Mes impertinences technologiques pour 2005


Patrice Guy - 23/12/2005

Encore la fin de la convergence, l’année Google, la téléphonie animale et l’achat du vote, sont au nombre des sujets qui ont retenu l’attention en cette époque des bilans de fin d’année. Quelques commentaires impertinents sur fond d’analyse.

La fin de la convergence? Encore?

Quand il dirigeait le groupe BCE, Jean Monty était un apôtre de la convergence. Cette grande théorie voulait qu’il y eût une justification, une stratégie d’affaires efficace à réunir dans les mêmes mains contenu et contenant. C’est ainsi que le groupe des entreprises Bell avait trouvé logique d’ajouter à son portefeuille un inventaire de contenu qui comprenait le quotidien The Globe & Mail et le réseau CTV, notamment, sous la bannière Bell GlobeMedia. L’idée était de maximiser les opportunités d’affaires en distribuant du contenu qui nous appartient, sur des réseaux qui nous appartiennent.

On s’en souvient, l’origine de cette vague de jumelage des réseaux et des contenus remonte à la transaction America OnLine (AOL) et Time Warner, qui depuis, n’a eu de cesse de battre de l’aile. J’avais déjà épilogué sur le sujet dans un commentaire, justement intitulé La fin de la convergence?, en… février 2003.

L’exemple d’AOL / Time Warner indique-t-il la tournure que prend cette fameuse convergence? Les rumeurs sont persistantes à l’effet que Time Warner songerait à se réorganiser en quelques unités distinctes, l’une de ces unités serait AOL. Certains peuvent y voir une première étape à une vente de cette division. Sans compter le rapprochement d’AOL avec Google, annoncé ces derniers jours, qui signale une autre forme de consolidation sur Internet.

Depuis qu’il est à la tête de BCE, Michael Sabia semble voir les choses autrement. Il veut recentrer BCE sur son expertise de base. Fini le contenu, concentrons-nous sur le contenant et les services ajoutés qui y sont reliés. Le portail Sympatico s’est marié avec MSN Canada, le groupe s’est en grande partie retiré de GlobeMedia.

La ruée vers Internet, qui nous a donné la bulle des point com, nous avait également donné cette vague de convergence. Si la bulle est dégonflée depuis longtemps, le miroir aux alouettes de la convergence achève de se ternir. Comme quoi, gérer du contenu est une science fort différente de la gestion des contenants.

Voilà. Est-ce enfin la fin de la convergence? Est-ce qu’on pourra enfin parler d’autre chose? Au moins jusqu’à la prochaine vague…

L’année Google

2005 aura été une très belle année pour Google. Non seulement les détenteurs d’actions se sont enrichis au cours de l’année, mais la société californienne aura étendu son attraction dans divers créneaux du marché avec ses nombreux produits, allant de la messagerie instantanée à la photosatellite. Est-ce qu’il y a quelque chose qui peut arrêter Google?

Fondée au départ sur son moteur de recherche, la lune de miel de Google avec ses utilisateurs semble être indéfinie. Qui ne se sert pas de Google? Pour des millions d’accros, cet outil est devenu essentiel. Ce qui faisait dire récemment à un directeur informatique que Google est probablement l’application la plus stratégique que le service informatique rend disponible aux utilisateurs en entreprise à l’heure actuelle.

Il y a quelques années, les rumeurs couraient dans tous les sens, car certains croyaient que Google se lancerait dans l’arène des systèmes d’exploitation et pourraient ainsi attaquer Microsoft sur son propre terrain. Ce qui ne fut jamais le cas, la marche est haute tout de même pour investir le créneau des systèmes d’exploitation. Ce qui n’empêche que Microsoft aimerait bien de son côté pouvoir damer le pion à Google et aurait négocié fort avec Time Warner le partenariat avec AOL qui a finalement été remporté par Google.

Ce partenariat serait d’une nature hautement commerciale, dit-on, fondé sur une visibilité préférentielle des annonceurs d’AOL dans les résultats de recherche de Google et c’est peut-être là le talon d’Achille de Google, qui pourrait enlever du lustre à l’attrait des utilisateurs pour l’engin de recherche en question. Si les utilisateurs commencent à considérer la publicité trop envahissante sur leur engin de recherche préféré et qu’ils sentent que leurs recherches ne leur donnent plus les résultats escomptés parce que l’ordre des résultats n’est pas influencé par la pertinence de l’information, mais par des paramètres commerciaux, ils seront peut-être tentés de délaisser l’outil. C’est à suivre.

Et cetera…

Achetez mon vote – Il semble que le directeur général des élections du Canada n’ait pas apprécié l’idée d’un citoyen qui désirait vendre son vote au plus offrant sur eBay, un acte apparemment illégal. L’offre a finalement été retirée et personne n’a pu acheter ce vote. Curieux paradoxe pourtant, les chefs de parti de tous les horizons nous proposent des millions voire des milliards pour acheter notre vote et personne ne semble trouver cela illégal…

La téléphonie mobile est animale – À en croire les campagnes publicitaires des quatre principales marques de téléphonie mobile, rien de tel que des animaux pour vendre ce genre de service. Telus joue de la carotte avec des lapins, Bell mise sur ses castors alors que Fido a du mordant avec ses chiens (il ne faut pas oublier Rogers qui utilise des adolescents, que plusieurs considèrent niais et attardés, ce qui n’est sans doute pas loin du règne animal…). J’ai entendu des commentaires d’analystes qui disent que lorsqu’on est à court d’idées en publicité, on utilise des animaux ou des enfants. Faut-il en déduire que la guerre commerciale de la téléphonie mobile est devenue une question d’instinct de survie qui nous ramène à nos origines animales?

Des mots, encore des mots – Plus poétiques ou latins, les francophones préfèrent les processeurs avec un, ou même deux cœurs, traduction des processeurs « double core », ce qui est nettement plus attrayant que d’autres équivalents du mot « core » comme noyau ou trognon… De son côté, le mot « podcast » est choisi le mot de l’année par le dictionnaire New Oxford American Dictionnary, signe des temps et de la popularité de la baladodiffusion.

Le Blackberry en campagne – Le phénomène est devenu très présent lors de la dernière campagne électorale fédérale et s’est sans doute accentué avec celle qui est en cours. Journalistes et attachés politiques font un usage intensif de leur Blackberry. Ce qui participe sans doute à nous donner une drôle de campagne, alors qu’on se relance comme dans un fil de discussion. Tel candidat vient de dire ceci, que répondez-vous? Ou encore, le candidat untel vient d’affirmer cela, nous lui demandons de retirer ses paroles. À défaut d’un vrai débat des chefs, on assiste à un débat par messagerie instantanée interposée.

Comme disaient nos ancêtres après avoir commis une petite chanson grivoise, s’cusez-la! Et pardonnez-moi ces quelques impertinences en mode de clins d’œil qui nous permettront de conclure l’année avec une petite séance de défoulement. Vous avez des commentaires? Quelques nouvelles et tendances en TI vous irritent particulièrement? N’hésitez à me faire connaître votre opinion en m’écrivant à patriceguy.martin@transcontinental.ca.

J’en profite pour vous transmettre, à vous et à vos proches, de la part de toute l’équipe de Direction informatique, nos meilleurs souhaits à l’occasion de Noël et de la Nouvelle Année!