Les nouveaux défis de Gilles Bertrand


André Ouellet - 05/10/2006

PERSONNALITÉ DU MOIS Gilles Bertrand, jusqu’à tout récemment directeur général de l’Alliance numériqc, est la personnalité du mois d’août 2006 en TI au Québec.

Après cinq années à la barre d’Alliance numériqc, Gilles Bertrand a donné sa démission au conseil d’administration. Cinq années au cours desquelles il a piloté des dossiers délicats : la restructuration de l’organisation, née de la fusion de trois associations, sa rentabilisation, l’augmentation de son autofinancement et l’accroissement du nombre de ses membres.

Ayant accompli les objectifs qu’il s’était fixés, il tire sa révérence. « Lorsque j’ai atteint le but recherché, que le travail devient répétitif, je préfère passer à autre chose, explique-t-il. Je ne peux pas travailler sans avoir de défis à relever. »

Les prochains qu’il relèvera seront du domaine privé surtout car, cette fois, il rentre chez lui. Il a bien reçu des offres de travail, mais les a refusées. Difficile de croire, pour qui l’a côtoyé, que cette boule d’énergie s’en va à la retraite. En fait, ce n’est pas vraiment le cas. Plutôt, il s’accorde une période de réflexion de six mois, question de vérifier s’il peut vivre sans la stimulation des activités professionnelles. « Je me garde une porte de sortie », avoue-t-il.

Pour lui, son passage à l’Alliance numériqc lui a permis de faire la synthèse de tout ce qu’il a appris au cours de sa vaste carrière, amalgame entre la technologie, les affaires et la pédagogie.

L’école : un tremplin

C’est dans l’enseignement que tout a débuté, en 1965. Détenteur de diplômes universitaires en biologie et en biochimie, il préfère le milieu scolaire à celui des laboratoires. Il enseigne pendant dix ans, avant de devenir conseiller à la négociation des conventions collectives à l’Alliance des professeurs de Montréal. Il y reçoit son baptême de feu en matière de gestion. Parallèlement, il poursuit des études qui le conduisent à l’obtention d’un MBA, en 1977.

Les progrès de l’informatique lui ouvrent les yeux sur la valeur pédagogique de cette discipline. Avec un partenaire, il fonde le Centre de recherche sur les applications pédagogiques de l’ordinateur (CRAPO), en 1979. Il assume la direction générale de cette organisation pendant un an, le temps de la mettre fermement sur pied. Sentant la routine s’installer, il passe à une autre étape.

De pédagogue à homme d’affaires

Il poursuit son chemin dans le secteur privé en se joignant à Extra Ordinateur, l’un des principaux fabricants de PC au pays, qui devient Comterm quelques mois après. En sa qualité de directeur des ventes et du marketing pour le secteur de l’éducation, Gilles Bertrand négocie le contrat de vente de 9 000 ordinateurs destinés aux écoles du Québec, les tout premiers qu’achètent les commissions scolaires. Prévue à 22 millions de dollars au départ, la valeur de ce contrat atteindra finalement 35 millions. Jolie somme.

En dépit du fiasco qu’a été « l’affaire Comterm-Matra », il n’a aucun regret. L’entreprise n’était pas responsable de cet échec, juge-t-il. Quant à lui, il a la certitude d’avoir bien fait son travail. Plus encore, il croit que son séjour chez Comterm représente l’une des périodes les plus exaltantes de sa carrière, au cours de laquelle il a véritablement fait le saut de la pédagogie aux affaires.

En 1985, il devient consultant au ministère de l’Éducation. Son passage au MEQ dure trois ans et demi. Il met alors sur pied les centres d’enrichissement en micro-informatique scolaire (CEMIS).

Il se joint ensuite à la Société GRICS (Gestion du réseau informatique des commissions scolaires), en tant que secrétaire général et vice-président des ventes et du marketing. Dirigeant une équipe comprenant une trentaine de personnes, il participe au développement international de l’organisation et à son expansion vers le marché des municipalités. À cet effet, il fonde M2E, entreprise dérivée de la GRICS, dont il devient pdg. Le développement de M2E ne se déroule pas comme il le prévoyait, toutefois. Il quitte la Société GRICS après dix années de service, et accepte l’offre que lui fait l’Alliance numériqc.

Actif sur toute la ligne

L’intense activité qu’il déploie ne se limite pas au bureau. Ardent bénévole, il a largement participé à l’essor de la Fédération de l’informatique du Québec (FIQ) pendant une dizaine d’années, sa contribution culminant avec son mandat de deux ans à la présidence de l’organisme.

Adepte de la forme physique, il croit que l’efficacité au travail passe par la santé. Ayant atteint la soixantaine, il dit n’avoir rien perdu de l’énergie de ses 40 ans. Aujourd’hui grand-papa, il entend consacrer davantage de temps à sa famille, sa toute priorité depuis toujours.

Il y a quelques années, il confiait à un journaliste que la retraite n’a rien à voir avec l’âge ou l’argent. On y arrive quand les défis personnels remplacent les défis professionnels, disait-il. Gilles Bertrand a-t-il atteint cette étape? Peut-être, mais ceux qui le connaissent n’hésiteront pas à parier son retour éventuel dans le monde du travail.

Le choix de la Personnalité du mois en TI au Québec est le fruit d’une collaboration entre la Fédération de l’informatique du Québec, Direction informatique et de nombreux partenaires.