Partis politiques québécois et Web 2.0 : la petite noirceur ?


Jean-François Ferland - 02/12/2008

Les cinq principaux partis politiques exploitent des présences et des outils sociaux sur Internet, mais l’interaction, qui est le fondement du Web 2.0, fait défaut dans la plupart des cas.

La campagne électorale québécoise tire à sa fin. Dans une semaine, les Québécois iront aux urnes. Tout comme les partis politiques fédéraux lors de la récente campagne électorale, les formations provinciales ont eu recours à l’Internet comme canal de communication, en exploitant des outils et des espaces sociaux.

Or, un tour d’horizon des initiatives des cinq principaux partis politiques permet de constater que l’esprit du Web 2.0 n’a pas été respecté dans la plupart des cas. Du même souffle, à en croire l’évaluation d’un groupe d’intérêt, la facilité d’accès des sites Web de l’ère 1.0 des partis politiques aurait grandement besoin d’amélioration…

(Les partis politiques sont présentés en ordre alphabétique.)

Action démocratique du Québec

Sur la page d’accueil du site du parti, une image affichant les logos de réseaux sociaux mène à une page Web qui regroupe des présences du parti ou du chef sur les réseaux sociaux Facebook, Google Bookmarks, Del.icio.us, YouTube et Twitter.

La page Facebook du parti politique est alimentée en contenus qui proviennent du parti, des médias ou de sympathisants, soit des communiqués, des vidéos et des photos. La section des pages favorites contient des liens vers les pages de quatre candidats aux élections, mais pas celle du chef du parti, Mario Dumont, qui se trouve parmi les pages des « supporteurs » qui s’affichent en rotation. La consultation de la page personnelle de M. Dumont, contrairement aux autres chefs de parti, requiert un compte sur Facebook.

Sous les références des réseaux sociaux, un lien mène à une page Web qui regroupe les coordonnées des tribunes d’expression publique des émissions de radio et de télévision et des journaux. Un autre lien mène à une page d’hyperliens menant à des blogues de sympathisants. Enfin, le site principal du parti offre des hyperliens d’abonnement à des flux RSS qui sont dédiés à des communiqués en français et en anglais et à une infolettre, ainsi qu’à un agenda en ligne en format iCalendar.

Dans une médiathèque, on retrouve des vidéos hébergés sur YouTube qui sont favorables au parti ou bien défavorables aux adversaires. Bizarrement, les hyperliens faisant afficher les vidéos disponibles contiennent une référence à un site Web dont le suffixe est associé au Brésil (.br). Dans la section audio, on trouve une capsule produite par le réseau radiophonique Corus Nouvelles.

Une page d’accueil intérimaire du site, qui a été ajoutée à l’occasion de la campagne électorale, comporte un lien vers une section « vox pop » où les internautes sont incités à soumettre des « commentaires constructifs » à propos de la vision future du Québec. Ces commentaires sont publiés sous le formulaire.

Parti libéral du Québec

Le site du parti politique n’affiche qu’une seule référence à un réseau social, soit le profil du chef du parti, Jean Charest, qui réside sur Facebook.

Dans ce profil, dont l’interface de navigation est en anglais, on retrouve des vidéos, des photos, des communiqués de presse et des notes qui constituent des contenus déjà mis à la disposition des médias.

Ce site procure un accès à des contenus vidéo, soit les publicités qui ont été diffusées sur les chaînes télévisées au courant de la campagne. Ces clips sont hébergés sur le site Dailymotion, dont la seule évocation se trouve au bas de la fenêtre de visionnement.

Parti Québécois

La page d’accueil du site affiche des hyperliens vers des présences sur le réseau Facebook, soit une pour la chef du parti Pauline Marois à titre de candidate au poste de premier ministre et une pour le parti. Dans les deux cas, les contenus sont ajoutés par l’équipe de communications du parti et consistent surtout en des communiqués de presse et des déclarations.

Sur la page dédiée à la chef de parti, on trouve une référence vers une autre page dédiée à Mme Marois sur Facebook, cette fois-ci à titre personnel. Ce site contient des images et des vidéos, soit des contenus publicitaires de facture professionnelle, des contenus produits lors d’événements de presse et des contenus produits à l’aide d’appareils grand public, qui ont été fournis par deux « supporters » qui oeuvrent probablement pour le compte du parti.

Sous les références vers Facebook, le logo du Comité national des jeunes du Parti québécois mène à un blogue nommé Branché sur le changement qui est dédié à la couverture des activités liées à la campagne électorale. On y retrouve des entrées constituées de texte, d’images et de vidéos, des réactions d’internautes, des références vers des contenus multimédias (non accessibles lors de notre visite) ainsi qu’un lien vers une présence sur Facebook.

La page d’accueil du site du parti affiche également des liens vers le réseau de partage de photos Flickr et le réseau de partage de vidéo YouTube, où l’on retrouve les types de contenus mentionnés ci-haut.

Sous la bannière d’identification du site, des images en boucle invitent à la consultation de divers contenus vidéos, soit des clips maison où les intervenants parlent à la caméra. Au-dessus du vidéo, des icônes permettent le partage du contenu sur les réseaux Facebook, Del.icio.us, Google Bookmarks et Twitter, tout comme l’envoi d’un courriel à un ami.

Enfin, sur la page d’accueil, chaque section dédiée à des contenus hébergés sur le site – des nouvelles en format texte, des vidéos et des images – est accompagnée de l’icône qui indique la disponibilité d’un hyperlien d’abonnement à un flux RSS.

Parti vert du Québec

Le site de ce parti a recours au site de partage de photographies Flickr pour l’hébergement de ses images. Quelques candidats du parti exploitent des blogues qui sont hébergés à même le site Web.

Ce parti compte une présence sur le réseau social Facebook ainsi que sur le site de diffusion de vidéos YouTube, mais on n’en trouve aucune mention sur le site Web de la formation électorale.

Québec solidaire

Le site du parti politique présente surtout des vidéos, hébergés sur le site YouTube, qui mettent en vedette des candidats et des sympathisants. Les photos prises lors d’événements sont hébergées à même le site du parti.

La section « Liens » contient des hyperliens texte – sans icône – vers une présence sur le réseau Facebook, qui affiche surtout des commentaires de sympathisants, et sur le réseau Twitter. D’ailleurs, la présence du parti sur Twitter, qui est assurée par une militante, est visiblement la plus active de tous les partis politiques, tous réseaux sociaux confondus.

Un troisième lien mène à un blogue consacré à la campagne électorale, À l’intérieur de Québec solidaire , qui est alimenté par divers intervenants de la formation politique, où une entrée est ajoutée quotidiennement.

Le parti offre aussi un hyperlien d’abonnement à un flux RSS pour la diffusion des nouveaux contenus ajoutés au site Web.

En conclusion

La plupart des partis politiques ont une forme de présence dans les réseaux sociaux qui sont associés au concept du Web 2.0. Or, il semble que cette présence soit plutôt accessoire.

Dans plusieurs cas, les contenus qui y sont versés sont une duplication de contenus diffusés dans les canaux de communication traditionnels. D’ailleurs, les premières publicités vidéo du Parti libéral et du Parti Québécois qui étaient destinées à la télévision ont été rendues disponibles en ligne en premier lieu, à quelques minutes d’intervalle, ce qui a fait la manchette des bulletins de nouvelles traditionnels.

Les réseaux sociaux servent même de passerelle hybride, pour en permettre l’accessibilité aux usagers des réseaux tout comme pour l’hébergement des contenus affichés sur les sites Web des partis. Le Parti Québécois se démarque un peu des autres avec ses messages de candidats filmés en « caméra légère. »

Quant à l’interaction avec les internautes, qui est le fondement de l’esprit du Web 2.0, la majorité des partis semblent en faire abstraction. Certes, les internautes peuvent publier des commentaires dans les blogues exploités par quelques politiciens et dans les sections dédiées à cet effet dans les espaces des partis sur les réseaux sociaux. Or, aucun chef ne semble « alimenter » lui-même sa présence sur Facebook…

Néanmoins, le canal Twitter et le blogue de Québec solidaire semblent être les deux canaux de communication les plus interactifs, alors que leurs gestionnaires répondent aux questions posées par des internautes. Les blogues de l’aile jeunesse du Parti Québécois et de Québec solidaire se démarquent par la quantité, la diversité et la fréquence d’ajout des contenus, tout comme pour la quantité de commentaires qu’ils ont suscités de la part d’internautes.

Somme toute, les partis politiques devront réfléchir sur la pertinence de l’utilisation des technologies du Web 2.0, et ce, hors du contexte d’une campagne électorale. Alors que plusieurs électeurs estime que les partis politiques n’ont que faire de leurs opinions, tandis que la jeunesse délaisse les médias traditionnels, les formations politiques qui utiliseront les réseaux sociaux sur une base régulière et dans un contexte véritable d’interaction pourront peut-être marquer des points.

D’ailleurs, si le président élu des États-Unis et sa formation politique ont été identifiés comme des exemples à suivre en matière d’utilisation du Web 2.0 lors de la récente campagne électorale, il sera intéressant de voir si l’interaction sociale se poursuivra au cours de son mandat.

Avant le Web 2.0…

Si les partis politiques québécois ont du chemin à parcourir en matière d’interaction sociale, le groupe d’intérêt AccessibilitéWeb affirme que les partis ont également du rattrapage à faire à propos de l’accessibilité de leurs sites Web pour les personnes handicapées et vieillissantes.

Ce groupe d’intérêt a publié une évaluation des sites des cinq principaux partis politiques en fonction de critères de perceptibilité, de convivialité, de compréhension et de robustesse. L’évaluation, qui relève des erreurs dans le but d’inciter les partis à améliorer leurs sites, accorde la meilleure note au Parti Québécois et le dernier rang au Parti vert. L’évaluation formule également, à l’intention de tous les partis, sept recommandations principales dont les impacts seraient importants et bénéfiques en matière d’accessibilité.

Par ailleurs, le gouvernement du Québec doit publier en 2009 un standard d’accessibilité des sites Internet, des intranets, des extranets et des applications Web que les ministères et organismes gouvernementaux devront mettre en application. Les formations politiques pourraient tirer profit de ce travail

Jean-François Ferland est journaliste au magazine Direction informatique.




À propos de Jean-François Ferland

Jean-François Ferland est le rédacteur en chef du magazine Direction informatique. Il compte dix-sept années d'expérience en journalisme et en communication publique.
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