Les mille et un talents de Louis Têtu


André Ouellet - 22/09/2006

PERSONNALITÉ DU MOIS Louis Têtu, président exécutif du conseil de la société Taleo, est la personnalité du mois de juillet 2006 en TI au Québec.

Il y a des idées si ingénieuses et si simples à la fois qu’on se demande pourquoi on ne les a pas eues. Lorsque, en 1999, Louis Têtu et un associé lancent l’entreprise qui deviendra Taleo, ils fondent leur plan d’affaires sur cette prémisse : les entreprises recherchent des moyens de gérer leurs compétences, exercice rendu difficile par des facteurs telles la rareté de la main-d’oeuvre et la grande mobilité des employés.

Six ans plus tard, alors que l’entreprise a accumulé un chiffre d’affaires de quelque 300 millions de dollars, force est de constater que l’idée avait du bon. Le service logiciel de gestion du talent de Taleo est utilisé par 750 000 utilisateurs, répartis dans plus d’une centaine de pays. Trente et un pour cent des entreprises de la liste Fortune 100 figurent parmi ses clients.

« La demande est forte, indique Louis Têtu, aujourd’hui président exécutif du conseil d’administration de Taleo. Les organisations veulent connaître les compétences des employés, les certifications qu’ils ont obtenues, leurs aspirations professionnelles, leur niveau d’expertise… »

Ces informations permettent de brosser le tableau du talent existant au sein d’une entreprise. La raison d’être de Taleo : aider à le gérer. Quatorze millions de transactions par jour sont traitées par le logiciel développé à cette fin par l’organisation de Louis Têtu. « Nous avons pratiquement créé un standard », dit-il. Aussi, la croissance de Taleo se poursuit-elle : la direction entrevoit un chiffre d’affaires de 95 millions de dollars US cette année, comparativement à 78 millions en 2005. L’entreprise laisse ses plus proches concurrents loin derrière elle.

Parcours éloquent

Rien de bien nouveau pour Louis Têtu, cet habitué des longueurs d’avance. Au moment où il termine ses études en génie industriel, à 20 ans, on dit qu’il est le plus jeune ingénieur au pays. Quelques années plus tard, il deviendra le plus jeune haut dirigeant à l’emploi de la société Baan SCS, multinationale du génie logiciel.

Il a mené l’ensemble de sa fructueuse carrière depuis la ville de Québec, où il est né et a grandi. Fraîchement diplômé, il passe une année chez Bell Canada, puis deux au sein d’une firme de génie-conseil. Avec son frère, il fonde ensuite le Groupe Berclain, en 1989. Leur créneau : un logiciel d’optimisation des différents aspects de la production manufacturière. Louis Têtu se charge de l’expansion commerciale, et l’entreprise connaît un vif succès; Berclain étend ses activités au Canada, aux États-Unis, en Europe et en Asie.

En 1996, l’entreprise familiale est rachetée par Baan SCS. Louis Têtu prend la tête de la division mondiale de la gestion de la chaîne d’approvisionnement au sein de cette société. Père de jeunes enfants, il se lasse des déplacements fréquents, toutefois. Au bout de deux ans, il quitte Baan pour investir dans diverses affaires, dont le site Web Viasite, exploité par un ami et qui se consacre aux offres d’emploi. Bien qu’à cette époque, Viasite trône au sommet des entreprises canadiennes dans ce secteur particulier, Louis Têtu et ses associés préfèrent vendre à Québecor Média après quelques mois.

« Nous savions que nous ne pouvions rester concurrentiels face aux très grandes sociétés, explique-t-il… Nous pensions que les entreprises avaient davantage besoin de solutions au problème que représente la sélection de personnel qualifié que de sites d’emplois. »

Mot d’ordre : le talent

L’idée avait germé. En 1999, Louis Têtu cofonde Recruitsoft. La nouvelle firme ne compte que deux dirigeants et trois employés, mais en l’espace de deux mois, elle engage 60 développeurs. Dès le début de 2000, la première version du système de gestion du talent est créée. Louis Têtu revient au domaine qu’il connaît le mieux : le logiciel d’entreprise.

Recruitsoft devient publique en 2004. Elle prend alors le nom de Taleo, reflet plus fidèle de sa vocation, davantage axée sur le talent que le recrutement. Le siège social est établi à San Francisco, mais Québec conserve plus de 300 des 550 employés que compte l’entreprise à l’échelle mondiale. Et ce, malgré le fait que Taleo tire moins de 5 % de ses revenus du marché canadien. Toutes les activités de R-D sont concentrées dans la Vieille Capitale.

Au fil des ans, Taleo et Louis Têtu ont engrangé les honneurs : entreprise de l’année au concours Mercuriades 2003, finaliste du Grand Prix de l’Entrepreneur 2006 décerné par la firme Ernst & Young et le prix CIO 100 du magazine CIO en 2006, notamment. Au rythme où vont les choses, ce ne sont sans doute pas les derniers.

Le choix de la Personnalité du mois en TI au Québec est le fruit d’une collaboration entre la Fédération de l’informatique du Québec, Direction informatique et de nombreux partenaires.