Les conférences du 20e anniversaire de Direction informatique: des défis, des enjeux et des promesses d’avenir


Alain Beaulieu et Jean Francois - 28/11/2008

Les enjeux liés à l’accroissement de la productivité, à l’intégration de la génération « Y », au développement durable et la fusion des TI et des affaires étaient au menu des célébrations du vingtième anniversaire de Direction informatique.

Le 25 novembre, Direction informatique fêtait son 20e anniversaire, et pour marquer l’occasion, une série de conférences avait lieu à Montréal. Les conférences ont abordé quatre thèmes particuliers, soit la productivité, les ressources humaines, le développement durable et de la fusion des affaires et des technologies de l’information.

Productivité : le manufacturier comme référence

Luc Poulin, vice-président marketing et communications au Groupe Créatech, a démontré, lors de sa présentation, les principes d’une approche visant à accroître l’efficacité et les retombées des processus administratifs et de gestion, inspirée du modèle de « Lean Manufacturing », en prenant pour exemple son entreprise qui a appliqué cette approche à l’interne. Mis au point initialement par Toyota dans les années 1970, ce modèle, comme son nom l’indique, a pour but d’accroître la performance des processus de fabrication, c’est-à-dire la productivité du fabricant et la qualité des produits fabriqués, tout en utilisant le moins de ressources possible. L’approche qui était au centre du propos de M. Poulin s’appelle « Lean Office ».

Le Groupe Créatech fournit des services en optimisation de la chaîne d’approvisionnement et en intégration de solutions en technologies de l’information à des organisations oeuvrant dans divers secteurs. Or, la firme désirait hausser sa performance, au niveau de la fourniture des services, de sorte à réduire les délais, et donc de fournir plus de services en un temps X, tout en augmentant la qualité des services fournis, et ce, par une utilisation judicieuse des TI.

Alors, en s’inspirant du « Lean Manufacturing », la firme a décidé de se concentrer sur les activités à valeur ajoutée, de faire en sorte de faciliter l’identification des problèmes, de permettre leur résolution à la base et de les documenter au profit de tous, dans une perspective de développement à long terme et d’amélioration continue. La nécessité d’établir une structure favorisant la communication entre les diverses unités d’affaires et départements de l’entreprise s’est vite imposée, d’autant plus que l’entreprise a des ressources dans les autres provinces canadiennes et à l’étranger, et cette structure a pris la forme d’un Comité aviseur des TI (CATI).

Greffé directement au directeur des TI, le CATI est composé de représentants des diverses parties prenantes de l’entreprise qui se rencontrent périodiquement pour revoir en collégialité les projets, les budgets et les priorités. En outre, le CATI est appelé à se prononcer sur les orientations stratégiques de l’entreprise et l’établissement des budgets.

Ressources humaines : l’avenir commence par « Y »

Vincent Tanguay, vice-président Innovation et transfert, région de Québec, au Cefrio, a pour sa part souligné l’important défi que représentera, pour l’industrie québécoise, l’intégration de la génération « Y », qui est née à l’ère d’Internet. Anticipant des bouleversements importants lorsque cette génération entrera sur le marché du travail, en termes d’organisation du travail et d’intégration des nouvelles technologies aux processus d’affaires, il croit que les organisations auront tout intérêt à leur donner les coudées franches. Donc, au lieu de chercher à les intégrer au moule culturel et aux façons de faire de l’organisation, ces dernières devront plutôt chercher à se transformer, à s’adapter aux nouvelles façons de faire qu’ils introduiront dans l’organisation.

De la même manière que la génération de l’après-guerre a introduit des changements importants dans la société, qui ont été source de frictions et de conflits à l’époque et dont aujourd’hui on ne remet pas en question la justesse, la génération « Y » apportera son lot de changements dans la société et dans les organisations. Bien qu’il soit très difficile de prédire l’avenir et par conséquent d’identifier les changements qui seront durables et bénéfiques pour les organisations, M. Tanguay est persuadé que les techniques et les outils issus du Web 2.0 que les jeunes utilisent intensément aujourd’hui auront un impact décisif et bénéfique sur les processus organisationnels, tout comme leur philosophie particulière quant à la gratuité des contenus, des services et des applications disponibles sur Internet.

C’est dans cette perspective qu’il croit qu’à l’avenir l’environnement organisationnel sera plus éclaté, que les employés, collègues et partenaires collaboreront de façon plus intense et avec plus de flexibilité et que les organisations évolueront de façon plus rapide. D’une société de l’information, nous évoluerons vers une société de la création.

« Si on se compare, par exemple, au Québec d’il y a 15 ans, on est dans un autre monde, lance-t-il. Totalement! Qui aurait pu prédire que l’Internet se serait autant développé? En 1995, il y avait à peine plus de 250 sites Web au Québec, alors que quatre ans plus tard, plus de la moitié des entreprises du Québec interdisaient à leurs employés de naviguer sur Internet au travail. Personne aujourd’hui ne pourrait s’en passer au travail : on trouve presque tout sur Internet. Je crois qu’à l’avenir, il faudra amener les organisations à travailler davantage en réseau et que les jeunes, en transposant les technologies qu’ils utilisent dans leur vie courant au travail, vont aider à ce que ça se fasse. Il faut s’occuper des jeunes, les autres vont suivre. »

Développement durable : évaluer et saisir

En matière de développement durable, Daniel Paré, directeur exécutif du développement d’offres et gestionnaire de projet chez IBM Canada, a fait état, durant sa présentation, des initiatives qui ont été déployées à l’usine de micro-électronique de l’entreprise à Bromont au cours des dernières années. Ces initiatives ont permis de réduire de 50 % les émissions de carbone sur dix ans, d’atteindre un taux de recyclage de 93 % et de réduire la consommation d’eau de 4 % sur cinq ans.

En soulignant que les coûts d’obtention de l’énergie au Québec pour l’exploitation d’actifs technologiques seront éventuellement appelés à grimper, il a indiqué qu’il fallait ajouter aux coûts énergétiques liés à l’exploitation des TI les coûts liés à la réfrigération et à la ventilation, qui sont non négligeables. Il a notamment fait état d’équipements mal réfrigérés, tout comme de salles informatiques trop froides. M. Paré a incité l’auditoire à produire un diagnostic de l’état des TI dans les centres de données, afin d’identifier des objectifs à atteindre en matière d’efficacité, mais surtout à ne pas attendre que la hausse des coûts survienne pour passer à l’action.

Jean-François Léonard, associé principal de la firme Écotransition qui produit des plans de développement durable et propose des services d’accompagnement dans ce domaine, a pour sa part établi un portrait de l’évolution des impacts de l’activité humaine sur l’environnement. D’une façon très imagée, il a fait état d’un coffre d’outils dont les organisations peuvent bénéficier pour effectuer un véritable virage vert, dont les principes s’appliquent autant à l’emploi des technologies de l’information dans les organisations que pour les entreprises mêmes qui oeuvrent dans le secteur des TI.

Il a également prôné la sensibilisation et le passage à l’action de façon active et hâtive afin éviter que des situations entravent la progression des organisations. Il a donné l’exemple de l’application de la norme européenne ROHS, qui a trait à la présence de matières dangereuses dans les produits électroniques, qui a forcé des dizaines de PME québécoises à cesser leur production jusqu’à ce qu’elles aient terminé leur adaptation. Il a également souligné l’importance d’opter pour le développement durable lorsque l’organisation est dans un état d’esprit de conviction du caractère essentiel d’une telle démarche.

Fusion des TI et des affaires

Thème principal de l’événement, l’abolition du « mur de verre » entre les TI et affaires était au coeur de la conférence de Sébastien Blais, associé responsable du service de stratégie des technologies du cabinet de Montréal de la firme Deloitte. M. Blais a fondé ses propos sur les résultats d’un sondage réalisé par sa firme plus tôt cette année auprès des dirigeants des institutions bancaires canadiennes. Le rapport d’analyse de ce sondage, intitulé Gérer les TI comme une entreprise, est disponible en téléchargement sur le site de Deloitte .

Afin de traverser la frontière qui les sépare, il a invité les dirigeants des TI a éviter d’utiliser un langage qui trop technique qui est étranger à la haute direction et d’adopter le vocabulaire de la création de la valeur, qui est plus universel auprès des dirigeants et qui a l’avantage de démontrer son objectif.

Évidemment, cela suppose qu’il faut choisir de réaliser des projets de TI qui sont créateur de valeur pour l’organisation, un devoir que devra d’abord faire la direction informatique, et qui prend encore plus de signification dans le contexte économique actuel.

De son côté, Claude Vigeant, président de la firme OKIOK, spécialisée dans le domaine de la sécurité de l’information, a conclu ce volet de conférences en prenant en exemple le contexte de la gestion des identités et des accès comme une voie d’avenir au carrefour des TI et des affaires. Selon lui, ce créneau particulier de la gestion des accès démontre à quel point il est important que divers secteurs de l’entreprise, trop souvent habitués à fonctionner en silos, doivent développer un réflexe transversal afin de bien gérer le type d’accès à l’information des individus au sein de l’organisation. Une telle approche exhaustive et complète d’appréhender la sécurité de l’information permettra à l’entreprise d’éviter des fuites d’information qui dégénèrent en scandale, comme l’actualité nous l’a trop souvent démontré.

Alain Beaulieu est adjoint au rédacteur en chef et Jean-François Ferland est journaliste au magazine Direction informatique.