Petite planète, grands besoins, grands enjeux


Jean-François Ferland - 11/04/2008

Si les opportunités d’accès aux technologies sont porteuses d’espoir pour les populations des pays des marchés émergents, il faudra attendre longtemps avant que le fossé numérique soit comblé.

Alors que les marchés traditionnels montrent des signes d’essoufflement, les entreprises du secteur des TI se tournent vers les marchés en émergence qui offrent un certain potentiel de croissance.

Les événements d’envergure internationale constituent une occasion de côtoyer des collègues du domaine des communications en provenance des quatre coins de la planète, ce qui permet de constater l’intérêt des journalistes envers la perception des fournisseurs technologiques à propos des marchés en développement. À l’inverse, lorsque les fournisseurs technologiques sont questionnés à propos de leur perception de ces marchés, ils expriment leur grand intérêt et disent envisager l’avenir avec optimisme.

Une rencontre des médias avec John Chambers, le grand patron de Cisco, a constitué un exercice intéressant d’observation de l’intérêt commun qui est porté par le dirigeant et les journalistes envers la croissance future de marchés tels que la Chine, l’Inde ou le Moyen-Orient. Plusieurs des marchés en développement sont quantitativement importants, alors que des centaines de millions d’individus y vivent et que des centaines de milliers d’entreprises y font des affaires.

Généralement, ces marchés seront le théâtre d’une progression technologique sous le signe de la modernité. Alors que les marchés traditionnels, comme l’Amérique du Nord ou le Japon, ont une infrastructure de télécommunications plus que centenaire qui est basée sur du filage, bien des marchés émergents adopteront le dernier cri en matière de réseautique sans fil. En téléphonie mobile, ce sera la dernière génération des réseaux de transmission qui sera mise en place. Alors, ceux et celles qui adopteront les produits et les services qui seront offerts bénéficieront sûrement d’une expérience initiale d’utilisation des technologies qui sera plus impressionnante que dans les marchés déjà développés. Certes, il serait illusoire de penser à établir un réseau de génération précédente, et ainsi perpétuer un retard sur les marchés développés.

Au cours de la conférence de presse avec M. Chambers, un reporter d’Afrique du Sud a mentionné que l’offre de fonctions d’interactions par la vidéo dans le cadre de la recherche d’emplois constituait un moyen des plus intéressants. Toutefois, il s’interrogeait sur la capacité à court terme des individus des marchés émergents à pouvoir utiliser ces fonctions novatrices, alors que peu de personnes ont accès à des ressources informatiques.

Indirectement, cette observation a mis en lumière une réalité qui est malheureusement inévitable : bien des gens, sinon la majorité des habitants des marchés émergents qui présentent un potentiel d’adoption des technologies n’ont pas les moyens d’acheter un ordinateur.

Certes, certains disent que les technologies de l’information contribuent à créer de la richesse et à stimuler l’évolution des marchés émergents. Mais en réalité, ce sont les individus bien nantis, les riches entreprises, les succursales de multinationales et les gouvernements qui bénéficieront en premier lieu de ces technologies.

D’autres disent que le prix des technologies ne cesse de baisser, ce qui rend les produits et les services plus abordables que jamais. Mais pour bien des personnes qui n’ont ni eau courante ni électricité, les produits et les services technologiques ne seront jamais abordables. Ainsi, il est fort probable que le fossé numérique, qui est présent dans les pays riches et développés, soit encore plus profond dans les marchés émergents.

Néanmoins, il réside un certain espoir. Dans certains pays, les gouvernements ou des organismes gouvernementaux mettent en place des infrastructures publiques qui permettent aux citoyens d’accéder aux ordinateurs, à l’Internet et aux réseaux de télécommunications dans des écoles, des centres communautaires ou des bibliothèques. Éventuellement, les produits technologies seront fabriqués en si grand nombre qu’il sera possible de les offrir à ceux qui pensaient ne jamais pouvoir les utiliser. Malheureusement, alors que le projet One Laptop per Child connaît des difficultés à cause des coûts croissants de fabrication des petits ordinateurs portatifs destinés aux moins nantis, tout porte à croire qu’il faudra attendre encore.

L’optimisme des fournisseurs technologiques envers les marchés émergents est légitime. La loi du nombre et le potentiel théorique d’adoption font en sorte qu’ils envisagent une éventuelle croissance des affaires commerciales dans ces pays. Pour les habitants de ces marchés, on ne peut que se réjouir d’une telle accessibilité et d’un potentiel théorique d’adoption des technologies. Reste à voir comment, et surtout quand, la situation théorique se traduira de façon pratique sur le terrain.

Jean-François Ferland est journaliste au magazine Direction informatique.


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À propos de Jean-François Ferland

Jean-François Ferland est le rédacteur en chef du magazine Direction informatique. Il compte dix-sept années d'expérience en journalisme et en communication publique.
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