Mots clés: réseaux performants et conscience environnementale


Alain Beaulieu - 02/04/2009

Le développement durable en regard aux matériels et aux sources d’énergie ainsi que la facilitation des interactions humaines par des réseaux performants et des accès universels devraient orienter le développement des TIC, soutiennent des conférenciers à La Boule de cristal du CRIM 2009.

Un événement comme La Boule de cristal du CRIM constitue une occasion en or pour prendre le pouls de l’industrie et du marché des technologies de l’information et des communications (TIC), à l’échelle mondiale comme à l’échelle nationale, et se faire une idée de l’évolution qu’ils connaîtront au cours des prochaines années, par l’entremise de ses conférenciers. Aider les dirigeants à prendre des décisions de nature technologique éclairées à moyen et long terme est d’ailleurs l’une des ambitions de la conférence, organisée par le Centre de recherche informatique de Montréal (CRIM) et dont la sixième édition avait lieu cette semaine à Montréal.

Veena Rawat, présidente du Centre de recherches sur les communications (CRC) du Canada, était l’une de la vingtaine de conférenciers qui participaient à la conférence. Le CRC ayant pour mandat de réaliser des travaux de recherche appliquée et de développement dans le domaine des communications et des technologies connexes, Mme Rawat a livré ses prévisions sur l’évolution que connaîtront les TIC d’ici 2020. Son propos a porté plus particulièrement sur le sans-fil, la radiodiffusion, le multimédia, les communications par satellite et les réseaux à large bande.

C’est dans cette perspective que la présidente du centre de recherche fédéral croit qu’en 2020, l’accès aux TIC sera plus universel qu’il ne l’est actuellement, que tous les appareils d’information seront reliés en réseau, incluant à la maison où la connexion sera à large bande et sans fil et où les appareils ne serviront pas seulement à communiquer, à se divertir et à accéder à l’information, mais supporteront aussi des fonctions de santé et de bien-être physiologique, grâce à un système de senseurs biologiques.

En outre, les technologies de virtualisation connaîtront des développements importants d’ici 2020, alors qu’on assistera à l’émergence du « sixième sens », soit des systèmes embarqués qui seront portés par les individus, tel un casque « Bluetooth » évolué, réunissant diverses fonctions multimédias offrant un certain rapport à l’environnement. Mme Rawat croit également qu’on verra d’ici 2020 l’avènement du cinéma et de la télévision 3D ne nécessitant pas l’emploi de lunettes spéciales.

Au niveau des communications sans fil, la présidente du CRC s’attend à ce que les réseaux soient davantage performants, offrant un débit de 3 Gbps, et intelligents, par l’emploi de senseurs permettant d’optimiser la qualité de la connexion, et que leur sécurité et leur accessibilité soient accrues. Elle rêve notamment d’un jour où l’accès aux réseaux de télécommunications sera universel, et non déterminé par le fournisseur de l’utilisateur.

Mais au-delà de ces innovations particulières, la tendance environnementale s’affirmera de façon très marquée au cours de la prochaine décennie et qu’il affectera de façon marquée le secteur des télécommunications, croit Mme Rawat. Cette conscience environnementale s’observera à deux niveaux, soit celui des matériaux et de la source d’énergie. C’est dans cette perspective qu’elle prédit l’avènement d’un téléphone biodégradable ayant recours à une source d’énergie non polluante pour fonctionner, telle qu’une pile pouvant être rechargée par énergie solaire ou par le mouvement du porteur, à la manière des montres automatiques.

Les technologies évoluent rapidement, très rapidement, en cette troisième ère de développement industriel, et Mme Rawat s’attend à ce qu’à un moment donné l’offre surpasse la demande, en termes d’attentes et de besoins, d’où un certain risque en même temps qu’une fenêtre d’opportunité pour l’industrie. La présidente n’est toutefois pas sûre du moment précis où ce dépassement s’effectuera. « Peut-être y sommes-nous déjà arrivés », interroge-t-elle.

Les défis du directeur informatique

La recherche d’un équilibre entre l’offre et la demande, à l’échelle de l’entreprise, fait d’ailleurs partie des défis que doit relever quotidiennement le responsable de l’informatique de l’entreprise. L’exercice est d’autant plus difficile dans un contexte de ralentissement économique, ce qui était le thème de la présentation de Dean Prevost, président d’Allstream.

Celui-ci croit que fondamentalement le travail du directeur informatique consiste à concilier des besoins opposés. D’une part, on lui demande d’innover et donc de dépenser en faveur de projets dont les retombées viendront plus tard, tout en cherchant des moyens de réduire les dépenses de l’organisation. On lui demande aussi de fournir davantage de services aux utilisateurs tout en rationalisant l’environnement technologique. On lui demande tout autant d’ouvrir davantage l’environnement informatique de l’entreprise tout en réduisant les points d’entrée, pour des raisons de sécurité, tout comme on lui demande de virtualiser davantage les processus tout en favorisant les interactions humaines. Etc. Cela demande donc des qualités peu communes et une bonne dose de jugement et de discernement, soutient M. Prevost.

M. Prevost croit que même en temps de ralentissement économique les entreprises ne devraient pas freiner, ou pire encore stopper leurs activités de R&D et d’innovation, car elles permettent de garantir l’avenir de l’entreprise, mais qu’elles devraient plutôt mieux les orienter de sorte à obtenir des retombées plus rapides et plus décisives.

C’est dans cette perspective qu’il identifie trois principes qui devraient guider le choix des projets de R&D. Premièrement, il faut accorder la priorité aux projets qui permettent de maximiser la flexibilité des employés, car cela permet d’accroître l’agilité de l’entreprise et concourt à la rendre plus concurrentielle. Il faut aussi prioriser les projets qui favorisent l’échange et la collaboration entre les employés, puisque cela favorise la créativité. Et il faut, en troisième lieu, choisir des projets qui permettent d’intégrer et de structurer le désordre.

« Étant donné que les entreprises investissent de plus en plus dans le secteur des technologies, la technologie est de moins en moins un différentiateur, dit-il. Ce sont les gens et plus précisément les interactions entre les gens qui font la différence aujourd’hui. »

Alain Beaulieu est adjoint au rédacteur en chef au magazine Direction informatique.




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