Les temps changent, mais faut-il changer d’ordinateur?


Nelson Dumais - 30/01/2009

La quête continue de puissance est-elle révolue? Pouvons-nous nous satisfaire des ordinateurs que nous avons, voire les améliorer plutôt que de les remplacer?

Si j’étais avocat, prédicateur, professeur émérite ou journaliste pédant, je commencerais cette chronique par un adage immémorial que certains attribuent au poète romain Ovide. « Tempora mutantur et nos mutantur in illis », ce qui signifie, comme vous l’avez sûrement deviné, que les temps changent et que nous changeons avec eux.

Pour me suivre, comparez votre premier achat d’ordinateur avec votre dernier, votre premier achat de disque rigide avec le dernier et votre premier achat d’imprimante avec le dernier.

Je vais commencer, question de vous mettre en appétit :

Ordinateurs :

Printemps 1984 : Macintosh 128, RAM de 128 Ko, lecteur de disquettes 400 Ko externe, affichage 9 pouces N&B: 5 000 $… taxe incluse.

Été 1994 : AST 486DX4, RAM de 32 Mo, DD de 2 Go, affichage CRT 17 pouces d’AST (Samsung) : 3 000 $.

Automne 2006 : Intel Core 2 de 2,4 GHz, RAM de 2 Go, DD de 300 Go, affichage ACL 17 pouces de Sony : 1 500 $.

Disques rigides :

Automne 1985 : Disque rigide externe SCSI de 30 Mo, une rareté signée Rodime que des amis venaient voir, 1 500 $.

Aux alentours de 1996 (il me semble) : j’achetais des DD pour environ 100 $ le Mo.

Hiver 2008-09 : Disque rigide interne SATA de 1 To, un Seagate Barracuda, 120 $.

Imprimantes laser :

Automne 1986 : LaserWriter Plus d’Apple, laser à 300 ppp, 7 500 $ (vendue 1 000 $ dix ans plus tard à quelqu’un qui s’en sert encore).

Été 1995 : LaserJet 4 de HP, laser à 600 ppp, 2 700 $ (donnée dix ans plus tard à quelqu’un qui s’en sert encore).

Automne 2005 : MFC7820N de Brother, multifonction laser à 1 200 ppp, 250 $.

Premier constat : quelque 20 ans après mon premier achat, j’ai pu me procurer un ordinateur à des années-lumière de puissance pour trois fois moins d’argent, un disque rigide 300 000 fois plus spacieux, beaucoup plus robuste et incroyablement plus rapide pour 10 % de la somme initiale, ainsi qu’une laser trois fois plus précise, plus polyvalente et aussi increvable, pour 30 fois moins d’argent.

Deuxième constat : mon dernier ordi a été acheté il y a plus de deux ans et ma dernière imprimante, il y a plus de trois ans. Par contre, je viens de m’offrir un gros disque rigide. Que dégager de tout cela, sinon que j’ai commencé à faire comme plusieurs d’entre vous, c’est-à-dire optimiser mon actif au lieu de le remplacer. Je ne parle pas de faire du neuf avec du vieux, mais de revoir la définition de « vieux ».

Ainsi, mon PC Core 2 roule à tombeau ouvert sous Vista 64. Il est vrai qu’en passant à cette version de Windows l’été dernier, j’ai augmenté la RAM à 4 Go et j’ai ajouté un deuxième disque (Barracuda de 500 Go), une dépense totale de quelque 300 $. Depuis, je fais partie de ceux qui ne chialent jamais contre Vista. Il y a effectivement une bonne différence en vitesse et en stabilité entre Vista 32 et 64, même en conservant l’interface Aero.

Pour tout avouer, ce PC qui n’est pourtant pas un quadricoeur va aussi vite que mon Thinkpad sous XP Home, un bloc-notes très bien nanti, incluant le WiFi 11g et une base de raccordement, que j’ai payé 2 000 $ il y a trois ans. L’erreur à faire serait de lui installer Vista. Mais pourquoi le ferais-je? Garni comme il est présentement, cet ordi fait parfaitement bien ce que je veux qu’il fasse. Il a peut-être trois ans, mais il est loin de s’approcher du crépuscule de l’obsolescence. Il m’est encore très utile et il me satisfait.

Qu’ai-je fait? J’ai simplement tiré profit du fait que Microsoft offre deux bons systèmes d’exploitation : Windows XP SP3 et Windows Vista 64 SP1. L’un convient parfaitement à la plate-forme Centrino qui articule mon Thinkpad, l’autre à un double cœur renforcé du côté RAM. Avant, il y a peut-être deux ans, j’aurais agi autrement. J’aurais recyclé ces ordinateurs dans ma famille et m’en serais procuré de plus puissants.

Et regardez la tendance. Microsoft lancera Windows 7 vers septembre de cette année. Si je me fie aux tests auxquels je me livre présentement avec une version bêta, ce système me semble au moins aussi rapide que Vista 64. Autrement dit, Win 7 fera tout ce que Vista 64 arrive à faire dans un PC donné, mais aussi vite, sinon plus, et avec plus de potentiel. Donc, il ne sera pas nécessaire d’aller s’acheter un plus gros PC à l’automne si, comme moi, on a déjà un double cœur.

Et allez fouiner sur le Net. Vous constaterez que ce qui se vend allègrement, ces temps-ci, ce ne sont pas des ordis de table ou des blocs-notes, mais des Netbooks et des Ultra Thin ou Ultra Light PC. Ces machines sont assez robustes pour faire l’essentiel : courriel, Web, traitement de texte, chat et finances personnelles, mais elles sont incapables de se prêter aux jeux vidéo et n’ont absolument pas l’allure d’un MacBook Pro d’Apple. En revanche, elles coûtent le tiers du prix de ce qu’une configuration analogue, dans un vrai PC, pouvait coûter il y a deux ans. La firme de recherche IDC prévoit qu’il s’en vendra 21 millions cette année, comparativement à 11 millions l’an dernier et à 182 000 en 2007.

Autrement dit, aidés en cela par la crise financière et la récession, les gens semblent avoir mis un holà sur leurs aspirations de puissance. Ils semblent vouloir appliquer dans leur vie privée le principe du good enough computing qui fit son apparition en giron corpo durant la première moitié de la décennie. Pour refléter la réalité des gens d’ici, on pourrait traduire par « système quand même acceptable », entendre, « système qui fait la job ».

Ce phénomène paraît même du côté logiciel. Tandis qu’en entreprise on a de plus en plus recours à des services Web et qu’on met de plus en plus à l’épreuve les grands logiciels de virtualisation (ce qui réduit le nombre de machines nécessaires), les gens chez eux commencent à utiliser des services comme Google Docs. Regardez dans votre entourage et dénombrez les utilisateurs d’OpenOffice.org, de Lotus Symphony, de Gimp, de Thunderbird et autres applications gratuites. Dans le mien d’entourage, la majorité se sert d’une version piratée de Microsoft Office ou de Photoshop, mais j’ai l’impression qu’il y en a plus maintenant que l’an dernier qui utilisent des gratuiciels Open Source. Pourquoi payer si ce n’est pas nécessaire? Peut-on arriver aux mêmes résultats pour moins d’argent?

Et si les fabricants de logiciels agissent comme Microsoft semble vouloir le faire avec Windows 7, si les gens se mettent à optimiser leurs équipements au lieu de s’en débarrasser, peut-être commencerons-nous à voir apparaître des dispositifs qui viennent agréablement compléter un petit réseau maison. Au lieu d’acheter un PC, on voudra mieux intégrer son multimédia, on s’offrira une meilleure imprimante, un scanneur photo, un appareil photo plus évolué.

Par exemple, cette semaine, je mettais à l’essai un serveur domestique fabriqué par HP, le MediaSmart Server. Pour la coquette somme de 750 $, vous devenez proprio d’un ordi sous Windows Home Server (WHS), un système d’exploitation qui découle de Windows Server 2003. Dès lors, l’archivage de tous vos ordis domestiques, Mac ou Windows, devient un automatisme quotidien, tous vos fichiers multimédias sont offerts en partage à tous les ordis du réseau, vous pouvez vous connecter de partout au monde sur ce serveur pour accéder à vous fichiers ou écouter vos MP3 préférés et ainsi de suite.

Le point sur lequel je veux insister est que pour une somme d’argent qui, il n’y a pas si longtemps, aurait été affectée à un changement de PC ou à l’achat d’un onéreux coffret logiciel, on va désormais considérer se procurer quelque chose qui va ajouter une nouvelle fonction, qui va prolonger la durée de vie des appareils en place, qui va joindre l’utile à l’agréable. Ce qui peut signifier qu’une somme de « good enough » peut devenir un « better than » (« pas mal mieux que »).

Équation matmématique

La question est de savoir si c’est une tendance lourde. Pour y répondre, il faudra sûrement utiliser la même boule de cristal qui nous instruira, sans risque d’erreur, sur le trimestre approximatif où les consommateurs, surtout américains, se seront sortis de leur actuelle misère et auront recommencé à dépenser comme avant. En attendant, vous pouvez toujours vous faire aller les maths avec l’équation ci-contre où GE signifie « Good Enough », BT, « Better Than » et DRR, « durée restante de récession ».

Nelson Dumais est journaliste indépendant, spécialisé en technologies de l’information depuis plus de 20 ans.




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