Les IFRS déboulent… les TI seront-elles prêtes à temps?


Gérard Blanc - 20/02/2009

Il ne s’agit plus de savoir si les normes internationales d’information financière IFRS (International Financial Report Standard) seront implantées ou non. Ni même de savoir quand. Ce qui reste à savoir, ce sont les impacts financiers et technologiques qu’ils auront sur les organisations. Et, surtout, si les départements de TI ont assez de temps pour respecter le délai.

La problématique

Les récents scandales financiers ont jeté sur la paille quantité de petits investisseurs, floué de nombreux autres et asséné quelques coups disgracieux au plus gros. Investir, même dans des organisations multinationales et de renoms, semble devenir un sport extrême pour les particuliers, les entreprises et les organisations spécialisés en la matière. Plusieurs têtes, et des plus connues, n’ont-elles pas roulé sous la guillotine des pertes, des mauvais rendements et autres scandales et arnaques financières en vogue? Il semble clair qu’il y avait du ménage à faire en la matière et de l’ordre à remettre dans les pratiques. C’est ce que semblent vouloir apporter les IFRS.

Les faits

Sans introduire des concepts très ardus, la conversion aux IFRS va malgré tout toucher profondément les organisations, ce qui va en complexifier l’application. Une nouvelle façon de voir les finances de l’organisation, cela va affecter la comptabilité, les états financiers, la valeur des actifs, le niveau des passifs, la notion de dettes, les aspects fiscaux et les amortissements des acquis. Mais cela va aussi chambouler tous les systèmes informatiques sous jacents qui chapeautent le tout. Les expertises nécessaires vont être modifiées, de même que les contrôles et les audits. Un vent de changement est en voie de souffler sur les TI et il faudra y faire face. Une date butoir est imposée et aucune dérogation n’est permise. La survie de l’organisation et sa réputation sont en jeux.

• Le point sur les IFRS

Les IFRS s’appliqueront aux états financiers annuels et intermédiaires relatifs aux exercices ouverts à compter du 1er janvier 2011. C’est donc en 2011 que le Canada fera officiellement sont passage à l’utilisation des nouvelles normes comptables internationales. Si le Canada est en avance sur les États-Unis qui franchiront le pas en 2014, ces normes sont déjà largement utilisées ailleurs dans le monde. Ainsi, l’Union européenne utilise les IFRS depuis 2005, lesquelles agissent en qualité de normes internationales exécutoires. Cependant, les organisations canadiennes devront commencer à recueillir des données conformes aux IFRS en 2010 pour les présenter à des fins de comparaison dans leurs états financiers de 2011 établis selon les IFRS.

• Qui est concerné?

Le Conseil des normes comptables (CNC) du Canada en est venu à désigner comme cibles pour les IFRS, toutes les organisations ayant une obligation publique de rendre des comptes. Cette expression englobe les sociétés par actions, de même que les sociétés qui détiennent des actifs en qualité de fiduciaires pour le compte de groupes de tiers, tels que les banques, les coopératives d’épargnes et de crédits, les sociétés d’assurances, les organismes de placement collectif et les maisons de courtage de valeurs et certaines sociétés d’État. Pour les autres, le CNC n’a pas encore statué, pour l’instant, sur la stratégie qui s’appliquera, en matière de normes comptables, aux sociétés fermées et aux organismes sans but lucratif (OSBL). Mais ces entités pourront-elles rester longtemps en dehors des normes internationales?

• Les autres avantages anticipés du passage aux IFRS?

Les spécialistes en la matière se prononcent un peu tous sur le sujet et ils sont généralement d’accord sur le fait que l’utilisation des IFRS devrait être à la fois un outil qui permet aux organisations de fournir à leurs actionnaires et aux organismes de réglementation des informations financières plus transparentes et plus comparables, un point d’accès qui permet aux organisations d’avoir plus facilement accès à des capitaux étrangers et leur ouvre des possibilités d’investissement à l’étranger. Sur le plan commercial, cela constituerait un levier permettant aux sociétés canadiennes d’accroître leur rayon d’action à l’échelle de la planète, dans un contexte de mondialisation.

• Le faux sentiment de confiance

Plusieurs organisations ont déjà procédé à une évaluation de la situation de leur aspect financier face à leur obligation de satisfaire aux IFRS. Il en demeure que plusieurs organisations, qui estiment qu’elles feront face à des impacts financiers mineurs, en ont conclu que les impacts seront également mineurs sur le plan technologique. Or, la corrélation entre les impacts financiers et les impacts technologiques n’est absolument pas proportionnelle et totalement indépendante. Les impacts, leur importance, leur niveau critique, leurs coûts, leurs difficultés et le délai nécessaire pour les corriger, dépendent uniquement du type de système d’information en place et du système comptable utilisé.

Certes, l’inverse est également possible, si l’organisation fait face à de nombreux impacts financiers, mais dispose d’un système d’information éminemment paramétrable. Il reste que dans un cas comme dans l’autre, un diagnostic semble bel et bien nécessaire et rapidement. Ne fut-ce que pour baisser le niveau de stress du responsable informatique. Une fois en possession de l’information pertinente, tout deviendra alors une affaire de planification et de moyens. C’est de la gestion de projet. Tout pronostic avant une évaluation conforme relève du don d’ubiquité. Procéder au diagnostic relève de la gestion du risque.

• Les deux valeurs du temps

Le temps, lorsqu’il y a une date butoir impérative, se calcule à rebrousse-poil. Or, pour les IFRS, la date fatidique est le 1er janvier 2011. À cette date, les organisations concernées devront présenter des états financiers comparatifs totalement conformes aux IFRS. Pour le responsable financier, il lui reste encore à présenter les états financiers de 2009 et de 2010, soit deux ans, avant d’arriver avec ses états financiers IFRS.

Pour le responsable des TI, les états financiers présentés au début de 2011 sont composés des données accumulées sur toute l’année 2010, sous le nouveau format IFRS, par le système comptable. Les systèmes d’information, et plus particulièrement le système comptable, devront donc avoir été convertis aux IFRS avant le début de 2010, sous peine de devoir faire tout le travail « à la mitaine » en fin d’année. D’autant plus qu’en 2010, on devra présenter une double comptabilité PCGR (pratiques comptables généralement reconnues) et IFRS pour avoir des états financiers comparatifs au début de 2011. Mais pour pouvoir accumuler les données de cette double comptabilité nécessaire pour 2010, le département des TI n’a que l’année 2009 pour se mettre aux normes. Faisable, mais peut être court tant qu’un diagnostic n’a pas conformé l’ampleur de la tâche.

• Les zones de changements anticipés

Les changements à apporter aux systèmes informatiques, lors de la conversion aux IFRS, peuvent se classer en trois grands types. Premièrement, les données devront être modifiées, car l’application des IFRS va exiger le traitement de nouvelles données produire de nouvelles informations. La configuration et les paramètres des systèmes devront aussi être changés, afin de les rendre conformes aux exigences de résultats des IFRS. Enfin, les rapports devront aussi être transformés, et de façon importante, pour tenir compte de la différence conceptuelle entre les standards comptables actuels et les nouvelles normes IFRS.

Conclusion

Le passage des PCGR aux IFRS est sans conteste une activité qui s’adresse directement au secteur financier de l’organisation. Mais les impacts sur les TI ne sont pas secondaires. Le temps nécessaire pour procéder à la migration pourrait bien être sans commune mesure entre les TI et les pratiques comptables. Les impacts sur les budgets pourraient bien aussi être proportionnels aux délais. Le temps disponible pour les TI semble déjà bien entamé, les expertises disponibles sont éparses et pourraient bien devenir très rares et très chères. Aussi, les responsables des TI devraient rapidement mettre les IFRS à leur agenda, entamer les discussions nécessaires avec leurs confrères du département des finances, poser le problème des impacts budgétaires à la haute direction, recenser les expertises accessibles et envisager rapidement un diagnostic des impacts sur les systèmes d’information et les ressources informatiques. Il ne semble pas que quiconque ait le loisir de se trainer les pieds en la circonstance.

Pour en savoir plus sur les IFRS, le site résumé de l’IASB ( International Accounting Standards Board ).

Gérard Blanc, M.Sc, CMC, Adm.A, est directeur conseil en gestion chez DMR- Fujitsu




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À propos de Gérard Blanc

Gérard Blanc est directeur conseil.