Martin Jetté : Une carrière sous le signe de la stabilité


André Ouellet - 14/05/2009

PROFIL Qu’ont en commun Martin Jetté, d’OSIsoft, et les professionnels des premières décennies de l’industrie des TI? La fidélité à son employeur.

Comme beaucoup d’informaticiens et de gestionnaires de l’époque, qui restaient fidèles à un seul employeur toute leur carrière durant, Martin Jetté, directeur général d’OSIsoft Canada, est à l’emploi de la même entreprise depuis ses tout débuts, il y a maintenant quatorze ans.

En fait, le seul changement à cet égard, bien involontaire de sa part, n’en est pas vraiment un; travaillant pour une PME du nom de Cogexel depuis la fin de ses études, il s’est retrouvé chez OSIsoft en 2001 lorsque ce concepteur de logiciel californien a fait l’acquisition de la petite entreprise d’Anjou.

On ne pourra jamais dire que le passage d’une organisation à une autre ait nui à sa carrière. Dès le départ, sa nouvelle entreprise le promeut au poste de directeur des groupes de service. À ce moment, Martin Jetté connaît le produit phare d’OSIsoft, dont Cogexel était distributeur. Appelé système PI, ce produit permet de gérer en temps réel les variables et les événements d’un environnement de production, ainsi que d’extraire et d’analyser de grands volumes de données.

Quatre courtes années plus tard, il devient numéro un d’OSIsoft au Canada, poste qu’il occupe toujours aujourd’hui. À ce titre, il dirige les bureaux de Montréal et de Calgary, ainsi que deux centres de formation. Sous sa gouverne, l’effectif d’OSIsoft Canada est passé de 10 à 30 employés, et les ventes annuelles ont augmenté de 25 %. En 2008, elles ont fait un bond de 38 %. Selon Martin Jetté, cette hausse est attribuable dans une proportion de 10 % à une approche mise en œuvre l’année dernière, par laquelle les clients ont accès à l’ensemble des technologies d’OSIsoft et à un soutien technique permanent, à distance.

Appelée contrat d’entreprise, cette nouvelle forme de collaboration avec les clients s’inscrit dans les efforts de l’organisation visant à mieux se positionner au sein des principaux secteurs d’activité canadiens où elle est présente – pâtes et papiers, énergie, mines et métaux, pharmacie et nutrition, services publics. On sent chez Martin Jetté la fierté du travail accompli lorsqu’il parle des succès d’OSIsoft à cet égard. À titre d’exemple, la totalité des provinces canadiennes fait appel au système PI pour surveiller d’une façon ou d’une autre les environnements de génération d’électricité. Il mentionne aussi les efforts de l’entreprise dans le secteur de l’éolien, où elle subventionne la formation et la recherche, ainsi que le travail qu’elle effectue dans l’industrie des pâtes et papiers afin d’aider les organisations à diversifier leur production – 80 % des usines canadiennes de ce secteur sont clientes d’OSIsoft.

Un terrain bien préparé

Parallèlement à ses fonctions de directeur général, Martin Jetté assume, à l’échelle mondiale, la direction de la formation au sein de son entreprise. Il s’agit d’un programme comprenant 12 cours techniquement très avancés, dispensés en quatre langues et en cinq modes de livraison différents à plus de 1 500 étudiants répartis dans une douzaine de centres de formation.

« La formation est pour moi une passion, dira-t-il. J’ai développé ce programme quand j’étais chez Cogexel, et la direction d’OSIsoft a jugé bon de le garder afin de remplacer leurs propres structures de formation. »

La passion qu’il éprouve pour ce domaine remonte à un emploi d’été qu’il a occupé durant 8 ans chez un important détaillant québécois de piscines. Chaque samedi, pendant huit ans, il explique à un public de quelque, 20, 30 ou 40 personnes comment faire l’entretien d’une piscine. Il gagne en expérience et, d’année en année, améliore le cours. Cet emploi lui fournit aussi l’occasion d’apprendre les rudiments de la vente puisqu’il est en contact avec des clients. Et ce, en toute saison, car cette entreprise troque la piscine pour les décorations de Noël une fois l’hiver venu.

« Lorsqu’un candidat m’envoie son CV, je regarde toujours s’il a eu une expérience de vente quelconque avant d’entrer à temps plein sur le marché du travail. Les gens tendent à ne pas l’indiquer, mais je considère que c’est important, car, dans mon cas, cela m’a permis de m’épanouir plus rapidement. »

Cet emploi est idéal, lui permettant de travailler intensément l’été et durant les Fêtes, et de se consacrer à ses études le reste du temps. Féru d’informatique – il a eu son premier ordinateur, un Texas Instruments TI-99, à l’âge de 7 ou 8 ans – il choisit néanmoins d’étudier le génie chimique. « L’informatique me venait plus naturellement, et on sentait que le domaine allait évoluer, explique-t-il. » Réalisant que le génie chimique n’est pas une matière autodidacte autant que les TI, il entre à l’École Polytechnique de Montréal au début des années 1990.

Il se joint à Cogexel en 1995, fraîchement diplômé. Il apprend alors à connaître la technologie de l’ordinateur central. Son projet de fin d’études ayant porté sur les pâtes et papiers, il est bien préparé au travail qu’on lui offre, Cogexel intervenant principalement dans ce secteur d’activité. Ingénieur sur le terrain, il gère la mise en œuvre du système PI à l’échelle internationale chez divers clients. Il occupe ce poste pendant six ans avant de passer chez OSIsoft.

Durant toutes ces années, il a acquis les compétences qui font aujourd’hui sa marque de commerce : un amalgame entre le génie, les TI et les affaires. C’est ainsi qu’il peut appliquer des solutions technologiques en réponse à des problèmes touchant l’ingénierie et les procédés de fabrication. Confiant en l’avenir, il peut fonder son action future sur les succès qu’il a connus. À ce jour, les ventes d’OSIsoft en 2009 dépassent de 40 % les résultats obtenus à pareille date l’année dernière. Les affaires de l’organisation ne semblent pas trop affectées par la récession mondiale. « Notre technologie aide les entreprises à améliorer leur rendement, indique-t-il. Elle leur permet d’investir dans ce qui va bien et de prolonger la durée de vie de leurs actifs. »

Nul besoin pour Martin Jetté d’éparpiller son énergie dans le marché du travail pour aider ses clients. Son expérience, il la doit à un parcours empreint de stabilité. « Je n’ai fait que deux demandes d’emploi dans ma vie, dit-il. Une chez un détaillant de piscines, et l’autre chez Cogexel. » Et les deux fois, il a obtenu le poste qu’il convoitait. Nous sommes très loin de la tendance actuelle, qui pousse les professionnels des TI à changer de travail et d’employeur au gré des saisons. Moins prisés de nos jours, les séjours à long terme au sein d’une organisation conservent pourtant des vertus. Martin Jetté continue d’en faire la démonstration.

André Ouellet