NetPME 2009 : portrait de l’informatisation des PME


Jean-François Ferland - 06/10/2009

La dernière édition de l’étude NetPME du Cefrio rapporte une hausse du branchement à Internet et du recours à la large bande. L’informatisation des PME progresse, mais il reste encore beaucoup de chemin à faire.

Selon l’édition 2009 du sondage de l’organisme Cefrio, qui a interrogé 1801 entreprises québécoises comptant jusqu’à 499 employés, 86,5 % des PME sondées auraient dit qu’elles étaient branchées à Internet. La proportion d’entreprises branchées était de 83,7 % en 2006 et 84,6 % en 2007 [NDLR l’étude n’a pas été réalisée en 2008].

La progression des connexions à large bande se serait également poursuivie, avec un taux de branchement de 89,7 % en 2009 contre 87,2 % en 2006. Toutefois, seulement 41,3 % des PME branchées offraient un accès à la Toile à tous leurs employés.

Informatisation partielle des postes de travail

En matière d’utilisation de l’informatique personnelle, dans 34,5 % des PME branchées à Internet, tous les employés de bureau utiliseraient un ordinateur. Toutefois, 27,6 % des PME branchées à la Toile auraient moins du quart des employés qui utiliseraient un ordinateur pour leurs fonctions, alors que dans 2,6 % des PME aucun ordinateur ne serait utilisé par les employés.

« L’informatisation potentielle est réalisée, alors que 8 PME sur 10 sont branchées parmi les entreprises comptant de 5 à 499 employés, indique Najoua Kooli, directrice de projet au Cefrio. Mais il y a beaucoup de petites PME de 5 employés, ce qui pèse lourd dans le paysage et sur les pourcentages. Cela englobe tous les petits commerces dont les employés ne sont pas amenés à utiliser l’ordinateur de façon très lourde ».

Soulignons que les employés d’usine et de production sont exclus de la définition d’employé, puisque leurs tâches n’exigent pas en général l’emploi d’un poste de travail individuel.

Site Web, extranet et intranet

Alors que 56,1 % des PME (branchées ou non) exploiteraient un site Web, 30,2 % des entreprises qui détiennent un site y feraient la diffusion d’offres d’emploi. 29,1 % de ces PME y offriraient un catalogue électronique, 24,8 % des fonctions de commandes ou de réservations et 24,7 % de fonctions d’après-vente. Toutefois, on remarque que les proportions de ces trois fonctionnalités sont inférieures à celles qui avaient été rapportées lors des études réalisées en 2007 et en 2006. Les fonctionnalités de paiement en ligne (13,1 %) et de blogue (8,7 %) sont toutefois plus utilisées qu’auparavant.

D’autre part, l’étude indique que 24,8 % des PME en général (28,7 % des PME branchées à Internet) utiliseraient un intranet, soit environ la même proportion qu’en 2007. Quant à l’extranet, qui serait utilisé par 13,4 % des PME (15,5 % des PME branchées), les données de 2009 constitueraient un repli en rapport aux données de 2007 (17,9 %) et de 2006 (18,3 %). Les deux types de réseaux, sans surprise, seraient surtout utilisés par les organisations de plus de cent employés.

Internet mobile : dans les grandes PME

D’autre part, 47,6 % PME auraient des employés qui auraient accès à Internet sans fil par le biais d’un ordinateur portatif. 26,3 % des organisations alloueraient à des employés l’accès au Web au moyen d’un Blackberry ou d’un assistant numérique, tandis que 20,5 % des organisations permettrait l’accès à Internet à partir d’un téléphone mobile.

D’ailleurs, les entreprises de 100 employés et plus seraient plus nombreuses à doter leurs employés d’une fonction d’accès Internet sur leurs appareils mobiles que c’est le cas pour les entreprises comptant moins d’employés.

Communication : surtout par courriel et à l’externe

Pour la communication avec les clients ou les fournisseurs qui est réalisée par les employés, c’est le courriel qui serait l’outil privilégié des organisations, avec un taux d’utilisation de 91 %. Ce sont les entreprises de 20 à 99 employés (95,9 %) et le secteur manufacturier (93,9 %) qui sont les champions utilisateurs de la poste numérique.

Le deuxième outil le plus utilisé, soit la messagerie instantanée, ne serait utilisé que par 28 % des organisations, alors que seulement 19,9 % des PME utiliseraient des outils de travail collaboratif. L’extranet (11 %), la conférence Web (11 %) et le blogue (3,5 %) seraient utilisés dans des proportions encore moindres. L’étude note que 46,3 % des PME qui sont branchées à Internet utiliseraient un autre outil que le courriel en complément avec ce dernier.

Toutefois, aux fins des communications internes, le courriel n’est utilisé que par 67,9 % des PME. La messagerie instantanée arrive au deuxième rang avec un taux d’utilisation de 25,4 %, devant les outils de travail collaboratif (17,9 %) et la conférence Web (6,7 %).

Informatisation partielle de la gestion

L’informatisation des PME québécoises prendrait forme, alors que 91,3 % des petites et moyennes organisations sondées auraient informatisé au moins l’une des sept activités de gestion qui ont été mesurées dans le cadre de l’étude (comptabilité, finances et trésorerie, paie, approvisionnement et stocks, ressources humaines, production, conception et développement des produits). La gestion de la comptabilité arrive en tête de la liste des fonctions informatisées, avec un taux de 87,3 %, suivi de la trésorerie (73,4 %) et de la paie (72,3 %). La gestion de l’approvisionnement ou de l’inventaire (44,8 %), la gestion des ressources humaines (32,4 %), la gestion de la production (32,1 %) et la conception et le développement de produits (25,1 %) sont informatisées en proportions moindres.

La raison la plus souvent invoquée pour expliquer l’informatisation des processus serait l’augmentation de la productivité et de la compétitivité, soit par 29,6 % des PME. La deuxième raison la plus souvent mentionnée serait l’augmentation du suivi et le contrôle des processus, par 11 % des organisations sondées.

Faible intégration

Toutefois, seulement 14,7 % des PME qui auraient informatisé au moins un processus auraient intégré en totalité leurs logiciels et leurs systèmes informatiques. 25,6 % l’auraient fait en partie, tandis que 57,4 % n’auraient pas fait d’intégration. Les PME de moins de 20 employés ont la plus grande proportion d’organisations à avoir réalisé une intégration en totalité (15,3 %), mais ce sont les PME de plus de 100 employés qui ont la plus grande proportion d’entreprises à avoir réalisé une intégration partielle (43,4 %).

Par ailleurs, seulement 19,8 % des PME branchées à Internet utiliseraient un progiciel de gestion intégrée. D’autre part, 20,1 % des entreprises branchées utiliseraient un progiciel de gestion de la relation client, alors que la proportion des PME utilisant une telle solution serait de 17,4 % en incluant les entreprises qui ne sont pas branchées à Internet.

Carences en recrutement et en formation en ligne

D’autre part, 45 % des entreprises sondées auraient eu recours à Internet en 2009 pour recruter la main-d’oeuvre. En 2007, c’était 51,2 % des entreprises qui avaient indiqué qu’elles utilisaient la Toile dans le cadre du recrutement du personnel. Ici encore, les entreprises de 100 à 499 employés (70,3 %) seraient les plus grandes utilisatrices de cette fonction en ligne.

Quant à la formation en ligne, seulement 15,7 % des PME y auraient eu recours en 2009. Les entreprises de 100 à 400 employés (25,1 %) et les entreprises du secteur du commerce de gros et de détail (20,3 %) étaient celles qui étaient les plus nombreuses à permettre aux employés de parfaire leurs connaissances en ligne, dans le cadre de leur travail.

Graphique Net PME

Utilisations de logiciels pour différentes fonctions dans les PME

Transactions gouvernementales : ancrage des habitudes

Selon le sondage, 62,8 % des PME auraient utilisé Internet pour communiquer avec un organisme ou un ministère du gouvernement du Québec. Les entreprises de 20 à 99 employés (66,9 %), les entreprises du secteur des services (70 %) et les entreprises situées ailleurs que dans les régions de Montréal et de Québec (66,8 %) auraient été les plus nombreuses de leurs catégories à recourir au Web pour communiquer avec le gouvernement.

Toutefois, seulement 44,5 % des PME branchées auraient déjà visité la section destinée aux entreprises du portail de services du gouvernement du Québec en 2009. Alors que la proportion de PME branchées ou non qui a visité ce portail serait de 38,4 %, il s’agirait néanmoins d’une croissance de 17 % en deux ans (32,7 % des PME en 2007).

D’autre part, les fonctions transactionnelles financières du gouvernement qui ont fait l’objet de questions dans le sondage seraient peu utilisées par les PME. Seulement 29,8 % des entreprises sondées auraient procédé à une remise de cotisations, 28,2 % à un paiement de taxe de vente et 24,7 % à un achat ou un renouvellement de certificat ou de permis auprès du gouvernement.

D’ailleurs, les entreprises en régions seraient plus enclines à réaliser des transactions en ligne avec le gouvernement que les entreprises des régions de Montréal et de Québec. « C’est un des seuls usages où les entreprises en région dépassent les entreprises des régions métropolitaines, note Mme Kooli. C’est intéressant à voir, car un des objectifs premiers du gouvernement à être sur Internet est d’avoir la possibilité que les régions éloignées puissent être en liaison directe, au même titre que les entreprises [géographiquement] proches du gouvernement ». Elle ajoute que la généralisation de l’accès à large bande à Internet constituait un autre facteur d’importance.

Par ailleurs, alors que 43,4 % des organisations sondées réaliseraient au moins une des transactions incluses dans le sondage, 56,6 % des PME branchées ne réaliseraient aucune de ces transactions en ligne.

Parmi les organisations qui réaliseraient des transactions avec le gouvernement, le canal le plus souvent utilisé serait celui de l’institution financière, avec un taux de 70 %. Le site gouvernemental unique (12,6 %) et le site d’un ministère (8,8 %) seraient loin derrière.

Selon Mme Kooli, cette situation ne serait pas liée à un enjeu de sécurité des portails transactionnels gouvernementaux, mais plutôt à l’offre hâtive du service et à une convivialité accrue pour réaliser des opérations au niveau des institutions financières.

Peu de ressources attitrées

Enfin, le sondage indique que la gestion et le développement des ressources technologiques ne bénéficieraient pas d’une ressource à l’interne dans bon nombre d’organisations, alors que seulement 43,3 % des entreprises sondées auraient parmi leur personnel une personne ayant les compétences pour ces tâches. Si 84,6 % des entreprises de 100 à 499 employés ont une personne attitrée à cet effet, seulement 51,7 % des entreprises de 20 à 99 personnes et 37,1 % des entreprises de moins de 20 personnes compteraient sur une telle ressource en interne.

Accélérer le pas

En résumé, Mme Kooli constate avec intérêt une croissance de 2 à 3 % chaque année de l’utilisation des technologies par les PME, toutes activités et toutes entreprises confondues. Toutefois, elle estime que les organisations devraient accélérer leur usage des technologies, surtout lorsqu’on les compare avec l’utilisation d’Internet que font les consommateurs qui sont leurs clients.

« Aujourd’hui, 22 % des consommateurs achètent sur Internet, mais seulement 12 % des entreprises offrent la possibilité de le faire […] Il y a un certain décalage et à l’allure de cette croissance il va toujours rester un fossé entre les deux. Il faudrait que l’adoption des usages [par les PME] se fasse de façon beaucoup plus rapide et plus agressive », conclut-elle.

Jean-François Ferland est journaliste au magazine Direction informatique.




À propos de Jean-François Ferland

Jean-François Ferland est le rédacteur en chef du magazine Direction informatique. Il compte dix-sept années d'expérience en journalisme et en communication publique.
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