Patience et longueur de temps (de réponse)…


Jean-François Ferland - 08/06/2007

L’une des caractéristiques couramment formulées à propos des technologies de l’information et des communications est la quasi-instantanéité de la transmission des messages et des fichiers. Or, plus que jamais, les attentes des émetteurs envers la rapidité de réponse des récepteurs sont élevées. Plusieurs d’entre eux auraient été bien malheureux il y a cent ans…

Depuis plus de dix ans, l’Internet et les « nouvelles » TIC bouleversent les modes d’interaction et de communication.

Notamment, le courrier électronique, qui est relativement facile à utiliser et très peu coûteux, permet d’envoyer du texte et des fichiers à l’autre bout d’une entreprise ou de la planète en une fraction de seconde (pourvu que les serveurs de courriels ne soient pas engorgés ou paresseux.) Également, la messagerie instantanée permet d’envoyer de courts textes d’un ordinateur à un autre et d’entamer une conversation en moins de deux.

Les téléphones mobiles, en adoption croissante, permettent également de joindre presque partout les personnes par la voix, par courriel et par messagerie texte. En cas d’absence, les espaces de stockage sur les serveurs et les ordinateurs ainsi que les boîtes vocales conservent les messages afin que le destinataire puisse les consulter lorsqu’il sera en mesure de le faire. Ces moyens conviviaux sont utilisés autant dans un contexte de travail que pour les communications personnelles.

Toutefois, on dirait que l’impatience des certains émetteurs des messages est inversement proportionnelle au temps nécessaire à la transmission desdits messages. Pour ces personnes, la rapidité de la transmission signifie que l’obtention d’une réponse sera aussi rapide.

Qui n’a pas déjà reçu un appel téléphonique ou une visite en trombe d’une personne qui a demandé :

– Heille! – (en sursautant) Ah!!! – Qu’est-ce qui se passe? – Quoi? – As-tu reçu mon courriel/message? – Euh… – Ben là, tu ne réponds pas!  – Euh… – C’est long! Moi, j’attends à l’autre bout (etc.)

C’est à se demander si ces personnes pensent que les destinataires passent leur temps à attendre la réception de leurs messages! Ces mêmes personnes trouvent également « incompréhensibles » les situations où les destinataires de leurs appels téléphoniques n’ont pas de répondeur ou de boîte vocale pour prendre les messages lorsqu’une ligne est occupée.

Sans faire de profilage fondé sur l’âge, il appert que les personnes plus impatientes sont généralement de jeunes personnes qui ont grandi en étant entourées par les TIC (soyons justes : des technophiles moins jeunes, voire grisonnants, peuvent également être impatients). Mais ô combien malheureuses ces personnes auraient été si elles avaient vécu au siècle dernier!

Avant l’éclosion des technologies à la fin du 20e siècle, le seul moyen de communication interpersonnelle instantané qui était disponible était le téléphone, pour lequel le répondeur n’a été rendu disponible qu’il y a quelques décennies. Auparavant, soit la ligne était occupée, soit une secrétaire prenait le message sur un papier qu’elle remettait ensuite au destinataire absent.

Avant le téléphone, il y avait le télégramme, dont les messages étaient reçus par télégraphie, retranscrits sur papier, puis livrés en personne par un messager. Avant le télégramme, il y avait la poste qui pouvait prendre des jours, voire des semaines ou des mois selon la distance entre les interlocuteurs, pour livrer un message. Et avant la poste, il y avait les messagers à cheval ou à pied qui galopaient ou couraient du point A au point B, ce qui nécessitait encore plus de temps. Et avant les messagers, les gens n’avaient d’autres choix que d’aller chez d’autres gens en personne pour piquer une jasette…

Et n’oublions pas que les réponses, avant l’avènement de l’ordinateur, étaient rédigées à la machine à écrire, à la mine ou à la plume encrée, ce qui signifiait des délais encore plus longs entre la réception d’un message et l’envoi d’une réponse.

Toutefois, il faut souligner que l’instantanéité des messages produits et transmis par la voie électronique entraîne une augmentation de la quantité de messages reçus par les destinataires. Un employé ou une organisation peut recevoir des dizaines ou des centaines de messages par jour, ce qui nécessite du temps pour répondre aux émetteurs. Mais l’instantanéité des messages électroniques peut aussi entraîner des oublis, et des émetteurs doivent parfois envoyer un, deux ou trois autres messages avant d’obtenir finalement une réponse, en autant qu’ils parviennent à en avoir une!

Il est à se demander si cette impatience aura éventuellement une fin ou si au contraire elle prendra de l’ampleur au gré de la parution de nouveaux moyens de communication. Il faudra peut-être sensibiliser les « techno-impatients » à respirer un peu par le nez. D’ailleurs, la patience est une vertu qui s’inculque très tôt à un enfant, lorsque éducation il y a… Mais ça, c’est une autre histoire.




À propos de Jean-François Ferland

Jean-François Ferland est le rédacteur en chef du magazine Direction informatique. Il compte dix-sept années d'expérience en journalisme et en communication publique.
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