Montréal fusionne ses télécoms


Jean-François Ferland - 08/02/2008

La Ville de Montréal, qui confie pour dix ans à Telus Québec la gestion de l’infrastructure et la prestation des services de télécommunications, prévoit migrer vers la téléphonie IP.

La Ville de Montréal confie au fournisseur Telus Québec deux mandats, d’une valeur combinée de 87 millions $, pour la gestion de ses services de transmission de données et de téléphonie pour les dix prochaines années. Du même souffle, la métropole québécoise amorce une transition vers la téléphonie IP.

C’est Telus Québec qui a annoncé publiquement qu’elle s’était vu confier la fourniture « des services IP […] à plus de 300 bureaux administratifs de la Ville répartis dans toute l’île » où quelque 17 000 postes téléphoniques sont exploités.

Jean-François St-Germain, vice-président des marchés public et parapublic chez Telus Québec, indique que la Ville de Montréal a confié à l’entreprise l’un des plus importants contrats à avoir été octroyés au Québec, jusqu’à maintenant, en convergence des communications sur la plateforme IP.

« La Ville de Montréal veut [profiter] des bénéfices de la convergence en utilisant les technologies IP. Nous voyons dans le marché de plus en plus d’entreprises qui, pour se concentrer sur leur mission, recherchent un partenaire pour la gestion globale des infrastructures de communication, tout en gardant la gouvernance du futur de leurs télécommunications. Je pense que la ville est très avant-gardiste dans ce type de contrat », indique M. St-Germain.

« Nous voulons mettre de l’avant ce modèle sur le marché, et le succès [de ce mandat] est vraiment critique non seulement dans le domaine des municipalités, mais aussi dans l’ensemble de l’appareil gouvernemental et dans le secteur des entreprises », ajoute-t-il.

L’union fait la force

Daniel Malo, le directeur des technologies de l’information au Service des affaires corporatives de la Ville de Montréal, indique que les ententes permettront d’unifier et de simplifier plusieurs infrastructures et services disparates.

Il explique que la municipalité utilise une variété de liaisons informatiques, qu’elle possède ou qu’elle loue de plusieurs fournisseurs, ainsi que des réseaux de téléphonie traditionnelle exploités par les services centraux, par les arrondissements de l’ancienne ville et des ex-villes de banlieue et par l’ancienne Communauté urbaine.

Alors que le contrat de téléphonie établi avec le fournisseur Bell Canada avait été renouvelé en 2003 pour cinq ans, pour maintenir une fiabilité durant la transformation causée par les fusions municipales, la Ville de Montréal a procédé à une réflexion stratégique pour évaluer ses orientations en téléphonie et en transmission de données.

« Nous avons anticipé une augmentation assez importante des besoins d’affaires dans le monde municipal, ce qui mettra une pression significative sur nos infrastructures, et nous avons choisi d’avoir un fournisseur de services de transmission de données pour les dix prochaines années, indique M. Malo. La partie d’infrastructure détenue par la Ville, comme les liaisons de fibre optique et les équipements de réseautique et de gestion, sera confiée au fournisseur qui, en fonction d’un tarif, livrera les services requis selon des critères comme la continuité de service, la redondance, la bande passante et la performance. »

Téléphonie IP : migration progressive

Le nouveau contrat de fourniture de services de téléphonie, qui fait l’objet d’un appel d’offres distinct, se caractérise par une migration vers la téléphonie IP.

M. St-Germain souligne l’importance du mandat, alors que la Ville de Montréal est le deuxième plus important utilisateur de la téléphonie au Québec après le gouvernement. Il croit que l’expertise de l’entreprise a joué un rôle déterminant lors du processus de sélection.

« Depuis notre entrée au Québec en 2000, nous avons fait des investissements de 4 milliards $ et créé 2 000 nouveaux emplois pour [mettre en oeuvre] un plan axé sur un réseau de nouvelle génération, qui permet de bénéficier de la convergence de la voix, des données et de la vidéo », indique-t-il.

« [Nous apportons au projet] l’expertise acquise dans tous les secteurs public et parapublic, comme ceux de l’éducation, avec les universités et les commissions scolaires, et des gouvernements. Ce sera un plan de migration à long terme, avec un accompagnement spécifique des usagers, pour démontrer les bénéfices et s’assurer que la solution est bien intégrée de bout en bout », ajoute-t-il.

M. Malo, de la Ville de Montréal, précise que la stratégie de migration de la téléphonie IP, qui sera définie avec le fournisseur au cours des prochains mois, sera réalisée en fonction de la rentabilité qui découlera des changements réalisés.

« Notre vision est de faire en sorte, pourvu que cela soit possible et rentable de le faire, de migrer vers la téléphonie IP, mais il est encore trop tôt pour préciser le rythme et le nombre de postes téléphoniques qui feront l’objet d’une migration, indique-t-il. La Ville de Montréal occupe des centaines de bâtiments qui abritent beaucoup de fonctionnaires municipaux et d’employés, mais aussi des bâtisses qui comptent peu d’employés, comme les piscines et les arénas. Il faut se doter d’un programme qui établira la rentabilité de la téléphonie IP.  »

Réalisme

M. Malo indique que l’attribution fortuite des contrats au même fournisseur permettra de rehausser le réseau de données pour soutenir la téléphonie IP. Il souligne que les actifs d’infrastructure actuels, tout comme ceux qui seront ajoutés par le fournisseur, seront récupérés par la municipalité au terme des contrats.

« Nous aurions pu maintenir une forme de gestion propriétaire de ces infrastructures et y investir nous-mêmes, précise-t-il. Mais nous avons établi que ce n’était pas notre core business, que ces services existaient sur le marché et qu’il y avait des fournisseurs qui ont la compétence et l’envergure nécessaires. Nous avons choisi de nous adjoindre un fournisseur qui fera les investissements, mais cela ne veut pas dire que la Ville n’y mettra pas d’argent. »

En indiquant que la Ville consultera d’autres municipalités qui ont opté pour la téléphonie IP, afin de profiter de leurs expertises et expériences, M. Malo affirme qu’un programme « réaliste » assurera que les premiers déploiements seront faits aux bons endroits et procureront des économies, tout en tenant compte des contextes particuliers.

« La téléphonie IP permettra une transformation des services, et nous voulons tirer profit des nouvelles fonctions disponibles, indique-t-il. En même temps, nous voulons que cela se fasse de façon contrôlée. Nous ferons des expériences et nous procéderons de façon graduelle, car nous avons des enjeux propres à une municipalité, soit de sécurité publique, de service 311, de service 911… »

M. Malo ajoute que la Ville profitera de l’expérience de l’arrondissement Saint-Laurent, qui a procédé à une migration vers la téléphonie IP il y a quelques années.

Gouvernance

L’évolution des télécommunications à la Ville de Montréal permettra aussi d’en simplifier la gouvernance, alors que la municipalité conservera une expertise pour la gestion de la relation contractuelle.

« On parle d’un « partenariat », mais il est clair pour nous qu’il s’agit d’un contrat, dans lequel des prix et des niveaux de service sont prévus, précise M. Malo. Nous aurons à gérer cette relation d’affaires avec un fournisseur et nous gardons des responsabilités en matière de planification des besoins, de détermination des besoins, des enjeux de sécurité…

« Il y a une transformation de notre rôle et nous sommes persuadés que cela nous permettra de simplifier le modèle d’opération, mais aussi de générer des économies sur dix ans. Le pari que nous faisons est que les gens du secteur privé sont organisés, équipés et structurés pour nous fournir un service flexible, agile et très concurrentiel », ajoute-t-il.

Jean-François Ferland est journaliste au magazine Direction informatique.


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À propos de Jean-François Ferland

Jean-François Ferland est le rédacteur en chef du magazine Direction informatique. Il compte dix-sept années d'expérience en journalisme et en communication publique.
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