Microbes et autres méchancetés: chronique à éviter pendant l’heure du lunch


Nelson Dumais - 08/05/2009

Vous craignez le virus A (H1N1)? La pandémie et tout l’émoi qu’il suscite ne sont rien comparé avec tout ce qui se loge dans votre clavier, votre souris ou votre téléphone!

Hier midi, comme je manquais de temps, j’ai couru jusqu’à mon frigo et, en trente secondes, me suis rapidement confectionné un sandwich jambon fromage laitue-mayo avec du gros pain « bon pour la santé » constellé de graines qui tombent. Puis, la bouche pleine et la main graisseuse, je suis retourné à mon poste de travail pour reprendre le collier. Soudain, la partie inférieure droite de mon échafaudage gastronomique s’est détaché et a chu sur mon beau clavier Logitech. Du coup, sa section HJKNM s’est retrouvée enduite de Hellmann et de résidus céréaliers.   Suspendre pour sécher…

J’ai alors galopé vers la cuisine où j’ai attrapé un essuie-tout avec lequel j’ai pu débarbouiller mon périphérique. Puis, je l’ai virilement secoué la tête en bas. Vous n’avez pas idée des grumeaux, débris, rognures, peaux mortes, poils de chat, poussières et autres fétidités qui sont alors tombés sur ma table de travail. Il m’a fallu aller chercher du Fantastic et un linge humide pour tout enlever. Vous dire que je n’ai pu finir mon sandwich est un euphémisme. Disons qu’hier soir, j’ai soumis mon clavier à une opération de dératisation impliquant grande eau, savon à vaisselle, désinfectant et séchage nocturne.   Ce matin, j’ai replacé les deux piles dans mon clavier et je me suis littéralement précipité sur Google où j’ai entrepris des recherches sur cette dégoûtante question. Facile, tapez quelque chose comme « keyboard germs ». Ouh-là! Pas croyable! Ne vous adonnez pas à cette curiosité sur votre heure de lunch; croyez-moi, vous tomberez malade à coup sûr. J’ai notamment lu une histoire de 2002 où un microbiologiste avait évalué la présence de bactéries, germes et cochoncetés assorties sur deux périphériques d’entrée, soit un clavier et un siège de toilette. Or le premier présentait une concentration d’horreurs cinq fois plus grande que l’autre.   3 295 microbes au pouce carré

Tant qu’à être dans ce secteur du bureau, citons le sérieux webzine britannique Silicon.com qui, récemment, faisait référence à une étude où on apprenait que 31 % des hommes et 17 % des femmes ne se lavaient jamais les mains après avoir été au petit coin. Au bureau! Entre deux sessions de… clavier, lequel, ai-je appris, pouvait contenir une moyenne de 3 295 microbes au pouce carré, ce qui est trois fois plus que ce qu’arbore normalement une souris (une vraie souris : petit rongeur poilu qui cavale à quatre pattes).   Parlant souris, j’ai également appris que l’intérieur des vieilles unités à boule, celles que personne ne nettoie jamais avec un coton-tige dégoulinant d’alcool, pouvait présenter des bouillons de culture horrifiants. Saviez-vous que certains virus de grippe pouvaient, avec toute leur virulence, survivre pendant plus de trois jours dans le confort d’un tapis de souris éclaboussé par un éternuement? En y roulant, la souris amasse ce sordide grouillis et l’intègre à la couche de débris qui engraisse le mécanisme permettant à la roulette de faire son travail, en toussant à l’occasion.

Téléphone toxique   Mais il y a pire, infiniment pire, le combiné téléphonique. On parle d’un potentiel plausible de 25 127 microbes au pouce carré, soit huit fois plus qu’un clavier. Je ne réfère pas seulement à l’écouteur dont le fond se masque d’un enduis épaissi par des débris de cérumen, mais au microphone où vont s’assécher les postillons gavés de microbes et de bactéries. Avez-vous déjà pensé aux appareils dans les cabines téléphoniques de coin de rue ? Dites-vous qu’il y a des choses moins sales, moins répugnantes, que vous ramassez avec deux petits bouts de bois.   Je ne sais pas pour vous, mais moi, il m’arrive assez souvent qu’un parent ou un ami vienne me porter son PC pour que je le répare. Dans un premier temps, j’installe le boîtier sur ma galerie, aux grands vents, été comme hiver, je l’ouvre et j’entreprends de le dépoussiérer avec une bouteille d’air comprimé. Vous dire que je revêts des verres santé-sécurité ou que je m’ajuste un masque respiratoire (un N95, bien sûr!) ou que j’ai déjà chassé de cette façon une colonie de coquerelles serait exagéré. Mais vous n’avez pas idée de la poussière en mottons poilus (dont l’effroi m’empêche d’imaginer la composition) que je pulvérise ainsi hors de l’appareil.    Chaud de boucane

Les pires scénarios? Les ordinateurs de fumeurs! Pendant un moment, quand vous ouvrez le boîtier, vous croyez vraiment que les relents d’égouts de la Nouvelle-Orléans sont une agréable fragrance à côté de ce que votre nez perçoit comme senteur. Tellement que je ne veux plus toucher à ces ordis carbonisés à la nicotine. Soyez avisés.   Tout cela fait du travailleur de bureau un employé exposé à de hauts risques en santé-sécurité. Il voyage en avion où il respire des trucs innommables dans l’air recyclé de la cabine, il saute dans un taxi jamais désinfecté (à moins d’incident majeur : assassinat, accouchement, indigestion, etc.), il arrive au bureau où un système discutable d’aération l’attend, il se jette sur son poste de travail où il branche son bloc-notes à la base de raccordement. S’il s’est lavé les mains à l’aéroport, c’est beau, et si les débris de ses éternuements sont non toxiques, c’est miraculeux!   On conclut habituellement ce genre d’article en suggérant aux manufacturiers de lancer, par exemple, des claviers dont les touches ne pourront plus reposer sur un vieux fond de mayonnaise fétide. Bien beau, mais que faire des combinés téléphoniques, des tapis de souris, des intérieurs de PC? Que faire du collègue qui fait face à une surcharge de travail et qui entre travailler avec le rhume, avec celui à qui sa maman n’a pas appris à se laver les mains après une session de cuvette, avec ce « road warrior » qui, chez lui ou dans sa voiture, fume comme une cheminée en utilisant son bloc-notes?   Au même titre que c’est l’humain qui, à son insu, est devenu le principal facteur d’infestation de PC avec des « rootkits », des « dialers », des « backdoors » et autres chevaux de Troie, on peut dire que c’est lui qui est devenu le plus grand initiateur de pathologies dans une communauté corpo. Même si la techno arrivait à proposer des bidules plus étanches à toutes ces abominations de sauce ketchup H1N1, l’humain continuerait d’infecter les combinés de téléphone, de cochonner les claviers et de rendre irrespirables les boîtiers d’ordinateurs. Car, faut-il le rappeler, anatomiquement ou biologiquement, il est assez proche du beau petit cochonnet rose.   Va-t-il falloir que des techniciens informatiques à l’emploi d’une grande organisation opposent formellement un « refus de travail » (avec enquête afférente du ministère du Travail) pour que l’on se penche sérieusement sur ces questions d’hygiène? Y a des volontaires?

Nelson Dumais est journaliste indépendant, spécialisé en technologies de l’information depuis plus de 20 ans. Il songe sérieusement à porter des gants pour écrire sa prochaine chronique.