Palm Pre : essai à la maison, sur la route (et dans le pré)


Jean-François Ferland - 10/09/2009

À l’ESSAI Le fabricant d’appareils mobiles Palm a entamé récemment la commercialisation au Canada au modèle Pre. Voici les observations qui découlent d’un essai pratique de quelques semaines.

Boîtier

L’apparence externe du Pre de Palm saura plaire à plusieurs. Autant sa forme arrondie, sa surface lustrée que son endos caoutchouté lui donnent fière allure. Ses dimensions – 5,95 cm (2,3 po) de largeur par 10,5 cm (3,9 po) de hauteur par 1,69 cm (0,67 po) d’épaisseur – et son poids – 135 g (4,76 oz) – sont convenables. L’appareil, qui se tient bien dans la main, n’est pas trop lourd dans une poche de chemise ou de veston. Il est à parier que plusieurs logeront l’appareil dans une poche de pantalon ou une bourse.

Toutefois, il est recommandé d’utiliser la pochette de transport fournie, faite en chamois, ou des lamelles transparentes offertes par des tiers afin d’empêcher les rayures sur l’écran.

Écran

L’écran de 7,87 cm (3,1 po) de diagonale, à résolution de 320 X 480 pixels, affiche les images avec une netteté appréciable. Le texte, les icônes et les éléments graphiques sont présentés avec détail et le contraste des couleurs est remarquable. Le contenu à l’écran est lisible en plein soleil.

La surface tactile de l’écran répond bien et ne nécessite pas de pression exagérée. Il faut parfois avoir le doigté précis ou s’y prendre à deux fois pour sélectionner des petits éléments dans certaines applications.

Clavier

L’un des éléments distinctifs du Palm Pre est son clavier escamotable. La répartition des caractères sur les touches est optimisée, alors qu’un bouton rouge donne accès aux chiffres et aux caractères qui sont inscrits en mortaise sur les touches. La touche « Sym », pour « Symboles », donne accès à d’autres caractères et aux lettres accentuées qui s’affichent dans un sous-menu à l’écran. Cette procédure nécessite un peu de pratique.

Toutefois, le clavier est petit pour les gros doigts et même les petits : il faut s’habituer à taper à l’aide des coins des pouces.

Interface utilisateur

L’interface utilisateur du système d’exploitation WebOS est conviviale et intuitive. Les menus de navigation et de configuration sont bien conçus et faciles à utiliser. Les icônes relatives aux fonctions générales de l’appareil sont représentatives – d’ailleurs, certaines ressemblent à celles que l’on trouve sur le iPhone. Au bas de l’écran, les icônes, les avis ou les rappels de réception de courriel, de messages vocaux, de tâches et d’événements au calendrier informent facilement l’utilisateur.

L’un des éléments distinctifs du Pre est la surface tactile qui est située sous l’écran. L’utilisation de l’appareil s’est avérée être aussi facile que lors de sa présentation aux représentants des médias il y a quelques semaines. Il ne suffit que d’effleurements et de gestes rapides pour que les commandes de navigation soient exécutées. La molette sphérique qui est située sous l’écran semble avoir peu d’utilité, du moins pour l’instant.

En haut de l’écran, l’activation de la mise en veille, du mode « avion » et des réseaux Wi-Fi et Bluetooth s’effectue aisément par la pression d’un bouton ou de l’écran.

Téléphonie

La qualité sonore du téléphone est semblable à celle de la plupart des appareils. Lors de la réception d’un appel, l’appareil interrompt une tâche en cours – comme le visionnement d’un vidéo – pour permettre à l’utilisateur de prendre ou refuser un appel entrant.

Le clavier du téléphone à l’écran intègre une fonction mains libres. Notons que l’écran se met en veille automatiquement lorsque l’appareil est près de l’oreille, puis se « réveille » dès qu’il en est éloigné.

Vidéo

La fonction de lecture de la vidéo a été évaluée à l’aide de contenu en continu du site Web YouTube. Autant des dessins animés que des vidéoclips offerts en bonne résolution ont été affichés avec une très bonne qualité d’image. Toutefois, il est préférable d’attendre qu’une bonne partie du contenu d’un clip soit téléchargée en mémoire cache afin d’éviter une lecture saccadée.

Audio

L’appareil offre un très bon rendu sonore lors de l’emploi d’une paire d’écouteurs. Un essai avec écouteurs de grand format (pour des raisons d’hygiène, les petits écouteurs fournis n’ont pas été utilisés) a permis d’apprécier un bon spectre sonore. Le haut-parleur externe est pratique pour la téléphonie mains libres ou le partage de contenu en groupe, mais il n’émet presque pas de graves.

Appareil photo

L’appareil photo de 3 mégapixels offre une qualité d’image qui varie de bonne à convenable. Les images prises à l’extérieur sont éclatantes, mais comme avec la plupart des téléphones évolués, les images prises sous un éclairage tamisé contiennent du bruit ou du flou et les images prises sous un faible éclairage sont trop sombres. L’appareil intègre un flash à diode électroluminescente, ce qui constitue une autre caractéristique distinctive. Toutefois, les sujets trop proches sont trop éclairés et les sujets trop éloignés ne le sont pas assez. Il faut plutôt considérer ce flash comme un éclairage d’appoint.

L’appareil à focale fixe effectue un certain calibrage, mais il n’offre pas de mise au point automatisée ni de mode « macro » pour les plans rapprochés. On remarque une perte de netteté pour les éléments situés en arrière-plan et ceux qui sont situés en périphérie de l’image. Toutefois, le résultat général est plus que respectable pour un téléphone évolué, alors que la lentille a un diamètre de quelques millimètres. L’appareil ne permet pas la capture de la vidéo.

Recharge et synchronisation

La méthode de recharge constitue un des faits d’armes du Pre, puisque le module optionnel Touchstone permet de renflouer d’énergie sans recourir à un branchement. La recharge par un simple dépôt sur le module et les fonctions qui simplifient la prise d’un appel entrant pourraient inciter les concurrents à retourner à la planche à dessin. Toutefois, il faut déplacer l’appareil sur le socle jusqu’à ce qu’il se trouve au bon endroit pour que la recharge s’amorce.

La recharge peut également s’effectuer à l’aide d’une fiche électrique qui se branche à un câble USB. Ce même câble USB peut être branché à un ordinateur pour procéder à une recharge ou au transfert de données.

La connexion du Pre à un ordinateur offre deux possibilités. On peut utiliser l’appareil comme un lecteur USB pour transférer des images ou du contenu multimédia ou transporter des fichiers, comme s’il s’agissait d’une clé à mémoire flash. Cette caractéristique est appréciable lorsqu’on considère que plusieurs téléphones mobiles obligent l’utilisateur à transférer ses fichiers par le courriel, ce qui retranche bien des mégaoctets à sa banque de téléchargement – au bénéfice de fournisseur de services de télécommunications…

Également, on peut opter pour une « synchronisation des supports » qui a recours au gestionnaire de contenu iTunes d’Apple. Notons que Palm et Apple ont longtemps joué au chat et à la souris, alors que Palm procédait à la réactivation du lien entre ses appareils et le logiciel iTunes, au gré des désactivations appliquées par Apple. L’appareil à l’essai a pu se synchroniser sans problème avec iTunes 8. Pour combien de temps cette passerelle sera-t-elle encore utilisable? Mystère…

[Note: plusieurs sources sur la Toile, dont PC World, indiquent que la version 9 du logiciel iTunes, lancée le 9 septembre, a encore mis fin à cette tentative de synchronisation du contenu de la part du Pre]

Par ailleurs, un fichier d’aide du Pre suggère le recours au téléchargement de fichiers de musique en recourant aux fichiers joints dans un courriel. Or, des essais se sont avérés infructueux en raison de la taille trop grande des courriels de la sorte – le logiciel de courriel du Pre finissait par afficher un message de délai – même s’il n’y avait qu’un seul fichier musical.

Matières à amélioration

Une utilisation prolongée a permis de déceler quelques éléments qui mériteraient un peu d’attention de la part de Palm.

Le Pre arborait une interface bien francisée dans l’ensemble. Quelques adaptations étaient erronées (ex. « de le courriel » au lieu de « du courriel »), mais ces coquilles sont rares. Soulignons toutefois que Palm, malgré sa présence de longue date au Canada, n’exploite toujours pas de site Web en français. Par contre, son partenaire exclusif de commercialisation, Bell Canada, offre un site Web en français.

La boutique en ligne que Palm consacrée aux applications pour le Pre, qui est accessible par le biais de l’appareil, offre des menus de navigation en français. Toutefois, les catégories de classification et le contenu de la plupart des logiciels sont écrits dans la langue de Shakespeare. Quelques logiciels, comme AP Mobile de l’agence Associated Press, ont des interfaces francisées et offrent du contenu en français, mais elles sont encore minoritaires pour le moment. D’autres applications, comme celle du réseau social Facebook, n’intègrent pas autant de fonctions que leurs équivalents sur d’autres plates-formes d’appareils mobiles.

Ces constats n’ont pas trait à l’appareil même, mais comme les logiciels constituent une facette importante de l’expérience d’utilisation, il serait souhaitable que Palm incite les développeurs à adapter leur offre.

Le Pre semble être un appareil robuste, mais il ne faut pas trop le brusquer. L’utilisateur qui « fermera » par glissement la portion supérieure de l’appareil avec trop de force risque d’enclencher l’accéléromètre qui met l’appareil hors tension pour prévenir son endommagement. Cette situation est survenue à quelques reprises lors de l’essai.

Il faut s’armer de patience lors de la mise en fonction et la mise hors fonction de l’appareil. Certains appareils de Palm ne permettent qu’une mise en veille, sans possibilité de mise hors fonction complète. On comprend pourquoi : le Pre requiert presque 25 secondes pour sa mise hors fonction et plus d’une minute et quarante secondes pour sa mise en fonction! L’utilisateur soucieux d’économiser la capacité de la pile de l’appareil doit s’armer de patience ou se contenter de la mise en veille. Même dans ce dernier mode, un appareil qui est laissé de côté durant quelques jours devra être rechargé, puisque la pile se draine même si l’appareil n’est pas utilisé. D’ailleurs, s’il faut retirer la pile de l’appareil il faut se battre avec le Pre pour en retirer le couvercle.

Le Palm Pre permet de maintenir des logiciels ouverts en arrière-plan, mais ces applications peuvent drainer rapidement la pile. Le logiciel Google Maps, qui sert à établir des trajets à l’aide du positionnement par satellite, est un gobe-pile qui nécessite une recharge avant que la journée soit terminée.

Notons l’absence d’une fente d’extension pour une carte de mémoire. L’appareil étant doté de 8 Go de mémoire, dont environ 7 Go sont utilisables, l’amateur de vidéo ou de musique devra forcément faire des choix lorsque la capacité du Pre sera atteinte.

Disponibilité du réseau

L’expérience utilisateur avec des applications dont les données sont transmises en continu dépend de la capacité du réseau de télécommunications du fournisseur. Dans les grands centres urbains, les réseaux de dernière génération permettent le chargement de lourdes pages Web, de la vidéo et des images de cartographie sans problème. Mais hors de ces centres, où le réseau mobile est de type 1X, la patience de l’utilisateur est mise à rude épreuve. À plusieurs reprises, le fureteur Internet et le logiciel Google Maps se sont fermés d’eux-mêmes!

Enfin, bien du contenu sur le Web, fondé sur la technologie Flash, n’est pas accessible sur le Pre. Cette situation navrante est commune à l’ensemble des plates-formes mobiles. Espérons qu’Adobe, Palm et les autres fabricants trouveront rapidement une solution.

En résumé

Le Palm Pre constitue une première incursion réussie de Palm dans le marché des téléphones évolués qui sont destinés aux consommateurs. Il peut aussi plaire aux entreprises, qui sont sollicitées par leurs employés qui aimeraient utiliser des appareils multifonctions et conviviaux. Certaines des caractéristiques du Pre, notamment sa recharge à l’aide du socle Touchstone, vont sûrement susciter une réflexion de la part des concurrents.

Le succès du Pre reposera en partie sur la quantité de logiciels qu’on pourra y exploiter. Palm devra obtenir la collaboration d’un grand nombre de développeurs, car les applications constituent le nerf de la guerre des appareils évolués.

L’avenir nous dira si les utilisateurs trouveront du bonheur dans le Pre…

Jean-François Ferland est journaliste au magazine Direction informatique.




À propos de Jean-François Ferland

Jean-François Ferland est le rédacteur en chef du magazine Direction informatique. Il compte dix-sept années d'expérience en journalisme et en communication publique.
Google+