Les TIC contribueraient au maintien des liens familiaux et amicaux des individus


Jean-François Ferland - 23/09/2009

Un sondage d’Ipsos Reid fait état de l’utilisation des TIC par les Canadiens pour communiquer et passer du temps ensemble en famille, tout comme pour interagir avec les amis. L’étude s’intéresse particulièrement à l’utilisation hâtive d’Internet par les enfants. Selon un sociologue, les TIC sont à la fois déterminées et déterminantes.

Un sondage réalisé auprès de 4 466 personnes par la firme Ipsos Reid, pour le compte de l’entreprise de télécommunications Telus, dépeint favorablement le recours aux technologies par les familles « modernes » pour faciliter les rapprochements et la communication.

82 % des parents interrogés ont indiqué que l’une des raisons justifiant la possession d’un téléphone mobile par leurs enfants était le maintien d’un contact lorsqu’ils ne sont pas ensemble. 60 % des personnes interrogées disent utiliser le téléphone pour rester en contact avec la famille immédiate, alors que 18 % préfèrent les rencontres face à face. L’enregistrement d’émissions de télévision est également présenté comme une technologie favorable aux rapprochements familiaux, alors que 57 % des répondants auraient affirmé que cette pratique permettait à leur famille d’écouter des émissions lorsqu’ils ont du temps ensemble.

Parmi les répondants qui ont dit être « entièrement d’accord » avec un énoncé voulant que les technologies les aident à maintenir leur famille organisée, 83 % auraient indiqué qu’Internet contribuait à améliorer leurs contacts avec la famille et les amis. Toutefois, les résultats de l’enquête qui ont été fournis aux médias n’indiquent pas quel est le pourcentage du nombre total de répondants qui étaient d’accord avec le premier énoncé.

Internet et la jeunesse

D’autre part, l’étude d’Ipsos Reid indique que 75 % des enfants vivant dans des familles qui utilisent Internet avaient entamé l’utilisation de la réseautique à l’âge de sept ans. 20 % des enfants auraient entamé l’utilisation du réseau à l’âge de dix ans, alors que 5 % avaient plus de dix ans lorsqu’ils ont commencé à naviguer sur la Toile.

De plus, les répondants au sondage ont indiqué que 74 % des enfants consacraient entre une et cinq heures par semaine à Internet. D’autre part, toujours selon les parents, 59 % des adolescents affirmeraient « ne pouvoir vivre sans avoir accès à Internet ».

D’autre part, 69 % des parents qui ont répondu au sondage ont dit croire en l’importance pour les enfants de savoir utiliser la technologie dès un jeune âge. Plus de la moitié des parents estimeraient que l’utilisation d’Internet serait favorable au développement d’aptitudes en apprentissage autodidacte. Toutefois, 44 % des pères estimeraient que l’imposition de limites en matière d’utilisation des technologies « risque de les ralentir ».

Comparaisons hommes-femmes

En matière de comparaison des comportements des hommes et des femmes, l’étude affirme que les hommes consacrent 77,5 % de leur temps d’utilisation du téléphone mobile à faire la conversation, alors que les femmes alloueraient 71,9 % de leur temps d’utilisation à cette fonction. Également, 35,7 % des femmes utiliseraient leur téléphone mobile ou leur téléphone évolué pour clavarder, alors que seulement 25,7 % des hommes utiliseraient le texto. Les femmes seraient plus nombreuses que les hommes à détenir un compte Facebook (75 % contre 61 %). D’ailleurs, la moitié des femmes auraient affirmé qu’elles utilisaient les sites de réseautage social pour garder contact avec leur famille, alors que 56 % des hommes ont dit recourir à ces sites pour garder contact avec leurs amis.

Quelques données québécoises

Quelques données relatives aux répondants du Québec procurent des points de vue intéressants à propos de l’utilisation des technologies de l’information et des communications.

À propos de la téléphonie mobile, 31 % des répondants du Québec auraient affirmé qu’ils utilisaient leur service téléphonique filaire pour garder contact avec leurs meilleurs amis, mais 26 % des répondants privilégieraient le courriel pour communiquer avec leurs « autres amis ». À propos du courriel, 54 % des participants québécois au sondage consacreraient entre une et cinq heures par semaine à l’utilisation du courrier électronique. Cette proportion est plus élevée qu’en Alberta (51 %), en Colombie-Britannique (49 %) et en Ontario (47 %).

D’autre part, 56 % des répondants québécois auraient dit utiliser les réseaux sociaux pour interagir avec les amis, alors que 33 % auraient recours à ces réseaux pour interagir avec la famille. Notons que ces proportions sont moindres que celles qui ont été exprimées par les répondants de la Colombie-Britannique, de l’Alberta et de l’Ontario.

Le point de vue du sociologue

André Mondoux est un sociologue spécialiste des technologies de l’information. Il explique que les technologies sont des outils – on les utilise et elles font ce qu’on veut – et sont donc déterminées. Il ajoute que les technologies sont aussi déterminantes, parce qu’elles deviennent un milieu de vie pour l’individu.

« Quand on voit que des enfants de sept ans sont ‘internetisés’… Les enfants ne sont pas encore des usagers qu’ils se colorient, ils s’imprègnent de la technologie. Cela n’est plus ‘les technologies’, c’est ‘le monde’, de la même façon que le téléphone n’est pas une nouvelle technologie, mais l’a été toutefois pour nos grands-parents. […] Il y a une double relation : l’homme imprime à la technique ce qu’il veut, mais la technique partiellement le détermine à son tour. L’idée est de garder un équilibre. »

M. Mondoux souligne l’intérêt que manifestent les Canadiens envers les moyens de communication via Internet, dans le contexte de la dispersion territoriale des familles. Cette tendance est plus prononcée chez les anglophones qui utilisent davantage le courriel que les francophones du Québec. Il existe un phénomène de globalisation et de mondialisation, qui d’ailleurs a été influencé par l’essor des réseaux de télécommunications dans les années 1970.

« Plus que jamais, les enfants vont étudier à l’extérieur. Les gens voyagent de plus en plus, la planète est de plus en plus petite. En ce moment, les technologies d’information et de communication sont de plus en plus intéressantes. On ouvre un ordinateur portable, avec une caméra Web via Internet on se parle à distance, sans latence… », constate-t-il.

Toutefois, M. Mondoux note un phénomène d’hyperindividualisation, où l’individu n’y a plus de statut social ni de hiérarchie familiale. Il change d’insigne et d’allégeance au gré de ses humeurs.

« À la limite, il n’y a plus d’autorité parentale : les enfants ne sont plus là pour se faire éduquer, mais pour se faire accompagner dans leur émancipation, la révélation de leur ‘je’. Les profs ne sont plus des maîtres, alors que les étudiants sont des ‘clients’… On est rendu à un point où il n’y a plus rien qui ne tient que le désir de l’individu. Or, ce désir utilement est égotique : ‘Je veux avoir ce que je veux, où je veux, quand je veux’. On parle ‘d’ici, maintenant’. ‘Ici maintenant je veux télécharger des MP3, ici maintenant je veux parler avec un téléphone cellulaire, ici je veux communiquer avec un ordinateur portable’. Dans ce contexte, que va-t-on faire pour rapprocher le noyau familial? »

« Ce sondage procure un peu une réponse : on communique avec les enfants par cellulaire pour se donner rendez-vous. Cela permet de recréer un peu les liens qui sont mis à l’épreuve, alors que les individus peuvent faire ce qu’ils veulent. »

« Si on regarde le côté positif, la technologie constitue à la fois l’outil qu’on utilise et l’outil qui nous conditionne. D’un côté, on se sert de la technologie à nos fins, comme un simple outil. De l’autre, comme on le voit avec les enfants de sept ans qui naviguent sur le Web, on voit que l’environnement technique est conditionnant. Et on n’y pense même plus. »

Jean-François Ferland est journaliste au magazine Direction informatique.




À propos de Jean-François Ferland

Jean-François Ferland est le rédacteur en chef du magazine Direction informatique. Il compte dix-sept années d'expérience en journalisme et en communication publique.
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