L’iPad, relativement limité pour une entreprise


François Picard - 08/06/2010

Sorti depuis peu au Canada, l’iPad peut indéniablement rendre service à beaucoup de gens, mais plus au grand public qu’à des entreprises.

L’iPad est avant tout un appareil destiné à l’accès Internet, à des jeux, à l’affichage des photos ou vidéos et à la lecture de livres, magazines ou documents de toutes sortes, mais son utilisation en entreprise reste restreinte. Malgré tout, il pourrait en intéresser certaines pour ses capacités en communications ou pour la prise de note. Autrement, il reste surtout à développer des applications spécialisées adaptées à différents corps de métiers.

Un appareil différent d’un ordinateur

Lancé un peu à la hâte, probablement pour arriver avant de potentiels concurrents, l’iPad est un beau gadget, mais qui présente un certain nombre de forces et de faiblesses dont il faut tenir compte pour une utilisation en entreprise. Il s’agit d’un appareil fait avant tout pour communiquer et afficher des contenus multimédias. Il dispose d’un écran couleur tactile multipoint de 9,7 pouces en diagonale avec une définition de 1 024 pixels par 768, mais avec des pixels assez fins pour qu’il y en ait 132 au pouce, ce qui donne une belle image. Il comporte un disque de mémoire flash de 16, 32 ou 64 Go, le Wi-Fi 802.11 b/g/n et le Bluetooth 2.1 + EDR. Le modèle 3G comprend en plus l’accès au réseau cellulaire pour la transmission de données, ce qui est pratique, mais coûteux; il ne faut pas se le cacher.

Parmi ses points forts, notons le fait que c’est un lecteur de documents, photos et vidéos autonome avec écran couleur et au moins l’accès au Wi-Fi pour les communications. Sa pile interne lui donne une autonomie d’une dizaine d’heures, ce qui n’est pas si mal. Dès le départ, il dispose d’un logiciel de courrier électronique, d’un fureteur, d’un logiciel de cartographie, d’un carnet de notes et d’un calendrier. L’iPad prend en charge Microsoft Exchange et l’accès sécurisé aux données d’entreprises, ce qui est primordial pour une utilisation dans toute organisation.

Comme points faibles, mentionnons d’abord son poids de 700 grammes, qui peut sembler un peu lourd quand on le tient en mains pendant quelques minutes. Il en est de même pour son écran rétro-éclairé qui fatigue les yeux lors de la lecture de textes davantage qu’un écran à encre électronique de lecteur de livres monochrome. L’iPad manque d’applications de base comme une calculatrice ou un réveil. Il ne comporte pas de webcam, ni de prise USB, ni de prise HDMI. Le navigateur Safari ne supporte ni le Java, ni le Flash, qui sont pourtant utilisés sur de nombreux sites. Le PDF n’est pris en charge que par des applications tierces, la plupart payantes, qui ne supportent pas les hyperliens HTML régulièrement utilisés dans des documents PDF.

À cela s’ajoute le fait que l’iPad n’est pas multitâche et ne le sera pas avant l’automne prochain au moins. Si on a besoin d’un GPS, il faut absolument acheter le modèle 3G plus coûteux parce qu’Apple a trouvé bon de ne pas en installer un sur le modèle Wi-Fi, comme pour l’iPod Touch, et il faudrait jailbreaker l’appareil pour pouvoir l’utiliser avec un GPS externe.

De nombreuses applications adaptables aux besoins

Actuellement, les applications de base pouvant intéresser une entreprise ne sont pas si nombreuses que pour un iPhone et un iPod. De plus, elles sont d’une utilité et d’une qualité très diverses.

Ainsi, cherchant une bonne application pour les lire les documents PDF, nous avons dû acheter cinq logiciels différents, ce qui a finalement coûté plus de 20 dollars sans pour autant en trouver un de satisfaisant. Souvent, on doit utiliser des applications développées pour l’iPhone et seulement agrandies au niveau de l’affichage, pas nécessairement adaptées à l’iPad. Des applications développées spécialement pour l’iPad voient le jour peu à peu, mais cela risque de prendre quelques mois avant d’en avoir un bon choix, surtout en français, et il faut se méfier des descriptions de l’App Store qui sont plus promotionnelles qu’objectives.

En affaires, au départ, on peut avoir besoin de la suite de logiciels iWork d’Apple avec le traitement de texte Pages, le tableur Numbers et le logiciel de présentation Keynote, un clone de PowerPoint, souvent utilisé par Steve Jobs d’Apple lors de ses présentations de nouveaux produits. Ces trois applications francisées sont vendues séparément, à 9,99 $ chacune. On peut néanmoins trouver d’autres éditeurs de textes à partir de 0,99 $ et toutes sortes de dictionnaires entre 2 $ et 20 $. Un logiciel comme Documents To Go Premium de DataViz, en français, à 14,99 $, est l’équivalent de la suite Office et pourrait s’avérer plus utile que la suite iWork à 30 $. Il faut vraiment fouiller dans la liste des applications, lire leur descriptif et aller ensuite chercher des critiques sur Internet.

On a vite fait le tour des produits en français et on n’a pas d’autre choix que de puiser dans les applications en anglais, au gré des besoins. Parmi plusieurs centaines de petits utilitaires permettant de profiter davantage de l’iPad, on trouve différents types de calculatrices, des applications liées aux voyages, des utilitaires financiers et boursiers, des logiciels de gestion du temps, des contacts et des rendez-vous, des lecteurs de fichiers de différents formats, y compris des lecteurs de bases de données.

On nous propose aussi des applications d’agendas, de préparation de réunions, d’enregistrement vocal et même de développement d’autres applications. Beaucoup d’ouvrages de référence pour iPhone, iPod Touch et iPad peuvent également servir en entreprise aussi bien que pour le grand public.

En outre, Apple a pensé aux entreprises qui souhaitent développer leurs propres applications pour leurs employés seulement. À cette fin, elle a mis sur pied le Programme de conception d’applications pour iPhone qui est adaptable à l’iPad, mais qui est limité aux entreprises de plus 500 employés.

Finalement, à part pour des utilisations d’ordre général permettant de communiquer ou d’accéder facilement à des données, l’iPad reste coûteux et très limité, surtout pour les entreprises et les organisations québécoises francophones. Dans la plupart des cas, on risque d’arriver à un meilleur résultat avec un miniportatif ou un petit Tablette PC comme l’ideaPad S10-3t de Lenovo, lui aussi en couleur et à peine plus lourd pour beaucoup plus de possibilités. Même un iPod ou un iPhone peut être plus pratique dans bien des cas. Cela vaut la peine d’y réfléchir avant de se lancer dans l’achat d’iPad pour une quelconque organisation.

François Picard est journaliste et éditeur du magazine Atout Micro.




Tags: , , , ,