujours en nombre limité d’heures d’utilisation. Même pour les moins gourmands des cellulaires.

Difficile d’assumer pleinement une journée de travail bien remplie. Il faudra compter et économiser. Puis, il faudra inéluctablement repasser par la période de latence du temps incompressible de la recharge des piles. Certes, des palliatifs technologiques et pas toujours très opérationnels sont offerts sur le marché. Puisqu’un problème existe, cela génère de la demande. Il y a les jeux de piles de rechange, qu’il faut traîner avec soi. Mais, si la charge n’est pas récente et vérifiée, il y de bonnes chances que les piles de rechange soient illusoires. Il y a aussi les « kits » dits de puissance, qui sont en fait des piles ou des condensateurs aux polymères capables de transférer leur charge.

Le second point faible concernant les piles est leur durée de vie. Les piles des équipements mobiles ont une durée de vie moyenne de 2 à 4 ans en général, avec un rendement de charge à la baisse de façon progressive et continue dans le temps. La troisième année, les piles n’offriront probablement plus que 50 % du rendement de leur première année. La quatrième année sera critique. Or, une fois passée la deuxième année, le modèle de piles sera obsolète et ne sera plus disponible sur le marché du remplacement. Certes, il sera malgré tout encore possible de mettre la main sur des piles neuves, au cours de la troisième et quatrième année, chez des revendeurs spécialisés. Mais, à un prix souvent exorbitant, et généralement plus élevé que celui du même équipement neuf et de nouvelle génération. Alors, on jette le vieux et on en achète une autre. Ce qui signifie pour les DSI (direction des services informatiques) de disposer de budgets non négligeables de remplacement des équipements mobiles, récurrents aux trois ans.

2) Le poids

L’informatique mobile exige par définition que l’utilisateur transporte son équipement avec lui. S’il ne veut pas se transformer en « bourricot », il lui faudra opter pour des équipements d’un poids raisonnable. En fait, la règle est « plus l’équipement est léger, plus il est confortable pour l’utilisateur ». Mais, tout un chacun sait bien que trop léger pourrait vite devenir synonyme de trop fragile ou trop dispendieux. Il y a un équilibre à respecter entre poids et solidité. Comme entre l’ordi-téléphone dans la « bourse » d’une vice-présidente et le micro-ordinateur parachutable, brêlé sur le dos d’un soldat des « Forces ».

3) La taille

L’encombrement des équipements mobiles fut longtemps une des faiblesses majeures. Depuis quelques années, cet aspect est peut-être celui qui s’est le plus amélioré. Maintenant, le poids n’est plus directement lié à la taille. Le « si c’est gros c’est lourd » ne s’applique plus systématiquement. De façon plus fine et toujours relativement à la taille, il reste à résoudre plusieurs problématiques : la taille du clavier, car celle des doigts n’est pas ajustable, la taille de l’écran, car la résolution des yeux est fixe, la taille des haut-parleurs, bien que les plus récents soient minuscules et utilisent la boîte crânienne comme caisse de résonance. L’avenir nous dira comment nos cerveaux supportent de ces vibrations.

4) Les entrées et sorties

Il s’agit moins d’une faiblesse que d’un critère de ralentissement. La saisie au clavier et le déchiffrement de l’affichage à l’écran sont les opérations les plus lentes dans l’utilisation d’un périphérique mobile. C’est le potentiel d’amélioration le plus intéressant et efficace. Cela pourrait être l’avènement de l’utilisation généralisée de la reconnaissance et de la synthèse vocale. Le clavier, le plus ancien des périphériques, qui était là avant même l’ordinateur, serait relégué aux oubliettes. Les saisies seraient plus rapides, les sorties seraient plus discrètes et confidentielles. Les mêmes équipements mobiles deviendraient alors utilisables par les handicapés et les malvoyants.

5) La sécurité

Pour les équipements de l’informatique mobile, elle touche deux aspects distincts. Tout d’abord, la sécurité reliée aux communications sans fil qu’exploitent de tels équipements. C’est un problème connu et bien documenté. Il ne sera pas détaillé ici : c’est un sujet crucial à lui tout seul. Ensuite, la sécurité liée au fait que ces équipements sont vulnérables au vol, à la perte, ou à être oubliés. La gravité est que souvent ils contiennent localement des données. Sur le plan physique et technologique, plusieurs solutions sont offertes sur le marché pour circonscrire cette difficulté.

6) L’inventaire difficile

Les équipements de l’informatique mobile sont, par nécessité, entre les mains des utilisateurs et en mode libre-service. Il devient dès lors, très difficile pour la DSI de tenir à jour l’inventaire des équipements et de leurs composantes. L’inventaire des applications et des configurations est encore plus complexe. Toute traçabilité devient pratiquement impossible.

7) L’intégration risquée à l’intranet ou au réseau local

L’informatique mobile se veut et se doit d’être un membre à part entière de l’informatique corporative, sinon, son utilisation perd toute substance. L’équipement mobile devient ainsi un point d’entrée dans l’intranet ou le réseau corporatif. Il devient du même coup un facteur de risque important et souvent difficile à contrôler dans le portrait de la sécurité informatique de l’organisation. Pour cette raison, nombre de DSI en limitent ou en bannissent l’utilisation. Même au prix d’une perte significative d’efficacité dans certains processus fonctionnels ou métiers concernés. C’est actuellement un des freins majeurs à l’intégration corporative de l’informatique mobile.

8) La synchronisation difficile avec les PC

Une solution intermédiaire, et parfois rassurante pour la DSI, est l’utilisation des équipements mobiles en prolongation des postes de travail de bureau. L’équipement mobile, qu’il soit téléphone intelligent ou mini-micro-ordi tenant dans la paume de la main, se charge du côté nomade des choses et l’ordinateur de bureau se charge de la liaison avec les applications et les bases de données corporatives. Là où le bât blesse, c’est que pour fonctionner de cette façon l’équipement mobile doit régulièrement se synchroniser avec le PC. Or, les utilisateurs de tels équipements en feront foi, la synchronisation des deux appareils n’est jamais une opération triviale. La synchronisation demeure un aspect risqué et aléatoire. Même en ces temps de qualité totale dans le développement, que l’on prône et que l’on n’applique pas toujours, pour des raisons de concurrence précipitant la mise en marché.

9) Le bureau distant etles applications nomades

Les organisations dotent certaines catégories d’employés d’équipements mobiles, afin qu’ils puissent réaliser leur travail dans des lieux géographiquement distants de leur bureau d’origine. Aussi, l’équipement mobile devient un bureau mobile. Ce bureau mobile voudra avoir accès à toutes les facilités dont dispose l’ordinateur fixe du bureau. Parmi ces fonctionnalités, il y a l’ensemble des applications bureautiques, y compris certaines applications spécifiques au type d’emploi.

Cet aspect est celui qui pose généralement le moins de problèmes, car des versions compatibles avec les équipements mobiles existent ou deviennent disponibles en mode ASP. L’autre aspect est celui des applications corporatives. Celles-ci ne sont pas transportables, et encore moins disponibles en mode ASP. Le bureau mobile doit s’y connecter à distance, souvent en mode client-serveur ou interface Web. C’est l’aspect le plus critique en raison des critères de sécurité et des risques inhérents à la mobilité.

10) L’offre d’hébergement en ligne et d’applications en mode ASP

L’informatique mobile produit et utilise, comme toute informatique, une quantité importante de données et de documents. Toute cette production doit être sauvegardée. Certains équipements peuvent réaliser des sauvegardes locales, sur un disque, ou une clé USB.

Mais nombreux sont ceux, qui doivent absolument faire une sauvegarde en ligne. Si leur intégration à l’intranet ou au réseau corporatif est suspecte pour la DSI, cette sauvegarde devra se faire autrement. Soit, la DSI prévoit un site d’accueil pour cela, ou un point d’entrée protégé. Elle peut aussi recourir au service d’hébergement externe d’une tierce partie. Puis, après avoir ausculté le fichier, la DSI pourra le rapatrier dans un serveur maison.

Il en sera de même pour les applications téléchargées sur l’équipement mobile. Or, actuellement les offres de sauvegardes en ligne ou de diffusion d’applications en mode ASP, sont encore très parcellaires. Même si de telles offres existent déjà, elles s’adressent seulement à certains équipements bien spécifiques. Le marché est encore loin d’offres vraiment professionnelles et destinées à être intégrées dans des processus fonctionnels corporatifs.

Certains utilisateurs commencent par se faire les dents sur le marché grand public ou sur l’utilisation d’offres grand public au sein des organisations. Ce qui est encore plus stressant pour la DSI. Les problématiques rencontrées concernent l’étanchéité des hébergements, la localisation inconnue des données déposées, qui sont parfois réutilisées discrètement aux fins de marketing. Les niveaux de risque et de confiance sont difficiles à appréhender. Ce qui est contraire aux bonnes pratiques des DSI.

Développement débridé

En conclusion, si la tendance du développement débridé de l’informatique mobile se maintient, les mots vont manquer pour désigner la variété infinie des équipements concernés. Outre la terminologie, les DSI seront également confrontées aux problématiques des multiples modèles, pour le même équipement; aux multiples versions; aux incompatibilités récurrentes; à la myriade de failles de sécurité; à l’incontrôlable impact des gestes posés par les utilisateurs, qui considèrent qu’il s’agit de leur équipement, sans se soucier des maux de tête de la DSI.

Et, peut-être ont-ils raison? Les DSI vont devoir cogiter sur une politique régissant l’informatique mobile et traçant cette mince ligne verte entre les équipements gérés par la DSI et les équipements en mode libre-service gérés par les utilisateurs. Il est bien certain que les droits d’accès des uns ne seront pas les mêmes que ceux des autres, ni même les services dispensés par la DSI. Il est donc capital de faire attention à l’apparition d’une gadgétisation contrainte par la direction des services informatiques, sous la pression des utilisateurs.

Gérard Blanc est associé principal d’une firme conseil en gestion et en systèmes d’information.




Gérard Blanc

À propos de Gérard Blanc

Gérard Blanc est directeur conseil.