Professionnalisme vs émerveillement


Nelson Dumais - 11/08/2009

Encore une fois, notre chroniqueur est émerveillé par la dernière techno, son 3GS, qui est nécessairement la plus merveilleuse des inventions, qui changera le monde et dont il est devenu accro. Jusqu’à la remplacer par la prochaine techno merveilleuse qu’il aura le plaisir de tester.

La semaine dernière, j’ajoutais une énième application vraiment sérieusement fondamentalement essentielle à mon iPhone, bidule redoutable dont je suis finalement devenu accro. Je le regarde, mon « 3GS », je l’aime, je m’en sers et j’ai le goût de m’en faire le prosélyte. Inquiétant, non? Heureusement, ma blonde sait que cet enthousiasme bondissant va finir par se calmer et elle ne dit mot. Elle me laisse taponner fébrilement le gadget sachant qu’inévitablement, je vais bientôt vibrer profondément sur autre chose.

Il en a toujours été ainsi et il le sera toujours, tant qu’on me laissera m’amuser en techno. Depuis bientôt 30 ans, je m’intéresse aux nouvelles technologies en tant qu’observateur, reporter, chroniqueur, commentateur ou blogueur, métiers fort enviables qui m’ont placé aux premières loges de la révolution techno. Il y a 30 ans, il y avait des « sténos-dactylos » dans les bureaux et les Selectric II d’IBM étaient innombrables. Quant aux bélinographes, ils étaient garants d’une modernité certaine au même titre que les gréements de traitement de texte à la sauce Micom ou AES ou encore aux coupleurs acoustiques agissant comme modulateur-démodulateur (modem).

Parmi mes premiers papiers, il y eut des sujets très captivants. Je pense au déferlement des premiers IBM PC, à la percée des interfaces utilisateurs graphiques popularisées par Xerox et Apple, à l’outrecuidance de la topologie réseau Ethernet qui venait attaquer la force du Token Ring, à l’apparition des premières imprimantes laser, des prodiges capables de fournir du 300 points au pouce en langage Postscript ou PCL, et à l’arrivé des premiers ordinateurs portatifs, des merveilles indicibles. Je vous fais grâce de l’approche client-serveur, de la « dé-DOS-ification » de Microsoft et des premiers balbutiements du réseau des réseaux. Disons que j’étais là, que je n’ai pas tout vu venir ou tout vu passer, que j’ai parfois sous-estimé ou surestimé certains phénomènes et que je me suis régulièrement enthousiasmé.

Je me rappelle ce gros Mac II (Motorola 68020 de 16 MHz) de 1987 à qui, devant des visiteurs béats, je faisais générer plus de 16 millions de couleurs, ce qui était fabuleux pour un ordi aussi peu cher que 7 000 $ tout garni. Je revois ce ThinkPad (486SX), une machine génératrice de lumbago dont les deux piles NiCD interchangeables m’avaient permis de travailler près de deux heures et demie en avion. C’était en 1994 et le prix oscillait autour de 6 500 $. Quel bonheur! Quelle perfection! Et que dire de ce Tablet PC de HP/Compaq de 2002 (plus ou moins de 4 000 $) que j’avais présenté au rédacteur en chef du quotidien où je travaillais, comme étant « le nouveau paradigme de l’informatique mobile », rien de moins!

Croyez-moi, je me suis enthousiasmé à plusieurs reprises et je l’ai fait de façon souvent tonitruante. Cela fait sûrement de moi un mauvais journaliste, un scribe qui n’arrive pas à cacher ses émotions, un tripeux de techno qui essaie d’allumer ses frères humains, lesquels, la plupart du temps, n’en ont rien à foutre.

La table étant ainsi mise, je reviens à mon émerveillement conjoncturel, le iPhone 3GS. Pourquoi suis-je à ce point impressionné? Probablement parce que je m’en sers à toutes les sauces. Dès le matin, son alarme me réveille. Comme je lui ai fait passer sa nuit sur le socle d’un radio-réveil Pure-Fi Anytime de Logitech, il est chargé à bloc et peut commencer à me rendre service. Par exemple, MétéoÉclair va me donner l’état de la météo pour la journée. Ouin!

Puis, avant même de monter à mon bureau, je consulte Mail, question de voir ce que mes systèmes de courriel ont collecté pendant la nuit et Safari, pour lire les commentaires qu’il me faut modérer sur Technaute. Souvent, je vais complémenter ce que la radio vient de me livrer comme information en consultant des sites comme Radio-Canada ou la Cyberpresse. Si j’ai à faire de la route, mon iPhone est une boussole et un GPS, en plus d’un accès constant au Net. Pas plus tard qu’hier, imaginez-vous que j’ai réussi à me rendre au centre commercial « Carrefour Laval » où j’ai fini par trouver la boutique Apple. Fallait le faire! Même qu’au retour, un énergumène m’a tellement enquiquiné sur la route que je l’ai abondamment filmé et photographié avec la caméra incluse dans l’appareil. (Dois-je préciser que c’est ma blonde qui conduisait?)

En passant, si je suis en voyage et que je n’arrive pas à me dénicher une connexion Internet gratos pour brancher mon ordi portable, j’utilise la fonction tethering rendue possible avec la version 3 du iPhone OS. Le petit appareil devient alors un modem 3G et je peux travailler à distance, même à partir de chez Belle-Maman à Rimouski. En même temps, je me mets des écouteurs et j’écoute ma musique, cette collection de MP3 que je bâtis depuis de nombreuses années. Ah oui, j’oubliais, mon iPhone est aussi un téléphone particulièrement convivial. Imaginez l’étonnement de cette relationniste torontoise à qui j’ai expliqué, la semaine dernière, que j’étais dans le bois en train de faire du ménage avec ma scie mécanique. Pourquoi ai-je quand même entendu la sonnerie? Parce que le iPhone vibre en sonnant.

Quelle est cette énième application dont je vous parle en début d’article? Celle du Clickfree Transformer for iPod. C’est un petit gadget qui permet d’archiver sur son iPod ce qui nous apparaît essentiel dans nos données informatiques. Moi, j’y ai stocké toutes mes archives de courriels et tout ce que j’ai écrit professionnellement depuis 1990. Rien de moins. Mettons qu’il s’agit d’une sécurité supplémentaire pour ce qui importe vraiment.

Bref, si vous m’avez bien compris, je trimballe en tout temps sur moi un dispositif électronique particulièrement brillant qui sait me rendre de multiples services et, « sur le fly », arrive à remplacer une ribambelle d’appareils. Quand je considère qu’il est à peine plus gros qu’une barre de chocolat, je demeure pantois quant à l’avenir. Ce sera quoi dans deux ans? Dans cinq?

En attendant, il y a Palm qui m’a fait parvenir son Palm Pre dont je n’ai pas encore le droit de vous parler, il y a Google qui s’en vient avec son Chrome OS, il y a Acer qui offre un Media Server que j’ai bien hâte d’essayer, Sony qui propose une nouvelle gamme de lecteurs eReaders et ainsi de suite. Je sais que je m’émerveillerai bientôt pour autre chose et je sais que ce sera de plus en plus merveilleux, du moins si je me base sur l’état actuel des choses merveilleuses. O merveilles!

Comme je vous l’ai dit plus haut, je suis un très mauvais journaliste! Mais les fabricantes de matériel et de logiciel ne le savent pas. Elles croient que j’en suis un bon et, de toute façon, elles ne lisent pas le français. Donc, elles continuent de m’envoyer des produits grâce auxquels je continue de m’émerveiller et à pondre des textes dithyrambiques.

Quel métier exaltant que le mien!

Tiens, mon iPhone m’indique que la pluie annoncée hier vient d’être remplacée par du soleil, ce que corrobore ma fenêtre de bureau. N’est-ce pas merveilleux?

Nelson Dumais est journaliste indépendant, spécialisé en technologies de l’information depuis plus de 20 ans.