Les entreprises canadiennes n’innovent pas assez


Alain Beaulieu - 30/04/2009

Un rapport du Conseil des académies canadiennes met en lumière le retard accumulé au chapitre de l’innovation par les entreprises canadiennes sur leurs pendants des autres pays aux économies avancées.

En période de crise économique, le retard accumulé au chapitre de l’innovation peut être fatal à l’économie d’un pays et aux entreprises qui la composent, parce qu’il ne permet pas d’obtenir un niveau de productivité aussi important que les économies qui investissent beaucoup en R&D. Or, un rapport de recherche rendu public par le Conseil des académies canadiennes conclut que le Canada a accumulé un retard important à ce chapitre par rapport aux États-Unis et de nombreux autres pays aux économies avancées. Le retard s’est accentué au cours des 25 dernières années.

Le rapport « Innovation et stratégies d’entreprise : pourquoi le Canada n’est pas à la hauteur » s’appuie sur des données et des statistiques remontant jusqu’à 50 ans qui ont été établies par diverses agences nationales et internationales. Le rapport est l’oeuvre d’un comité de 18 experts du monde des affaires, des syndicats et de la recherche universitaire qui a été présidé par Robert Brown, le président du conseil et président-directeur général du fabricant montréalais de simulateurs de vol CAE.

Le concept d’innovation retenu par le comité d’experts est général. Se référant davantage à un processus économique qu’à une activité qui relève du secteur scientifique, il inclut non seulement les résultats de projets de R&D, mais également les activités quotidiennes des entreprises. La définition de l’innovation retenue par le comité consiste en la mise en oeuvre des inventions permettant à l’entreprise d’être plus performante et de mieux répondre aux besoins de sa clientèle. L’innovation permet donc aux entreprises d’être plus compétitives et, ce faisant, de créer de la richesse et d’augmenter le niveau de vie de la collectivité.

Le comité, dont les travaux menant à ce rapport ont débuté en 2007, conclut que le manque d’innovation des entreprises canadiennes est la principale cause de la faiblesse de la productivité au Canada et compromet la prospérité future du pays. La situation est d’autant plus préoccupante que l’économie canadienne, tout comme celle des autres pays aux économies avancées, se trouve désormais dans une situation de crise et que l’avenir est plus incertain que jamais.

La cause du manque d’innovation des entreprises canadiennes est qu’elles n’accordent pas à l’innovation, au niveau de leurs stratégies d’entreprise, un rôle clé permettant de renforcer leur compétitivité. « Trop peu d’entreprises et d’entrepreneurs canadiens choisissent des stratégies qui mettent l’accent sur l’innovation », déplore Robert Brown.

Les auteurs de l’étude attribuent cette attitude des entreprises canadiennes au poids de l’histoire, le pays continuant d’occuper sur le marché mondial un rôle essentiellement de fournisseur de ressources premières qui adopte des technologies élaborées ailleurs. Ils pointent également vers la faiblesse du marché intérieur qui permet difficilement de rentabiliser de gros investissements en R&D.

Déjà en 2007, le taux de dépenses des entreprises en R&D, en référence au produit intérieur brut (PIB), était en baisse de 20 % par rapport à 2001. La productivité des entreprises canadiennes avait aussi chuté de 14 points de pourcentage de son équivalent américain par rapport à 1984, ce qui a amené Industrie Canada à demander au Conseil des académies canadiennes de se pencher sur la question à l’automne de 2007.

Des « suiveuses » technologiques

Au chapitre plus précis du recours aux technologies de l’information et des communications (TIC), le comité soutient que les entreprises canadiennes ont pris un retard important à ce niveau, ayant un taux d’investissement dans les TIC par travailleur de 40 % inférieur à celui des entreprises américaines. Ce qui l’amène à conclure que les entreprises canadiennes ne sont pas, en général, des chefs de file dans le domaine technologique, mais plutôt des « suiveuses ». En plus de permettre de réduire les coûts et de hausser la productivité des entreprises, les TIC permettent d’élaborer de nouveaux schémas pour répondre aux besoins de la clientèle.

En outre, le fait que les PME canadiennes adoptent plus lentement les nouvelles TIC que leurs pendants américains a contribué, estiment les auteurs du rapport, à élargir le fossé qui sépare les deux pays au niveau des investissements dans les TIC, et ce, dès les années 1990. En retour, en réduisant les débouchés au Canada pour les TIC développées ici, le fossé a eu un impact important sur le développement des secteurs produisant les TIC. La raréfaction croissante des ressources compétentes en TIC au pays compromet aussi le développement futur de l’industrie des TIC.

Le Comité espère que le rapport permettra aux dirigeants politiques de mieux comprendre les facteurs qui influencent le taux d’innovation des entreprises canadiennes et, ce faisant, soient en mesure de prendre des décisions éclairées permettant de hausser leur potentiel d’innovation. Déjà, à la publication de la version préliminaire du rapport – sa version longue sera disponible en juin – les ministres fédéraux de l’Industrie et d’État aux Sciences et à la Technologie ont accueilli favorablement ses conclusions et affirment en avoir pris bonne note.

« Ce rapport aidera les gouvernements et le secteur des sciences et de la technologie à mieux comprendre les investissements des entreprises canadiennes dans l’innovation et à déterminer dans quels domaines des améliorations doivent être apportées », a confirmé le ministre de l’Industrie, Tony Clement. Ce dernier a rappelé que le budget de 2009 du gouvernement fédéral prévoyait plus de 5,1 milliards de dollars pour financer des initiatives liées aux sciences et à la technologie.

« Nous espérons que ce rapport suscitera un nouveau débat sur l’innovation au Canada, un débat qui se concentre sur les facteurs influençant l’adoption de stratégies d’entreprise axées sur l’innovation, d’ajouter Robert Brown. […] Les nombreux exemples particuliers de réussites d’entreprises canadiennes innovantes démontrent qu’il n’y a rien d’inné dans le caractère du pays qui empêche les entreprises canadiennes d’être tout aussi innovantes et productives que celles d’autres nations. »

Alain Beaulieu est adjoint au rédacteur en chef au magazine Direction informatique.




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